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UBER/ Netflix: mettre le réseau dans le silo ?

UBER/ Netflix: mettre le réseau dans le silo ?

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Les « modèles d’affaires » s’appuyant sur les capacités offertes par le réseau se multiplient.  Qu'il s'agisse du transport avec UBER ou de la télé avec Netflix, les modèles pré-existants sont secoués.  L'enjeu est de promouvoir les transformations qui permettent aux joueurs anciens comme nouveaux de progresser dans l'économie des réseaux.

La saga d’UBER illustre comment les capacités issues du numérique changent les conditions du déroulement des interactions.  Mais la tentation est forte de plaquer des solutions de silos à des enjeux impliquant une logique de réseau.

Mais si on répond aux dérangements qu’ils apportent uniquement en les enfermant dans le silo des façons de faire existantes, on prépare mal la société aux transformation numériques.   C’est l’approche retenue par le projet de loi 100 déposé récemment par le ministre des transports.

Ce projet de loi vient renforcer l’obligation pour tous, y compris UBER à se mouler dans le cadre classique de la régulation du taxi.

Les activités qui pouvaient jadis se réaliser en silo, selon une logique spécifique à l’activité, se conçoivent désormais en fonction des possibilités offertes par la communication très efficace dans les environnements en réseaux.

Tôt ou tard, on n’échappe pas à la nécessité de définir les conditions du déroulement des innombrables activités qui peuvent désormais s’accomplir de façon différente.

Dans un autre domaine, Netflix fait à l’industrie audiovisuelle ce que UBER inflige à l’industrie du taxi.  Une concurrence en marge de règles du jeu pourtant bien établies.

Les entreprises du secteur télévisuel doivent « concurrencer » une entreprise comme Netflix, mais en payant taxes et contributions aux fonds de développement de la production d’émissions canadiennes,

Netflix, de son côté bénéficie d’un libre accès à nos données personnelles, l'intrant le plus important de cette économie de réseau. De plus, il consomme une portion significative de la bande passante, n’est pas tenu de contribuer à la production canadienne et tout cela sans avoir à percevoir ni TPS ni TVQ.

Mais les autorités continuent sans même penser à rire que les joueurs traditionnels doivent jouer le jeu de la « concurrence » !  Le CRTC, chargé d'appliquer la Loi sur la radiodiffusion soutien que ce genre de services n'a pas d'effet sur les politiques canadiennes de radiodiffusion  !

Comment expliquer ce traitement différent entre UBER et Netflix ?

Possiblement en raison d’une différence dans le capital de sympathie que peuvent mobiliser les joueurs de l’industrie du taxi et ceux de la production canadienne de télé. 

Les artisans du taxi sont perçus comme des gens qui triment dur, dans des conditions difficiles. Par contraste, les artisans de la télé sont perçus comme une bande de « gras durs ».

Ceux qui, surtout au Canda anglais, s’opposent à un encadrement cohérent entre des joueurs comme Netflix et les joueurs traditionnels de la télé ne se privent pas d’invoquer les supposés privilèges de notre industrie télévisuelle.

Mais par dessus tout, ce traitement différencié est un indice d’une indigence plus profonde.

Alors que d’une part, on a droit à une loi musclée pour les taxis, c’est le laisser-faire béat pour la télé. Mais dans les deux situations, on rate une occasion de faciliter les mises à niveau que requiert l’environnement en réseau.

On renonce à « penser » les conditions du développement équitable de l’économie numérique. On ne sait pas très bien comment aider à préparer les secteurs traditionnels aux mutations induites par le numérique. Alors, les décideurs se laissent balloter par les pressions et les décibels que les uns et les autres sont en mesure de générer.

Pourtant, les transformations du numérique vont à un rythme accéléré.  Ces mutations imposent des logiques de réseaux.  Est-il réaliste de continuer à les envisager dans les perspectives « sectorielles » des silos qui ne s’intéressent qu’aux affaires « relevant » d’un secteur sans se soucier des autres dimensions.

Alors que de plus en plus d’activités se déroulent désormais dans un espace de réseaux se moquant des frontières et des organigrammes, les États tentent de bricoler des conditions afin de faire entrer les acteurs dans un cadre que tous savent dépassé.

Ce bricolage tente d’imposer des solutions sectorielles, conçues et appliquées en silos à des réalités qui relèvent fondamentalement d’une logique de réseaux.

Les politiques numériques actuelles  consistent à tenter de mettre un réseau dans un silo ! 

Il faut plutôt mettre en place ce qu'il faut pour transformer nos organisations en réseaux performants.  C'est de cela qu'il s'agit lorsqu'on parle de politique du numérique