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«La ménopause, presque un tabou»

DOSSIER MÉNOPAUSE - Dre Michèle Moreau
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse Spécialiste de la santé des femmes, la Dre Michèle Moreau croit que la ménopause demeure un sujet tabou.

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Médecin depuis près de 45 ans, la Dre Michèle Moreau, médecin au CHUM et chargée de l’enseignement clinique à l’Université de Montréal, en connaît un bail sur la santé des femmes, sa grande spécialité.

«La ménopause est un phénomène naturel, dit-elle d’emblée. Mais les conséquences se font sentir plus longtemps en raison de la longévité des femmes.»

Avant, l’espérance de vie tournait autour de 50 ans. «La médecine a fait des progrès, ­l’hygiène de vie aussi. On vit plus longtemps. Mais l’âge de la ménopause, lui, n’a pas changé depuis des siècles. Elle commence encore ­autour de 51 ans.»

Les différentes conséquences auxquelles sera exposée une majorité de femmes résultent de cette longévité accrue. «On parle ici de risques sur la santé vaginale, osseuse, cardiovasculaire, cognitive, sur lesquelles l’œstrogène a un effet protecteur, sans compter les symptômes de ménopause qui affecteront des femmes toute leur vie.»

Un manque d’infos

Depuis 20 ans, Michèle Moreau animait trois fois par année une conférence sur la ­ménopause. L’auditorium Rousselot, de l’Hôpital Notre-Dame, se remplissait à tout coup, sans publicité, grâce à du bouche-à-oreille.

La médecin a donné sa dernière conférence l’an dernier.

«J’ai 67 ans. C’était une grosse organisation à planifier. Chaque conférence durait plus de trois heures. Avec la période de questions et les consultations informelles qui suivaient, je ne sortais jamais avant minuit. C’est pour vous dire comme le besoin d’information était grand et il l’est encore! Il y a une telle méconnaissance de l’hormonothérapie! C’est incroyable encore en 2016 le nombre de femmes qui se privent ou sont privées du soulagement de symptômes ­parfois dévastateurs, sur la base d’une ­méconnaissance, de fausses croyances!»

De très nombreuses femmes m’ont confié, lors de ce reportage, qu’elles manquaient ­cruellement d’information sur la ménopause. Durant tout ce processus bouleversant, elles s’aventuraient en terre inconnue.

«Personne ne nous a dit ce qui allait nous ­arriver», déplore Michèle Garneau, professeure de primaire à Montréal, elle-même ménopausée depuis quatre ans. «On est à la merci de notre cercle d’amies. Y a-t-il avec elles un partage d’informations, ou le sujet ménopause est-il proscrit?»

Contrairement à l’arrivée des règles ou à ­l’accouchement d’un enfant, la ménopause n’est pas un sujet de fierté pour les femmes, poursuit Michèle Garneau. «C’est presque tabou. Comme pour moi, c’est arrivé relativement jeune, à 48 ans, j’étais même gênée de le dire.»

Ménopausée... à 40 ans

Comme une infime minorité de Québécoises (moins de 2 %), Hélène Grou a vécu une ménopause précoce.
Photo courtoisie
Comme une infime minorité de Québécoises (moins de 2 %), Hélène Grou a vécu une ménopause précoce.
 
Mère d’un garçon alors au début de l’adolescence, Hélène Grou venait de se mettre en ménage avec son nouveau conjoint quand elle a été ménopausée à 42 ans.
 
«Mes règles, limite hémorragique, sont devenues complètement irrégulières. Je trouvais ça bizarre. Puis, à un moment, ça a complètement stoppé. Je me suis dit: coudonc, ça fait combien de temps que je n’ai pas eu mes règles? C’est arrivé d’un coup. Je venais de déménager mes nombreux sacs de serviettes hygiéniques dans mon nouvel appartement!» explique l’entrepreneure qui offre un service marketing pour des courtiers immobiliers.
 
De 1 % à 2 % des ­Québécoises ont une ménopause précoce, c’est-à-dire qu’elle débute autour de 40 ans, voire avant. Parfois, une raison médicale l’explique (dont l’ablation de l’utérus, mais aussi des problèmes ­hormonaux). Mais la plupart du temps, il n’y a pas de raisons médicales connues. 
 
«Je me mettais à pleurer en regardant des publicités», raconte Mme Grou.
 
La ménopause ou la vie ? 
 
Elle ne savait trop si son hyper-émotivité était due à sa ­ménopause, ou à sa vie professionnelle, en pleine turbulence.  
 
«Mon conjoint et moi, on venait de lancer une entreprise. On s’est planté plusieurs fois avant de trouver le bon créneau. Alors, tu associes quoi à quoi? Est-ce que je pleure à cause de mon stress professionnel et des problèmes personnels, ou à cause de la ­ménopause? Aujourd’hui, ma vie de couple et mon travail sont stables, et mon fils va bien. Si je me mettais à brailler en ­regardant une publicité, je me poserais des questions.»
 
Poids
 
Une décennie de ménopause lui a fait prendre 10 livres. Hélène se sent «épaisse», même s’il faut regarder à deux fois pour y trouver une once de graisse! 
«Je ne me regarde plus dans le miroir. Je suis ridée, cernée, j’ai des plis au-dessus des lèvres...», explique la dame maintenant dans la cinquantaine.
Le regard des autres change, dit-elle. ­Notamment lorsque vient le temps ­d’acheter... des jeans. «Dans un magasin, raconte-t-elle en riant, je suis en train de regarder des tailles lorsqu’une jeune employée me dit: vous regardez des modèles pour votre fille?»
 
Comme bien des femmes en ménopause, son abdomen a pris du volume. «Je bénis l’inventeur des pantalons avec élastiques! Je ne porte plus que ça!»
 

Des tests qui ne servent à rien

La grande mode, ces temps-ci, est d’envoyer les femmes qui pensent être en ménopause ­subir un test de sang pour le confirmer.

«Les prises de sang, c’est inutile, et avec en plus un coût pour le ­système de santé!» ­s’insurge la Dre Michèle Moreau, médecin au CHUM et spécialiste de la ­ménopause.

Inutile de «chercher midi à quatorze heures», dit-elle. Si une femme est âgée entre 45 et 55 ans, que ses règles s’espacent et qu’elle présente différents symptômes associés à la ménopause, eh! bien, elle est dans le processus qui l’y amènera! Et après 12 mois sans règles, elle sera officiellement ménopausée. «C’est un simple ­diagnostic clinique.»

Des bilans douteux

L’autre mode, pire ­selon elle, ce sont les ­bilans hormonaux en cours de traitement.

«Une de mes patientes m’est arrivée avec ça la semaine dernière!

Elle est âgée de 48 ans, elle prend déjà des hormones, et elle a passé des prises de sang pour savoir... quoi ­exactement?» demande la Dre Moreau. Les fluctuations des hormones, explique-t-elle, sont telles que le résultat change constamment. Et les dosages de ­comprimés, timbres, et gel ont été bien établis.

faits marquants

♦ Âge moyen de la ménopause : 51,3 ans

♦ 15 % à 20 % des femmes n’ont pas – ou peu – de symptômes

♦ 20 % des femmes auront des symptômes toute leur vie

♦ Le mot ménopause a fait son apparition dans le dictionnaire en 1823

♦ D’origine grecque, le terme ménos signifie mois, règles ou menstruations, Le mot pausis, arrêt ou cessation.

♦ Une femme est en ménopause lorsqu'il y a arrêt continu des règles, pour une période de 10 à 12 mois

♦ Cela signifie la fin de l’ovulation, qui a débuté autour de 12-13 ans, et donc, de la fertilité

♦ La majorité des femmes auront franchi le cap de la ménopause entre 45 et 55 ans

♦ La ménopause sera presque toujours précédée d'une phase de transition, appelée périménopause. Sa durée varie grandement, selon les spécialistes, de 24 mois à 10 ans

 

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