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Elle préfère aller travailler en Ontario

Une superinfirmière dénonce le trop grand pouvoir des médecins au Québec

L’infirmière praticienne Manon Lacroix enseigne aux futures superinfirmières à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, en plus de diriger une clinique sans médecin en Ontario.
Photo david prince L’infirmière praticienne Manon Lacroix enseigne aux futures superinfirmières à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, en plus de diriger une clinique sans médecin en Ontario.

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ROUYN-NORANDA | Une des premières superinfirmières du Québec préfère faire une heure et demie de voiture par jour pour travailler en Ontario, car elle trouve qu’ici, le système de santé n’évolue pas assez vite.

«Je ne travaillerai jamais au Québec. Le modèle ontarien est extraordinaire et me permet de faire réellement une différence dans ma communauté grâce à un modèle de clinique sans médecin. Ce modèle n’est pas possible au Québec actuellement, alors qu’il l’est dans toutes les autres provinces», a déploré Manon Lacroix, qui a eu son diplôme en 2003.

Elle travaille depuis ce temps dans une clinique située dans une petite ville ontarienne à 45 minutes de route de son domicile de Rouyn-Noranda, en Abitibi.

Elle critique le modèle québécois qui donne trop de pouvoir aux médecins au détriment des infirmières praticiennes.

«Au Québec, le diagnostic appartient au médecin. C’est une barrière qu’il faudrait faire tomber. En Ontario, si je détecte le diabète chez un patient, je peux lui prescrire ses médicaments et faire le suivi moi-même sans demander la permission à un médecin. Je suis formée pour le faire, mais le Québec ne me permet pas de le faire. Je dois toujours passer par un médecin», affirme celle qui a travaillé pendant une douzaine d’années dans le système québécois avant de devenir infirmière praticienne.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) aurait aussi aimé que les infirmières praticiennes puissent faire le diagnostic et commencer le traitement de certaines maladies chroniques comme l’asthme ou l’hypertension.

«Ça ne nous a pas été accordé dans la nouvelle réglementation qui devrait entrer en vigueur en 2017», a dit Suzanne Durand, directrice du développement et soutien professionnel à l’OIIQ.

Mme Lacroix prend en charge environ 600 personnes. «Seulement 2 % de mes patients ont dû voir un médecin lorsque leurs cas sont sortis de mes champs de compétence», a-t-elle dit.

Travail d’équipe

Le président-directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard, favorise plutôt un travail d’équipe dans la prise en charge des patients.

«Au Québec, on a un Code des professions. Le diagnostic et le traitement sont réservés aux médecins. Nous, on croit que la qualité des soins passe par un travail d’équipe et non un travail en silo. Les médecins et les infirmières, mais aussi d’autres professionnels font partie de cette équipe», a-t-il dit.

Selon lui, les infirmières praticiennes du Québec ont une bonne autonomie, même si elles ne peuvent pas faire de diagnostics.

«Ce qu’on cherche, c’est d’avoir une plus grande collaboration entre les professionnels pour offrir des soins de qualité. On ne veut pas créer de nouveaux professionnels qui ne veulent rien savoir des autres», a dit M. Bernard

L’Ordre des infirmières appelle au dialoguedavid prince

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a fermé la porte la semaine dernière à un financement public de la clinique SABSA, la première clinique sans médecin au Québec, ce qui a frustré les infirmières praticiennes.

Hier, la présidente de l’Ordre des infirmiers et infirmières, Lucie Tremblay, s'est entretenue avec le ministre Barrette, pour lui faire part de ses inquiétudes quant au sort des 1500 patients de cette clinique. Elle appelle au dialogue pour trouver une solution. «Ces clients ont trouvé une porte d'accès aux soins et services. Il serait affligeant de la voir se refermer sans autres considérations.»

«J'ai prié le ministre de rencontrer Isabelle Têtu (cofondatrice de la clinique) afin qu'elle puisse lui expliquer ses attentes et qu'ils envisagent ensemble une solution susceptible d'assurer la pérennité du service», a ajouté Mme Tremblay.

Clinique menacée

Située dans le quartier Saint-Roch à Québec, la clinique qui accueille des patients vulnérables toxicomanes pourrait fermer le 1er mai en raison d’un manque de financement.

Le ministre a dit que cette clinique était située à seulement quatre minutes à pied d’un CLSC et que le Québec n’avait pas les moyens de financer deux réseaux parallèles.

«Ça m’a frustrée. J’ai travaillé longtemps au CLSC et le service offert par les cliniques sans médecin est très différent. On prend complètement en charge le patient à un coût moindre que dans un CLSC», a dit l’infirmière praticienne Manon Lacroix.

Selon celle qui enseigne aux futures infirmières praticiennes à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue en plus de diriger une clinique en Ontario, il faut leur donner les moyens et la latitude pour agir si l’on veut qu’elles remplissent pleinement leur rôle.

– Avec la collaboration de Johanne Roy