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Le milieu de l’éducation a-t-il trouvé son ministre?

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Monsieur le Ministre,

Vous avez récemment posé un geste que nous soulignons, et soutenons sans ambages.

La Presse + du 13 mai dernier annonçait, sous la plume de Tommy Chouinard, que vous présenterez, cet automne, un document de consultation en vue d’adopter une politique sur la réussite éducative, qui inclura diverses propositions. La politique elle-même serait prête au début de 2017.

Nous signifions notre soutien plein et entier à la réalisation de cette démarche, car la réussite de nos jeunes est désormais la seule priorité que le Québec doit avoir. Pour y arriver, nous devons coopérer et mutualiser nos efforts. Comme vous vous engagez sur cette voie en annonçant une consultation de l’ensemble des acteurs du milieu de l’éducation, il est de notre avis que tous devraient s’investir à vos côtés pour bâtir l’avenir de la relève, en mettant de coté le moindre corporatisme.

Vous avez bien noté que, toute proportion gardée, le Québec abandonne actuellement quelques 10 000 enfants par année par rapport à l’Ontario. La province voisine a en effet réussi! Dans les dernières années, elle est parvenue à transformer son système éducatif à l’aide de mesures structurantes, dont la maternelle 4 ans à temps plein, l’école obligatoire jusqu’à 18 ans et le recours aux connaissances issues de la recherche. Les Franco-Ontariens, qui éprouvaient historiquement des difficultés majeures, y réussissent désormais comme la majorité, sinon davantage. Cela nous indique que le succès collectif en matière d’éducation est possible.

Vous êtes conscient, comme nous, du fait que la maternelle 4 ans à temps complet nécessitera, pour atteindre son but, la cohabitation des personnels de CPE et des enseignants qui y travailleront. Une fréquentation plus longue impliquera également des engagements financiers structurels et sérieux. Dans le même esprit, l’amélioration des pratiques nécessitera un leadership renforcé au sein des établissements scolaires, un soutien financier aux écoles à la hauteur des ambitions que vous avez énoncées et un recours mieux balisé et plus systématique aux connaissances issues de la recherche scientifique et des meilleures pratiques. Toutes ces mesures permettront de stimuler la richesse collective que représente le savoir de nos enfants et semer cette prospérité nécessitera à peine le tiers de l’augmentation récurrente de la masse salariale consentie aux médecins au cours des dix dernières années, ce qui montre le réalisme de vos ambitions!

Parmi les éléments relevés par Tommy Chouinard, reprenons les principaux :

  • Améliorer la formation des enseignants
  • Valoriser le rôle des enseignants et leur donner davantage d’autonomie pédagogique
  • Rehausser l’enseignement du français
  • Mettre sur pied un Institut national d’excellence en éducation
  • Offrir la maternelle 4 ans sur tout le territoire
  • Rendre l’école obligatoire de 5 à 18 ans
  • Outiller les services de garde pour dépister les enfants à risque et assurer le suivi avec l’école

Ces orientations font partie de celles que nous privilégions. On ne peut que s’attendre à ce qu’elles soient également bien reçues par les autres acteurs du secteur de l’éducation, notamment les organisations syndicales. Dans un article paru le 14 mai dernier, la présidente de la CSQ, Louise Chabot, relevait en effet que « le réseau de la santé et des services sociaux n’a pas besoin d’une réforme des structures, mais plutôt qu’on s’attaque aux problèmes, qui sont documentés depuis bien longtemps ». Selon cette saine logique, tous devraient aussi se mobiliser autour du constat que le réseau de l’éducation a besoin

qu’on s’attaque aux problèmes qui sont, chez nous aussi, documentés depuis bien longtemps. On doit saluer, Monsieur le Ministre, votre intention de prioriser la réussite avant les structures. Ces paroles sont rafraichissantes et porteuses d’espoir pour les enfants, leurs parents, les employés concernés et toute la société, qui bénéficiera d’une scolarisation accrue des personnes qui la composent.

Tel que l’a indiqué l’UNESCO1,offrir à tous l’éducation de la meilleure qualité possible, tout en permettant à ceux qui ont plus de mal à y réussir, d’atteindre cette finalité, nécessite d’assurer l’excellence des pratiques et l’utilisation efficiente des ressources. Même si la suite des choses reste à définir, nous tenons à vous féliciter d’avoir pris le temps de connaître votre milieu depuis votre entrée en fonction, d’être à l’écoute de l’ensemble des acteurs et de porter l’ambition d’offrir à nos enfants le meilleur de l’école, en vous appuyant sur l’expertise des acteurs du milieu et sur la science.

Recevez l’assurance de nos meilleurs sentiments.

Au nom de l’ensemble des signataires,


Martin Maltais, Professeur

Université du Québec à Rimouski

Avec, par ordre alphabétique :

Marie-Josée Berger, Professeure, Université Bishop’s

Monique Brodeur, Professeure, Faculté des sciences de l’éducation, Université du Québec à Montréal

Christian Dagenais, Professeur, Université de Montréal

Alain Desrochers, Professeur, École de psychologie, Université d'Ottawa

Alexis Gagné, Étudiant au doctorat en Sciences humaines appliquées, Université de Montréal

Hubert Gascon, Professeur, Université du Québec à Rimouski

Frédéric Guay, Professeur titulaire, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval

Michel Janosz, Professeur titulaire, École de Psychoéducation, Université de Montréal

André Moreau, Professeur, Université du Québec en Outaouais

Julien Prud’Homme, Professeur associé, Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, Université du Québec à Montréal

Marc St-Pierre, Ex-directeur général adjoint, Commission scolaire de la Rivière-du-Nord

Serge Striganuk, Professeur, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Michel Umbriaco, Professeur, Département Éducation, TÉLUQ