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Une juge «agressive», «agitée» et «désorganisée»

Suzanne Vadboncœur fait face à une plainte pour son comportement après le souper de Noël des juges

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Une juge fait face à une plainte, car elle aurait traité des constables spéciaux de «cons», «d’épais» et «d’imbéciles», après un souper de Noël de la magistrature.

«Gros criss de con! Même pas capable d’ouvrir une porte! Aweille!» aurait lancé la juge de la Cour du Québec Suzanne Vadboncœur.

Elle se serait énervée car elle devait attendre que des constables spéciaux réparent une porte de garage défectueuse du stationnement du palais de justice de Montréal.

Une bande de vidéosurveillance, que Le Journal­­ a obtenue, permet de voir la juge s’agiter. À un moment, alors qu’elle se tient droite, elle perd visiblement l’équilibre dans la pente du stationnement, avant de se rattraper.

«Madame semble totalement désorganisée et ne cesse de crier aweille», peut-on lire dans un rapport d’incident.

Les constables spéciaux sont comme les policiers des palais de justice. Ils assurent entre autres la sécurité des magistrats.

Souper de Noël

La scène d’environ 10 minutes s’est déroulée le 8 décembre dernier dans l’édifice de la rue Notre-Dame. La magistrate avait passé la soirée au souper de Noël des juges de la Chambre civile de la Cour du Québec, et elle voulait rentrer chez elle en voiture.

C’est là qu’elle aurait commencé à insulter les constables spéciaux en poste, ce que la juge nie.

«Voyons donc, on n’est tout de même pas détenus ici!» aurait crié la juge, selon un rapport dont Le Journal a obtenu copie. «Bande d’épais, je vais vous faire une plainte, pas capable d’ouvrir une porte.»

Crissement de pneus

À un moment, la juge est retournée dans sa voiture, mais elle ne se serait pas calmée, selon un rapport.

«J’ai constaté que la dame était très agres­sive et impatiente avec nous, précise un constable spécial dans un rapport. J’ai constaté qu’elle était très agitée dans son véhicule.»

Des documents indiquent aussi que «plus le temps passait et plus la dame [...] criait des bêtises à partir de son véhicule.»

Un constable spécial a finalement réussi à réparer­­ le problème électrique.

«Elle a quitté en faisant crisser ses pneus», peut-on lire dans un document.

Contacté par Le Journal, le bureau de la juge Vadboncœur a fait savoir que la magistrate ne voulait rien commenter.

Le Conseil de la magistrature, de son côté, n’a rien pu dire sur le sujet, car le dossier est confidentiel. Il n’a pas non plus été possible de savoir où en était rendue la plainte.

Elle se défend et dit «avoir perdu un peu patience»

Dans une lettre adressée au Conseil de la magistrature du Québec et que Le Journal a obtenue, la juge Suzanne Vadboncoeur s’est défendue. Voici ses commentaires en intégralité.

«Je reconnais avoir un peu perdu patience quand j’ai réalisé que la porte du garage ne pouvait s’ouvrir malgré l’intervention de trois constables spéciaux. Il était plus de 22 h 00 et moi, comme les autres qui attendaient en ligne à la guérite Est du stationnement, avions hâte de partir. C’était le soir de la réception de Noël de la Chambre civile de la Cour du Québec.»

«Je n’ai pas prononcé les paroles qu’on me prête. Je ne peux pas avoir dit que je finissais de travailler puisque je revenais du dîner de Noël des juges de la Chambre civile. De toute façon, je ne tutoie jamais les gens que je ne connais pas ou que je connais peu.»

«Le crissement de pneus n’était pas volontaire. Ce phénomène arrive souvent lorsque notre véhicule se trouve immobilisé dans une côte en pente ascendante et qu’on appuie sur l’accélérateur pour repartir. C’est ce qui est arrivé.»

«Je n’ai pas pu quitter “à toute vitesse” puisque, tel qu’indiqué dans la plainte [du constable spécial], deux véhicules me précédaient.»

Qui est la juge?

Photo courtoisie
  • Nommée juge de la Cour du Québec – Chambre civile, en novembre 2003
  • Salaire annuel d’au moins 230 723 $
  • A obtenu le prix Mérite du Barreau du Québec en 2004
  • A travaillé 24 ans au Service de recherche et de législation du Barreau du Québec, dont 18 à titre de directrice
  • Avocate en cabinet privé de 1976 à 1978
  • Reçue au Barreau du Québec en 1976
  • Détient une licence en droit de l’Université de Montréal et un baccalauréat en sciences politiques

Ce que la juge aurait crié aux constables spéciaux

 
«Gros criss de con! Même pas capable d’ouvrir une porte!»
 
«Épais, tu pouvais pas prévoir que la porte allait pas marcher, bande d’incompétents.»
 
«Bande d’épais, même pas capable d’ouvrir une porte, j’ai fini de travailler, moi, je veux partir d’ici.»
 
«Tu es juste un imbécile, un épais, tu es même pas capable d’ouvrir une porte.»
 
«Ça fait pas de sens, ça fait 10 minutes que j’attends pour ouvrir une porte.»
 
«Voyons donc, on n’est tout de même pas détenus ici!»
 
«Bande d’épais, je vais vous faire une plainte, pas capable d’ouvrir une porte.»
 
«Aweille»