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Un poète contre l’intégrisme

Un poète contre l’intégrisme
Photo Chantal Poirier

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«L’islamiste gagne chaque jour des batailles contre l’Occident. Il a réussi à restreindre la liberté de pensée, à séparer les femmes des hommes dans les piscines, à halaliser les menus scolaires, à fragiliser la laïcité, à ouvrir des mosquées dans les universités, à gagner des procès contre des États, à verrouiller plusieurs institutions internationales...»- Karim Akouche

J’ai fait la connaissance de Karim Akouche à l’occasion d’un débat sur la charte de la laïcité en 2014. J’étais contre, au nom des droits individuels. Il était pour, au nom de la liberté.

Imaginez le portrait : la Québécoise de vieille souche opposée à un poète, romancier et dramaturge né en Algérie et installé à Montréal depuis 2008, sur les valeurs québécoises. Qui l’eut cru ?

Souverainiste, Karim ? «Je suis un Kabyle universel, ouvert à toutes les cultures, qui est tombé en amour avec le Québec. J’appartiens à un peuple qui vit une crise d’affirmation. Je soutiens tous les peuples qui aspirent à la liberté­­.»

Passionné de laïcité

Le type a de la gueule. À 37 ans, sa longue tignasse frisée est rassemblée en queue de cheval. Grand et mince, il porte d’élégants costumes ajustés.

Karim Akouche blogue au Huffington Post. Il écrit pour des médias français prestigieux comme Le Monde et Marianne. Le mois dernier, il a donné 12 conférences en Algérie – suivi à la trace par les autorités –, où son roman­­ tragi-comique Allah au pays des enfants perdus est un bestseller.

«Je n’y étais pas allé depuis cinq ans. J’ai remarqué que le salafisme (l’islam fondamentaliste) a repris de l’épaisseur», rapporte celui qui a grandi pendant­­ les années noires en Algérie quand 200 000 hommes, femmes et enfants­­ ont été massacrés entre 1991 et 2002 par des fous de Dieu.

«Mon cousin a été tué par des islamistes. Ma mère dormait avec une hache, mon frère avec un pistolet.»

«Oui, mais cela n’arrivera pas ici», lui fais-je remarquer. On reproche souvent­­ à sa compatriote Djemila Benhabib­­ d’exagérer la menace islamiste­­ au Québec.

«Ici, ce sont les bien-pensants, que j’appelle aussi les mieux-disants car souvent, ils ne croient pas à leurs propres discours, qui m’effraient le plus» dit l’homme, révolté par le port du niqab­­ lors du serment de citoyenneté. «En Algérie, un pays musulman, les femmes ne portent même pas de niqab!»

Un monde meilleur

Malgré des opinions en harmonie avec la majorité, il n’a pas que des amis ici. «Le pire, c’est d’être traité d’islamophobe par des Québécois. Suffit­­ le sanglot de l’homme blanc. Je m’oppose aux accommodements raisonnables­­ parce que personne ne devrait imposer sa foi.»

Que faire alors quand l’intégrisme gagne du terrain, même en Occident ? «Nos élites médiatiques et politiques doivent démontrer du courage. Il faut bien nommer les choses. Sortir de la bien-pensance. Réexpliquer la laïcité. Rejeter le racisme. Et surtout, proposer des rêves, des aventures, dit l’écrivain qui se désole de notre addiction au consumérisme.

«L’islamisme est proche du consumérisme, explique-t-il. L’islamisme veut tuer le citoyen pour en faire un croyant. Le consumérisme veut tuer le citoyen pour en faire un consommateur».

«Il faut réenchanter le monde».

Qu’on cesse d’inviter les Adil Charkaoui­­ de ce monde à la télévision et qu’on donne la parole à des gens comme Karim Akouche serait un bon début.