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Que savait vraiment Philippe Couillard?

ARTS-PATRICK BRUEL
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits La décision de limoger M. Poëti et de le remplacer par un ministre moins proactif était celle du premier ministre.

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Philippe Couillard jure qu’il ne savait rien des inquiétudes de Robert Poëti sur des irrégularités persistantes au ministère des Transports (MTQ). Du moins, pas avant d’en lire le récit dans un article du journaliste Louis Lacroix, mercredi dernier, en prenant son petit-déjeuner.

Le chef de cabinet de M. Couillard était toutefois au courant. Idem pour le secrétaire général du gouvernement. Or, personne n’est plus proche du premier ministre. Au sommet du pouvoir, ils forment un trio aussi soudé que la Sainte-Trinité.

Alors, que savait vraiment Philippe Couillard? Considérant le limogeage de M. Poëti en janvier, la question est cruciale. M. Couillard jure qu’il voulait nommer plus de femmes, de jeunes et d’élus des régions. S’il dit vrai, pourquoi dégommer un ministre en voie de faire le ménage au MTQ au lieu d’un autre moins essentiel?

M. Couillard, après tout, savait qu’il expulsait son Monsieur Net. Dans sa lettre du 4 avril, l’ex-enquêteuse Annie Trudel notait d’ailleurs que sous Jacques Daoust, le successeur de M. Poëti, on ne retenait plus les «mêmes préoccupations». Difficile d’être plus claire.

Dès décembre

Alors, que savait Philippe Couillard, non seulement avant l’article de Louis Lacroix, mais avant même le limogeage de M. Poëti? Une partie de la réponse résiderait-elle dans un autre article-choc?

Dans La Presse du 14 décembre 2015, la journaliste Kathleen Lévesque faisait longuement état d’un «audit interne» du MTQ sur 40 contrats dont un seul respectait le processus d’adjudication. On y parlait aussi de dépassements de coûts. De contrats de gré à gré. De professionnels en conformité de processus (PCP) victimes d’intimidation. Du sous-ministre associé André Caron blâmant les mêmes PCP pourtant obligés d’évaluer leurs propres supérieurs. Etc.

Bref, on y trouvait déjà plusieurs des allégations faites plus tard par Robert Poëti et Annie Trudel. M. Couillard, dit-on, préfère The Economist aux médias québécois. Difficile néanmoins de penser qu’un tel article aurait pu échapper à son attention et à celle de ses ministres.

Manitous inquiets

Cité dans le même article, Robert Poëti s’engageait à agir. «Il faut regarder partout», lançait-il, «des audits, il va y en avoir dans toutes les directions territoriales». Inquiétante pour les grands manitous du MTQ, cette annonce déterminée aurait-elle signé son arrêt de mort politique? Les manitous ont-ils magouillé pour faire tomber la tête du ministre trouble-fête?

Oui ou non, la décision de limoger M. Poëti et de le remplacer par un ministre moins proactif était celle du premier ministre. Jeudi dernier, pour calmer la donne, il sortait deux des grands manitous du MTQ: la sous-ministre Dominique Savoie et le chef de cabinet.

Or, selon Le Devoir, «à micro fermé, des élus» se demandent aussi ce qu’il en est du «sous-ministre associé André Caron? Tout le monde l’oublie, lui? Il est pourtant patron des directions territoriales. Tout passe par son bureau.»

Alors, que savait Philippe Couillard? Comme tout premier ministre, fort possiblement pas mal plus qu’on ne le pense.