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Les «pimps» du Québec maintenant traqués sur le web

L’outil créé par d’anciens membres de la SQ démontre que le proxénète le plus prolifique contrôlerait 43 filles

Les «pimps» du Québec maintenant traqués sur le web
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc

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SHERBROOKE | Trois anciens membres de la Sûreté du Québec ont inventé un outil d’analyse capable de traquer les proxénètes québécois sur le web. Ils ont découvert que le plus prolifique de ces «pimps» contrôlerait 43 filles.

«On s’est intéressé au phénomène lors de la vague de fugues à Laval. En tant que pères et mère de famille, on a décidé de se servir de nos expertises respectives pour aider à résoudre ce problème de société», explique l’ex-capitaine de la SQ Michel Carlos, devenu vice-président chez Artemis Renseignement.

L’entreprise spécialisée dans l’analyse de données présente son travail dans le cadre du colloque annuel de l’Association des chefs de police du Québec, qui se tient ces jours-ci à Sherbrooke.

« Kijiji du sexe »

La plateforme conçue par son collègue Paul Laurier, spécialisé dans les crimes informatiques, permet de trier en quelques heures des milliers d’annonces placées sur un important site d’escortes, que l’on pourrait qualifier de «Kijiji du sexe». «Le Québec est en train de devenir la Thaïlande de l’Amérique du Nord. Être une destination pour le tourisme sexuel ce n’est pas flatteur comme société», lance M. Laurier.

En entrant le mot-clé «massage» sur le site dont nous tairons le nom pour ne pas nuire aux enquêtes policières en cours et futures, l’ex-enquêteur a répertorié 5000 documents, renvoyant chacun à plusieurs annonces d’escortes.

La plateforme d’analyse permet aussi de classer les offres de services sexuels par mots-clés comme «Metro Berri-UQAM» ou «Hot Asian Girls».

Mais l’avantage principal de ce nouvel outil, qui pourrait être mis à la disposition des forces de l’ordre bientôt, est de pouvoir extraire tous les numéros de téléphone figurant dans ces annonces.

«Si on a 10 filles différentes qui renvoient au même numéro de cellulaire, on a affaire à un proxénète. En ce moment, sur ce site, il y a au moins une cinquantaine de proxénètes actifs qui contrôlent 10 filles et plus en toute impunité», démontre M. Laurier, choqué par la situation.

Ce dernier ne jette toutefois pas la pierre aux corps policiers, qui manquent souvent de ressources pour agir. «Ça prend un travail concerté, affirme-t-il. On pourrait affaiblir considérablement le crime organisé qui gère les salons de massages en moins d’un an avec cet outil et une espèce de task-force dédiée à la prostitution.»

Trouver les fugueuses

La plateforme pourrait même permettre de voir apparaître les nouvelles annonces en temps réel et ainsi retrouver plus rapidement une fugueuse tombée dans les griffes d’un proxénète, d’après l’expert du renseignement.

«On pense aussi aux familles de ces filles-là, qui sont des victimes. Ce n’est pas juste le travail de la police, c’est un problème social», conclut sa collègue Line Pineau, ex-analyste de la SQ.

 

Québec, destination sexuelle de choix

 

La Ville de Québec est vendue comme une destination de choix pour le tourisme sexuel, d’après l’analyse d’un site d’escortes.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le mot-clé le plus souvent utilisé dans les offres de services sexuels n’est pas Montréal, mais «Quebec City».

Cela ne signifie pas qu’il y a plus de prostitution ou de proxénètes dans la capitale. En fait, la plupart des numéros de cellulaires associés aux annonces proviennent du «514» et non du «418».

«C’est simplement leur façon de s’afficher. La ville touristique québécoise par excellence pour attirer les étrangers, c’est Québec», explique l’expert en crimes informatiques Paul Laurier.

La plateforme créée par Artemis Renseignement permet de cibler les endroits où des proxénètes opèrent des salons de massage en fonction des annonces qu’ils placent sur le web.

Les villes qui reviennent fréquemment dans les mots-clés sont aussi celles où on retrouve traditionnellement des cellules du crime organisé. Il s’agit de Montréal, Québec, Laval, Longueuil, Trois-Rivières, Saguenay et Sherbrooke.

Avec la plateforme, on peut voir en un coup d’œil si le numéro de téléphone d’un proxénète est relié à plusieurs villes. Avec ces informations, les policiers pourraient démarrer des enquêtes et mettre rapidement les criminels K.-O.

Nouvelle loi

Selon M. Laurier, la loi fédérale C-452 sur la traite de personnes aiderait aussi grandement les forces de l’ordre à agir, puisqu’elle permet la saisie des biens des proxénètes acquis avec de l’argent sale. Les criminels pourraient ainsi se faire saisir cellulaires, voitures et comptes de banque et devraient ensuite démontrer si tout cela a été obtenu légitimement.

La loi a été votée au Parlement l’an dernier, mais il manque toujours l’autorisation du premier ministre Trudeau pour la mettre en application.

 

Les créateurs

Les «pimps» du Québec maintenant traqués sur le web
Photo Le Journal de Montréal, Claudia Berthiaume

Ils sont tous trois vice-présidents chez Artemis Renseignement. L’entreprise spécialisée dans l’analyse de données conçoit et vend des plateformes aux entreprises et aux forces de l’ordre.

Paul Laurier (à gauche) est un ancien sergent de la SQ spécialisé en crimes informatiques. Il a été formé à l’académie du FBI à Quantico, aux États-Unis, et a travaillé à la lutte au terrorisme avec la GRC.

Line Pineau a œuvré 15 ans à la SQ comme analyste civile. Détentrice d’une certification du Homeland Security, sa spécialité est la lutte contre le terrorisme.

Michel Carlos (à droite) est un ex-capitaine de la SQ ayant dirigé une escouade sur la fraude et la corruption. Il a aussi donné des cours sur les crimes économiques à l’École nationale de police.

 

La plateforme

Les «pimps» du Québec maintenant traqués sur le web
Photo courtoisie

Un même numéro de téléphone (pouvant appartenir à un proxénète ou à une prostituée) peut être lié à plusieurs mots-clés.

Par exemple, un même cellulaire peut être associé à «Hot Arabian Beauty», «Trues pics» et «Montréal».

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Photo courtoisie

Dans le graphique du bas, plus les alvéoles sont grandes, plus les mots-clés sont fréquents. Par exemple, on note beaucoup d’annonces comprenant les mots «Quebec City», «Boulevard Hamel» (situé à Québec) et «Hot Hot».

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Photo courtoisie

Les 7 villes suivantes sont celles que l’on retrouve le plus souvent dans les mots-clés des différentes annonces de salons de massage analysées.

  • Saguenay
  • Québec
  • Trois-Rivières
  • Sherbrooke
  • Laval
  • Longueuil
  • Montréal