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Le choc de la ménopause

Le choc de la ménopause
Illustration Christine Lemus

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La ménopause s’explique surtout par la baisse de production de l’œstrogène. Cette hormone donne de l’énergie, protège le cœur, la peau, la mémoire, aide à la vie sexuelle, au sommeil, à la bonne humeur. La baisse de production, puis la perte définitive d’une hormone aussi puissante, et protectrice, n’est pas sans conséquence: cela provoque les symptômes les plus aigus.

7 symptômes de la ménopause

J’ai chaud !

De 60 % à 80 % des femmes présenteront des bouffées de chaleur (appelées symptômes vasomoteurs), d’intensité variable. Elles s’accompagnent de sueurs nocturnes. Pour la majorité, ces bouffées de chaleur diminueront en ­intensité dans les trois à cinq ans qui suivent leur apparition. Mais de 15 % à 20 % des femmes de 60 ans et plus en éprouveront encore.

Les nuits d’Insomnie

L’insomnie est causée par une multitude de facteurs, mais chez les femmes au début de la cinquantaine, il s’explique principalement par les changements ­hormonaux liés à la ­ménopause. Les œstrogènes aident à diminuer les réveils durant la nuit, et ils augmentent la durée ­totale du sommeil.

J’ai mal aux os !

Les douleurs articulaires, dont se plaignent beaucoup de femmes en ménopause, sont dues à des carences hormonales et au manque d’œstrogène. «Ce sont des problèmes plus subtils que les bouffées de chaleur, et les femmes les confondent souvent avec un début d’ostéoporose. Elles me disent: j’ai mal dans les os», dit la Dre Michèle Moreau, spécialiste de la santé des femmes.

Stress, anxiété et irritabilité

L’œstrogène aide à la production de sérotonine, ce neurotransmetteur qui protège contre l’irritabilité et l’anxiété. Le déséquilibre entre l’œstrogène et une autre hormone féminine, la ­progestérone, qui se produit à la ­périménopause, affecte l’humeur. «Des conjoints, complètement ­désemparés, me disent parfois: “faites quelque chose, je ne la reconnais plus!» confie la Dre Michèle Moreau.

Chérie, pourquoi les clés sont dans le frigo ?

L’œstrogène aide aussi à la mémoire. Sa production en déclin interfère donc sur cette capacité. Bien des femmes en ménopause et en périménopause oublient leurs mots, égarent leur voiture dans un stationnement, ou mettent leurs clés au frigo. «Beaucoup se croient atteintes d’Alzheimer!» dit la Dre Deborah Wagner.

Chéri, j’ai mal à la tête

La baisse de libido est l’un des symptômes courants de la ménopause. «Au départ, les femmes ont moins de besoins sexuels que les hommes, explique la Dre Michèle ­Moreau. Avec l’âge, il y a une baisse de l’intérêt.» Le rapport avec l’œstrogène n’est pas toujours clair. «Mais la ménopause a un impact négatif sur la sexualité en raison de la baisse d’hormones sexuelles», dit la Dre Michèle Moreau. Plus tard dans la ménopause, parfois cinq à 10 ans après son début, s’ajouteront parfois une baisse de lubrification, une sécheresse vaginale et jusqu’à des troubles urinaires.

Chéri, j’ai vraiment mal à la tête

D’autres symptômes sont aussi liés à la ménopause, comme les migraines et les maux de tête. «Chez les femmes sujettes aux migraines, les maux de tête augmentent de 50 % à 60 % pendant la périménopause et la ménopause», explique le Dr Vincent Martin, professeur de médecine à l’université de Cincinnati, à l’origine d’une étude sur la question.

Un cas de dépression

Comment une vétérinaire sait qu’elle est en burnout? Elle change de trottoir afin d’éviter de croiser... un chien!

«J’en étais rendue là», dit Anne-Marie L. (*nom fictif). La femme de 53 ans, vétérinaire à Montréal, est en arrêt de travail depuis octobre. Elle va mieux, mais elle revient de loin! «Mon cerveau était comme un caramel mou. Il n’y avait plus rien qui se transmettait», raconte-t-elle.

À l’âge de 49 ans, en raison de règles très abondantes et douloureuses, Anne-Marie se fait enlever l’endomètre. Elle cesse donc d’avoir des règles.

Mais son véritable défi est ailleurs.

En décembre 2013, Anne-Marie quitte la petite salle où elle vient d’examiner un chien. Puis, c’est le black-out! Elle ne se rappelle plus rien de l’examen.

«À partir de là, j’ai commencé à avoir peur de faire des erreurs médicales.»

Comme bien des femmes en périménopause, la dépression ne lui passe pas par la tête. Sa vie de mère de trois ados n’est pas simple, mais elle n’a pas de raisons particulières d’être déprimée. À la maison, elle devient désorganisée. À la clinique, ça empire.

«Je ne voulais plus voir d’animaux. Je voyais un chien dans la rue, et je changeais de trottoirs! Un jour, je vois entrer un jeune couple avec un bébé Pug. Ça commence à spinner dans ma tête: “pourquoi ils ont adopté un tel chien? Ils sont fous ou quoi? Ces chiens ont toutes sortes de problèmes, ils ont du mal à ­respirer! Pourquoi vous avez fait ça!”»

Elle est furieuse! Et au moment où elle allait dire sa façon de penser à ses clients, elle réalise que le problème n’est pas eux, mais elle...

Diagnostic : dépression profonde

Anne-Marie fait partie des 5 % à 8 % de femmes hyper sensibles aux fluctuations hormonales. «Après mes accouchements, j’ai sans doute eu des postpartums non diagnostiqués, dit-elle. Et chaque mois, deux ou trois jours avant mes règles, je voulais me jeter en bas du pont.»

Mais en 2014, au moment où elle se sent le plus en déséquilibre, elle ignore cette fragilité hormonale. «Je ne comprenais pas ce qui se passait.»

Elle se rend chez un médecin, puis un autre. Le diagnostic tombe: Anne-Marie est en dépression sévère. Il lui prescrit des hormones, puis carrément des antidépresseurs. Le cocktail finit par faire effet, même s’il n’empêche pas l’arrêt de travail de plusieurs mois. «Pourquoi on ne m’a rien dit?»

Anne-Marie commence tout juste à émerger de sa dépression. Elle a lu ­beaucoup ces derniers mois pour ­comprendre ce qui lui était arrivé, ­notamment des essais américains, car au Québec, dit-elle, il n’y a à peu près rien de publié sur le sujet. Elle déplore le manque d’informations sur la question.

«J’avais déjà une faiblesse, et la ménopause a été le déclencheur, la goutte qui a fait déborder le vase. Sensible comme je le suis, on vit des mini-dépressions toute notre vie. La ménopause en est ­finalement le couronnement.»

Bouffées de chaleur

Laurence Magloire vit les hauts et les bas de sa ménopause ­depuis sept ans.
Photo Courtoisie
Laurence Magloire vit les hauts et les bas de sa ménopause ­depuis sept ans.

Depuis sept ans, Laurence Magloire vit avec des bouffées de chaleur, de l’insomnie et des sautes d’humeur.

«J’ai toujours voulu savoir c’est quoi, mon corps», dit la femme de 57 ans, productrice de documentaire et d’émissions jeunesse. Elle a accouché ses deux enfants, aujourd’hui dans la trentaine, sans épidurale, et a eu des règles ­irrégulières et hémorragiques toute sa vie, sans qu’une petite pilule ne vienne régler ça.

Lorsque sa ménopause a commencé, à l’âge de 50 ans, il n’était donc pas question d’hormones. «Je n’en veux pas. Ça vient débalancer chimiquement mon corps.»

Avec Michaëlle Jean

Pour aggraver le tout, Laurence Magloire vit une partie de l’année dans son pays natal, Haïti, où la chaleur tropicale l’achève... «Quand je suis dans mon petit jeep, ça dégouline considérablement. C’est l’enfer.»

Même l’ex-gouverneure générale a tenté de la convaincre!

En 2012, à Port-au-Prince, lors d’une réunion pour la préparation d’un documentaire dénonçant l’esclavage des enfants, Laurence ­Magloire a une «énorme bouffée de chaleur», comme elle le dit, malgré la climatisation qui frigorifiait la pièce. «Je suais à grosses gouttes.»

À côté d’elle, Michaëlle Jean, alors envoyée spéciale de l’UNESCO en Haïti, lui glisse un papier. «C’était écrit: estrogel... Je l’ai cherché!»

Elle ne l’a pas trouvé en vente ­libre et pour cause: l’estrogel doit être prescrit par un médecin.

Le hic, c’est que ses symptômes les plus désagréables ne s’estompent pas avec les années.

Près de 20 % de femmes auront, de fait, des symptômes toute leur vie. «C’est épuisant à la longue! Je dors mal. J’ai chaud, j’enlève mes couvertures, je suis toute mouillée, j’ai froid, je les remets.»

Les symptômes ont un peu diminué, mais ça a recommencé de plus belle depuis.

«J’ai des sautes d’humeur. Ça monte ça descend. Je ne peux pas contrôler ça. Je dors mal... Avant, je me mettais la tête sur l’oreiller et je dormais. Là, je me réveille à tout bout de champ.»