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Le PQ sans son rêve

PKP avait apporté, en dépit de ses 
gaucheries, signes de ses expériences, 
une caution qu’aucun autre chef du
 parti n’avait pu offrir auparavant: 
celle d’un Québec indépendant et 
économiquement viable.
Photo Journal de Québec, Simon Clark PKP avait apporté, en dépit de ses gaucheries, signes de ses expériences, une caution qu’aucun autre chef du parti n’avait pu offrir auparavant: celle d’un Québec indépendant et économiquement viable.

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Le PQ de 2016 est dans une situation historiquement invivable. Il offre aux Québécois une indépendance qu’en majorité ils refusent.

C’est un parti politique qui depuis vingt ans est incapable de cicatriser ses blessures référendaires. C’est en effet le seul parti dont le rêve fut brisé à deux reprises. À la manière des grands artistes sur le déclin, le PQ veut se convaincre qu’il peut de nouveau occuper l’avant-scène, bouleverser et entraîner un nouveau public. Or le PQ est déserté par une majorité de Québécois réfractaires à l’usure de ses idées et à la répétition de son discours.

La démission de Pierre Karl Péladeau dans les conditions dramatiques que l’on connaît est le dernier épisode d’une série où ses chefs successifs l’ont abandonné. Les militants du PQ ont toujours le même réflexe de déni dans ces circonstances. Pour atténuer la peine, sans doute, ou la déception, voire le découragement.

On aura noté que vingt-quatre heures après l’annonce de son départ par un Pierre Karl Péladeau personnellement dévasté, la page était tournée. Les jeunes acteurs secondaires faisaient déjà leurs plans de campagne. Telle est la dureté de la vie en politique, mais il n’en demeure pas moins qu’un autre «sauveur» disparaissait. En joignant le PQ, PKP avait apporté, en dépit de ses gaucheries, signes de ses expériences, une caution qu’aucun autre chef du parti n’avait pu offrir auparavant: celle d’un Québec indépendant et économiquement viable.

Singularité du PQ

Contrairement aux autres chefs politiques, le chef du Parti québécois doit avant tout posséder une stature et imposer une force tranquille. La jeunesse n’est donc pas la qualité première d’un leader qui veut amener le peuple vers un changement aussi radical dont les conséquences à court terme sont indéniablement imprévisibles. Faire l’indépendance est plus risqué que la prise de pouvoir par le Parti libéral ou la CAQ.

Or dans l’époque actuelle si perturbatrice, si inquiétante, si sombre malgré les jovialistes du tout économique, le PQ et sa redondance ne séduisent plus qu’une infirme partie de la jeunesse occupée à chercher des rêves non plus collectifs, mais personnels. Des jeunes qui sont déjà dans un autre paradigme, connectés à un univers virtuel où même la langue n’est plus un enjeu politique, mais un simple instrument de communication.

Dilemme des jeunes

Dans un texte aussi courageux que brillant, mon jeune confrère Mathieu Bock-Côté a bien décrit hier le dilemme des jeunes comme lui, militants souverainistes, qui assurent l’héritage des indépendantistes depuis le RIN du début des années soixante. Ce parti a enivré et comblé intellectuellement la génération qui avait vingt ans à cette époque où tout semblait possible.

L’avenir du PQ est indissociable de l’avenir des Canadiens français. En nous débaptisant pour devenir Québécois, avons-nous compris que nous entrions dans un monde qui rompait avec une culture traditionnelle qui nous avait protégés comme peuple?

Le Québec moderne, diversifié, mondialisé s’est éloigné de ce «nous» tricoté serré. Nous sommes plus que jamais divisés sur notre avenir.

Or, comme l’a écrit l’historien Arnold Toynbee, la loi du nombre est incontournable. Selon cette optique, tout référendum sera perdu.