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Attente dans les urgences au Québec: une des pires situations en Occident

Les séjours moyens des patients québécois sont plus du double des normes internationales

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Photo d'archives L’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis affiche une performance remarquable, selon le commissaire à la santé, Robert Salois.

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L'attente dans les urgences du Québec est l'une des pires en Occident. L'an dernier, les patients québécois ont subi 13 millions d'heures d'attente en trop, ce qui équivaut à 300 millions $ de salaires perdus, sans compter les coûts supplémentaires pour le système de santé.

«Ces séjours démesurés à l'urgence représentent un coût énorme pour la société», a déploré, jeudi, le Commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, lors de la présentation de son dernier rapport portant sur la performance des urgences québécoises.

De fait, près de 46% des visites à l'urgence dépassent les normes de délai maximal d'attente. Le Québec fait piètre figure à ce chapitre lorsqu'on se compare à des pays européens, à l'Australie ou à d'autres provinces, comme l'Ontario et l'Alberta.

Il y a tout de même quelques exceptions. Une vingtaine d'urgences québécoises performantes et même très performantes tirent bien leur épingle du jeu, affichant des heures d'attente et des durées de séjour bien en-deçà des autres urgences.

Recettes gagnantes

C'est le cas notamment de l'Hôtel-Dieu de Lévis, du Centre Paul-Gilbert à Charny, de l'Hôpital général juif, à Montréal, de l'Hôpital de La Baie, au Saguenay, et de l'hôpital Sainte-Croix, à Drummondville.

À l'Hôtel-Dieu de Lévis, le temps d'attente pour voir un médecin est de 68 minutes, contre plus de deux heures dans des urgences comparables. «Nous avons des équipes de soins dévouées et une bonne équipe de gestionnaires. On a des rencontres régulières afin de suivre les trajectoires de soins des patients et voir comment on pourrait faire mieux», a exprimé le Dr Jean Lapointe, chef du service de l'urgence de l'Hôtel-Dieu de Lévis.

Il y a eu près de 69 000 visites à cette urgence, l'an dernier. «Le danger qui nous guette quand on est très populaire, c'est qu'on reçoit plus de gens ce qui risque d'entraîner une surcharge. D'où l'importance pour les patients de consulter au bon endroit. Lorsqu'il s'agit de problèmes mineurs, plusieurs cliniques médicales offrent maintenant un meilleur accès», a soulevé le Dr Lapointe.

Fort leadership

Dans les urgences très performantes, les responsables exercent un fort leadership; il y a une collaboration exemplaire entre les infirmières et les médecins, tandis que la direction de l'hôpital fait de la performance de l'urgence une priorité, a observé le Commissaire Salois.

«Les urgences très performantes sont malheureusement victimes de leur succès. Elles reçoivent plus de patients, sans que les budgets ne soient ajustés en conséquence», a-t-il noté. Ce dernier a de plus remarqué des écarts importants allant de 47 minutes d'attente à plus de 5 heures selon les hôpitaux, souvent de même catégorie. Les demandes de consultation avec un médecin spécialiste occasionnent les plus longs délais à l'urgence .

Supercliniques

Le rapport du Commissaire Salois montre également que trop de patients se présentent à l'urgence pour des problèmes de santé mineurs qui pourraient être traités ailleurs. À cet égard, M. Salois préconise entre autres une couverture médicale dans les Groupes de médecine familiale (GMF) les soirs et les fins de semaine, en fonction du volume et des besoins des patients.

«Il faut améliorer l'accès aux médecins de famille qui est le maillon faible de notre système de santé. Il reste beaucoup de progrès à faire», a soutenu le Commissaire à la santé.

Ceci étant dit, M. Salois soulève des questions au sujet des supercliniques que le ministre Barrette veut mettre sur pied. «Avant d'agrandir ma maison, j'essaierais de savoir si j'utilise toutes mes pièces. On a déjà des équipes dédiées aux urgences. Ce qu'il faut c'est du leadership pour que les urgences deviennent une partie intégrante de l'hôpital», a-t-il émis.

Recommandations

M. Salois a formulé neuf recommandations, dont le dépôt à l'Assemblée nationale d'un rapport annuel sur la performance des urgences.

Il est d'avis qu'il faut accroître les responsabilités des infirmières à l'urgence et y introduire des superinfirmières. On doit aussi mettre en place un mécanisme permettant d'ajuster le nombre de médecins à l'urgence lorsque l'achalandage est élevé.

«Il faut également mesurer la pertinence et la performance des médecins à l'urgence afin de leur permettre de se comparer et d'améliorer leur pratique. C'est une pratique courante dans d'autres pays et en Ontario», a signalé M. Salois.

On doit assurer la disponibilité des lits sur les étages lors d'un débordement à l'urgence. Sur une période d'un an, près de 1000 lits d'hôpitaux sont occupés en permanence par des patients en attente d'un service à l'extérieur de l'établissement, principalement en CHSLD et en réadaptation.

 

Urgences québécoises

  • En 2015-2016, 1,5 million de visites dépassaient les normes de délai maximal, soit 45,5% du total.
  • 60% de cas moins urgents pourraient être traités ailleurs.
  • Séjour moyen de 9 heures, plus du double des normes internationales.
  • 1 patient sur 3 attend 5 heures et plus.
  • 1 sur dix quitte sans avoir vu un médecin.
  • Délai moyen de 8 heures pour une consultation avec un spécialiste.

 

Le commissaire plaide pour le maintien de son organisation

 

«C’est impensable de s’améliorer si on ne se mesure pas et si on ne compare pas», affirme le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, qui a réitéré, jeudi, l’importance de sauvegarder un organisme autonome et indépendant comme celui qu’il dirige depuis dix ans.

Le projet de loi sur la cessation des activités du commissaire à la santé devrait être déposé par le ministre Gaétan Barrette d’ici la fin de la session parlementaire, le 10 juin. La loi pourrait être adoptée à l’automne.

«Je vais m’en aller à la retraite le 13 août prochain, mais cette organisation doit rester. L’Ontario dépense 30 millions $ pour évaluer la performance de son système de santé. Au Québec, on va enlever les 2,7 millions $ que coûtait notre organisation, alors qu’un rapport comme celui sur la performance des urgences illustre la raison d’être de notre organisation», a commenté M. Salois qui a formulé ses dernières recommandations, jeudi.

Bouchées doubles

Depuis l’annonce de la dissolution de cet organisme, lors du budget de mars dernier, plusieurs voix se sont élevées afin de demander au gouvernement libéral de revoir cette décision.

Il ne reste plus qu’une demi-douzaine de personnes, la plupart des employés étant déjà partis. Le commissaire et ses proches collaborateurs toujours en poste mettent les bouchées doubles afin de terminer les travaux en cours. 

Selon la directrice générale, Anne Robitaille, les grands constats sur le panier de services seront déposés vers la mi-août. L’état de situation sur le vieillissement de la population est prévu dans les prochains mois. Le rapport annuel d’appréciation globale du système de santé est également achevé. Il sera remis à l’automne, à la reprise des activités parlementaires.