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«Une montagne russe hormonale»

Quebec
Photo Le Journal de Québec, Stevens Leblanc La psychiatre Marie-Josée Poulin soutient que les risques de dépression sont élevés dans la période qui précède la ménopause.

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La périménopause précède et annonce les grands changements de la ménopause. «C’est une période encore plus difficile que la ménopause comme telle», dit d’emblée la psychiatre Marie-Josée Poulin, qui exerce au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec. Elle est aussi professeure à la faculté de médecine de l’Université Laval.

Les études scientifiques, dit-elle, le démontrent: la prévalence de dépression augmente chez les femmes durant cette période qui précède la ménopause. «On n’en entend pas suffisamment parler, déplore-t-elle. Mais l’impact des fluctuations des hormones gonadiques (œstrogène, progestérone et testostérone) est énorme.»

Une fois cette transition passée, la majorité des femmes n’auront pas plus de risques de ­dépression, dit la psychiatre.

«C’est une montagne russe hormonale», dit de son côté la Dre Sophie Desindes, gynécologue ­depuis 2004, et professeure agrégée à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. Après sa formation au Québec, la médecin a suivi une formation supplémentaire à l’Université Harvard sur la santé des femmes avant, ­pendant et après la ménopause.

Elle confirme ce qu’en pensent les autres ­spécialistes: «La période la plus difficile, ce sont les premières années qui précèdent et qui ­suivent la dernière menstruation.»

Au début, explique-t-elle, le cycle, jusqu’alors régulier, devient plus court ou, au contraire, plus long. Le taux d’œstrogène explose ou chute dramatiquement, tout comme la progestérone, ce qui peut provoquer les règles abondantes dont se plaignent tant de femmes. «Puis, quand il ne reste presque plus d’ovules, poursuit la Dre Desindes, les femmes connaîtront des mini périodes menstruelles. D’autres symptômes, comme les bouffées de chaleur et l’insomnie, apparaissent, signifiant qu’il y a un manque d’œstrogène.»

Bref, c’est le chaos!

Comme une femme enceinte

Durant la période de la préménopause, les femmes ne savent jamais à quoi s’attendre, ce qui les rend anxieuses, dit la gynécologue et ­professeure à l’Université Laval, Sylvie Dodin-Dewailly, une experte de la ­ménopause.

«Certains mois, elles auront des bouffées de chaleur, car les hormones ne marchent pas. Puis, il y aura une explosion hormonale!»

Lors de ses recherches, la ­gynécologue a mesuré les taux d’hormones de ses patientes. «On voit d’incroyables variations! Les taux ­peuvent être très bas et après, ils ­atteignent un niveau qu’on voit durant une grossesse!»

Traitement difficile

Durant cette période en yoyo, il est difficile d’établir un traitement ­hormonal efficace pour celles qui ­souffrent le plus et dont la qualité de vie est compromise.

«Le plus efficace, dit la Dre Dodin-Dewailly, ce sont les contraceptifs oraux.»

Ces contraceptifs peuvent être pris sans danger jusqu’à environ 55 ans. Les doses sont plus fortes que celles de l’hormonothérapie classique.

La périménopause: cette méconnue

♦ La périménopause, c’est la ­période trouble qui précède l’arrêt complet des règles, et les quelques années qui suivent. Elle est marquée par une ovulation plus irrégulière et de fortes variations des taux de deux hormones ­féminines, l'œstrogène et la progestérone. 
 
♦ Les premiers symptômes ­peuvent apparaître entre deux ans, voire huit ans avant la fin des règles. Ils surviennent ­durant la quarantaine en moyenne, et se caractérisent par leur acuité.
 
♦ De nouvelles définitions: on ne parle plus de «préménopause» pour définir la période qui ­précède l’arrêt complet des ­règles. Le terme est ­désormais utilisé pour qualifier la période qui va de la puberté jusqu’à la périménopause.

«Je pleurais en lavant la vaisselle»

Michèle Beauchamp a traversé des montagnes russes émotionnelles pendant sa ménopause.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin
Michèle Beauchamp a traversé des montagnes russes émotionnelles pendant sa ménopause.

À l’âge de 43 ans, Michèle Beauchamp a commencé à avoir des migraines. Tous les mois, trois jours durant.

La conseillère en voyage corporatif, qui vit à Montréal et est aujourd’hui âgée de 63 ans, avait toujours ses règles, mais elles devenaient irrégulières.

Pour elle, il n’y avait aucun lien entre les deux événements.

«Je prenais un médicament pour les ­migraines. Des pilules très fortes.»

Puis sont arrivés des épisodes de bouffées de chaleur et d’insomnie.

Mais le pire, c’étaient les émotions! «Plus ça allait, plus je sentais que je devenais émotive», raconte-t-elle.

Le moment de laver sa vaisselle, le soir, était toujours propice à une réflexion sur sa journée. Un moment zen.

«Puis, à plusieurs reprises, je me suis mise à pleurer en lavant ma vaisselle. J’avais 47 ans. Pourtant, mes pensées étaient constructives. Il n’y avait pas de raisons objectives pour que je me mette à pleurer!»

Outre la vaisselle, un rien la faisait ­pleurer: une nouvelle à la télé, un petit chien qui meurt... «Tout était amplifié, tout devenait une montagne. C’était très pénible. Ça partait n’importe quand! Au travail, chez moi.»

Au début, Michèle se demandait si son état n’était que passager.

«Je me disais: “Ok, une bonne nuit de sommeil et tout va s’arranger”. Mais non... J’ai enduré deux mois de pleurs. Je me suis même demandé si c’était un burnout ou une dépression.»

Hormonothérapie

Michèle Beauchamp est finalement allée rencontrer son médecin de famille. Elle avait alors encore quelques règles par-ci, par-là.

«J’ai parlé à mon médecin de mes ­problèmes. Elle était très ouverte aux ­hormones.»

Elle en a pris durant 20 ans.

«Pour moi, les hormones ont été très ­efficaces. Ç’a été ma bouée de sauvetage. C’est fatigant de pleurer comme ça.»

Plusieurs amies de Michèle Beauchamp, qui n’en prenaient pas, lui ont dit: “Quoi? Tu refuses de vieillir?” Je n’ai jamais entendu dire que les hormones empêchaient les rides!»

Elle vient d’arrêter son hormonothérapie, après avoir diminué graduellement sa dose. «Je n’ai pas eu de symptômes. Ma ménopause était bel et bien terminée.»

La fin Des règles

Michèle Beauchamp se souvient de la fin de ses règles, il y a une quinzaine d’années.

«Quand ça a arrêté complètement, ça m’a manqué un peu cette affaire-là! Ça faisait depuis l’âge de 12 ans...»

«Je mettais toujours dans ma valise des serviettes hygiéniques au cas où... J’en ai eu dans mon tiroir pendant je ne sais pas combien de temps! C’est tellement ancré en nous. Ça m’a fait de quoi. Il me manquait quelque chose. Parfois, j’avais comme une crampe qui se dessinait dans mon ventre et je me disais, “ah oui, je me souviens...” On fait un lien avec la jeunesse qui s’en va.»

Mais Michèle Beauchamp n’est pas du genre très nostalgique. Elle a surtout réalisé les économies qu’elle faisait!

«Elles souffrent, et leur famille aussi...»

Psychologue au New Jersey, Deborah Wagner exerce depuis une trentaine d’années auprès d’une clientèle de tous les âges.

Une clientèle en particulier est demeurée longtemps un mystère pour elle. «Un groupe se démarquait, avec des besoins qui leur étaient uniques: les femmes en périménopause.»

Cette période était très peu comprise, tant par la communauté médicale que par les psychologues comme elle. «Voilà pourquoi j’ai décidé d’écrire mon ­livre», dit ­Deborah Wagner, jointe au téléphone à sa ­résidence du New Jersey.

Ce livre, The Fifth Decade, Is It Just My Life or Is It Perimenopause? a été un best-seller aux États-Unis.

Informer avant la tempête

Environ 30 millions d’Américaines âgées entre 39 et 53 ans connaîtront des expériences de dépression et d’anxiété associées à la périménopause, écrit-elle.

«J’ai écrit ce livre pour informer, dit la Dre Wagner. Car les femmes sont ­souffrantes, et leur famille, aussi. Elle ne les reconnaît plus. [...] Ça affecte toute la famille.»

Le mariage de ces périménopausées est parfois en péril. Dans le livre, l’auteure explique aux hommes ce qui se passe avec leurs femmes, tant sur les plans biologiques que psychologiques.

«Soyez patients, messieurs, conclut-elle. Quand la femme de votre vie aura passé à travers cette transition, elle redeviendra celle qu’elle était.»