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Lisée tire le tapis sous les pieds des libéraux

PQ, Lisee
SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC

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Personne ne sera surpris que je me réjouisse de la proposition que fait Jean-François Lisée dans ce Journal à titre de candidat à la chefferie du PQ (ici). Je défendais les mêmes positions dans un billet publié en mars dernier (ici).  Lisée s'engage clairement et fermement à ne pas tenir de référendum durant un premier mandat du PQ non plus que toute autre démarche référendaire. Cela tire très fort le tapis sous les pieds du PLQ qui compte, démagogie aidant, sur la tenue d'un référendum ou sur l'ambiguïté du PQ sur cette question pour s'attirer les votes, même de ceux qui doivent se boucher le nez en appuyant le PLQ.

L'argument de Lisée, comme le mien, est simple.  Lorsque la maison brûle on n'arrose pas le jardin. Il y a urgence de déloger le gouvernement actuel qui s'emploie à déconstruire pièce par pièce notre façon de vivre ensemble aussi bien dans son acharnement contre les entreprises sociales comme les CPE, par exemple, que dans sa détermination à éliminer toute instance civique dans les lieux de décisions administratives, économiques, culturelles ou d'aménagement du territoire. Le rapetissement de l'État, ramené à un statut de gestionnaire insignifiant et souvent incompétent, est la seule et unique préoccupation de ce gouvernement qui n'en a que pour le libre marché. En cela, il gomme une bonne partie de notre identité nationale forgée notamment autour de la coopération, de la concertation, du partage des richesses, de l'entreprenariat social et du soutien de l'État.

Lisée en s'engageant à ne pas tenir de référendum durant un premier mandat  fait un pied de nez au PLQ et à la CAQ qui devront trouver une autre façon d'apeurer les nouveaux arrivants et les gens d'affaires aux élections de 2018. Celles et ceux qui souhaitent déloger le présent gouvernement, y compris les allophones, mais qui sont allergiques à une opération référendaire auront une alternative. Il en est de même pour de très nombreux indépendantistes et pour de nombreux membres du PQ qui croient que le temps requis pour retrouver une ferveur et une cohérence nécessaires autour du projet d'indépendance dépasse largement les 870 jours qui nous séparent de la prochaine élection.

Il n'y a pas non plus dans la proposition de Lisée de faux-fuyant concernant la plate-forme socio-économique qu'il compte présenter. Lisée aura toujours été d'une très solide constance dans les ouvrages qu'il a publiés quant à la nécessité de doter le Québec d'une gauche efficace, moderne, décomplexée et capable de tenir tête aux idéologues de droite présentement au pouvoir. À ce titre, il s'avère un formidable vulgarisateur et se montre capable de traduire concrètement ce que cette gauche pragmatique entend faire en terme de politiques, de programmes et de services appariés au développement durable. Je donnerais gros pour le voir en débat avec Philippe Couillard sur cette question durant une campagne électorale. Il est sans doute celui que notre Premier ministre craint le plus sachant qu'une grande partie du vote tient à la performance des candidats durant ces débats électoraux télévisés, et sachant les qualités de tribun et de debater de Lisée.

La course à la chefferie du PQ vient de prendre une nouvelle tournure. Les trois candidats déclarés sont, sans en douter, d'authentiques indépendantistes. Lisée se démarque désormais des deux autres sur cette question par sa clarté quant à la non-tenue d'un référendum durant le premier mandat. Véronique Hivon et Alexandre Cloutier n'ont désormais pas d'autre choix que de se montrer clairs quant à leurs intentions à ce sujet. Autrement, ils risquent de s'enfoncer dans les sables mouvants de l'ambiguïté desquels Lisée s'échappe.