/opinion/columnists
Navigation

Éloge de la débarbouillette

Éloge de la débarbouillette
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Ainsi, pour le ministre Gaétan Barrette, ce n’est pas indispensable de donner plus d’un bain par semaine aux résidents des CHSLD.

Un lavage à la débarbouillette fait très bien l’affaire.

Remarquez, techniquement, le ministre a raison. Pour paraphraser Martine St-Clair: laver, c’est laver.

Que le boulot soit fait au boyau, à la débarbouillette ou avec un rouleau de peinture trempé dans le Purell.

LE LAVE-AUTO

Cela dit, se pourrait-il que certaines méthodes soient plus agréables que d’autres pour la personne qui se fait laver?

Je suis sûr que si on couchait les patients tout nus sur un tapis roulant et qu’on les envoyait en file indienne dans un lave-auto, ça ferait aussi la job.

Ils en ressortiraient étincelants.

Avec un petit fini lustré.

Mais trouveraient-ils l’expérience agréable? Pas sûr.

Les poils de brosse sont quand même piquants. Et la phase «séchage» est assez décoiffante, merci.

Mais, bon, pour être propres, ils seraient propres. Pour avoir un jour oublié de monter une vitre de ma Nissan dans un lave-auto de Brossard, je peux vous dire que ça nettoie.

Jamais eu les dents aussi propres.

Ma blonde se maquillait en regardant son reflet dans mes palettes, c’est dire.

Répéterais-je l’expérience?

Euh... non.

Je préfère de loin le lavage à sec.

En plus, tu sors tout plié, accroché sur un cintre.

Une idée, comme ça: ils ont des buanderies, dans les CHSLD? Pourquoi ils ne les utilisent pas pour laver les malades?

Une brassée pour les draps, une brassée pour les malades.

Parle-moi d’une économie d’échelle.

BONJOUR LA COMPASSION

On rit, mais ce n’est pas drôle.

La réponse du ministre Barrette est symptomatique de tout ce qui ne va pas dans le système de santé.

On pense aux structures, mais pas aux patients. Aux organigrammes, mais pas au terrain.

Aux concepts, mais pas à la réalité.

Les CSSS, les CLSC, les super cliniques, les Groupes de médecine familiale, les CISSS, etc.

Mais monsieur Marcotte, qui a la sclérose en plaques? Et madame Tremblay, qui souffre d’Alzheimer?

Le ministère de la Santé est comme le ministère des Transports.

Ce qui les intéresse, ce sont les échangeurs, les autoroutes, les viaducs – la grosse job.

La circulation au coin de telle rue et telle rue, ils s’en balancent.

Monsieur Barrette a donné une réponse de bureaucrate: je ne vois pas quel est le problème, une débarbouillette lave aussi bien qu’un bain.

C’est comme dire: une poupée gonflable fait aussi bien la job qu’une vraie femme.

En plus, tu n’as même pas besoin de lui parler!

NEZ DE CLOWNS

J’aime la réplique baveuse de Jean-François Lisée: «C’est comme de dire, c’est bon la tourtière, mais de la pâte de viande avec des vitamines, ça fait l’affaire.»

Pourquoi installer des fenêtres dans les CHSLD, quand une photo de fenêtre collée sur le mur ferait aussi bien l’affaire?

De toute façon, ils ne remarqueraient même pas la différence.

Tu les nourris au Paris Pâté, tu les laves à la débarbouillette, tu les couches sur des futons posés à même le sol, tu leur donnes des peluches de bébé quand ils ont besoin d’affection...

La belle vie!