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En guerre contre Outremont

Les hassidiques veulent aller en cour ou demander un référendum pour ouvrir de nouveaux lieux de culte

Abraham Ekstein veut trouver un compromis avec l’arrondissement d’Outremont pour garder une possibilité d’ouvrir de nouveaux lieux de culte.
Photo romain schué Abraham Ekstein veut trouver un compromis avec l’arrondissement d’Outremont pour garder une possibilité d’ouvrir de nouveaux lieux de culte.

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L’importante communauté juive hassidique d’Outremont est en colère et menace d’aller en cour contre l’arrondissement qui l’empêche d’ouvrir de nouveaux lieux de culte.

«La démocratie ne consiste pas à écouter une majorité et à briser les droits des minorités», se plaint Abraham Ekstein. Le porte-parole de la communauté juive hassidique, qui représenterait près d’un quart des résidents d’Outremont, est fâché.

Depuis plusieurs décennies, cette communauté connaît de nombreux différends avec l’arrondissement. Aujourd’hui, l’interdiction d’ouvrir de nouveaux lieux de culte sur deux avenues commerciales, Laurier et Bernard, menacerait leur croyance.

«Puisqu’il est interdit d’en ouvrir dans les rues résidentielles, ça signifie que toute ouverture est à présent interdite dans Outremont», s’indigne la conseillère Mindy Pollak, seule à avoir voté contre ce projet adopté le 30 mai.

Alors que l’arrondissement de 25 000 habitants compte quatre synagogues, le rabbin Gilbert Crémisi est «choqué». «Il y a un malaise dans toute la ville, explique-t-il. On a pourtant demandé à la mairesse de s’asseoir avec nous pour trouver des solutions. La communauté a peur.»

«Ça touche aux libertés et aux droits individuels. C’est la première fois que je vois ça», reprend Mindy Pollak, élue du parti d’opposition Projet Montréal.

Pour Frédéric Castel, expert des religions au sein de l’UQAM, cette situation «est insolite».

«Je n’ai jamais entendu un tel cas au Québec, assure-t-il. Les arrondissements sont des communautés vivantes, avec de nouvelles religions qui peuvent émerger. Je comprends la douleur, mais également la logique locale de développer le commerce.»

Activité commerciale

Car pour l’arrondissement, cette décision vise à «établir une activité uniquement commerciale sur ces deux rues, ça créera une dynamique», décrit la conseillère Céline Forget, ciblée par la communauté hassidique comme son opposante principale après de multiples conflits par le passé.

Elle affirme ne viser aucune religion. «Je n’ai rien à faire des chicanes, je ne suis contre personne, précise-t-elle. Je juge, selon moi, ce qui est le mieux. C’est l’intérêt général. On veut favoriser une vie active sur ces rues et ça prend quelques contraintes.»

Un point que combat le rabbin Crémisi. «Une synagogue amène du business, elle augmente la vie de quartier, explique-t-il. Ce n’est pas seulement un endroit pour prier, mais c’est très social. On vient en famille, avec les amis, on parle.»

Deux solutions sont possibles pour la communauté juive: un référendum ou une bataille devant les tribunaux. Mais la solution du compromis est pour le moment privilégiée.

«La bataille juridique n’est pas la meilleure façon de cohabiter, dit Abraham Ekstein. Ce serait la guerre, tous les voisins devraient donner leur avis. Mais nous, nous voulons vivre en paix avec tout le monde et ne pas diviser la population.»

L’arrondissement peut-il revenir sur sa décision? «Je l’espère, assure Mindy Pollak. Le conseil pourrait reconsidérer cette décision et revenir avec un meilleur projet. Moi, je veux du dialogue et je demande une rencontre entre toutes les parties. Mais pour l’instant, il y a un refus total.»

Alex Werzberger, représentant de la Coalition des organismes hassidiques d'Outremont, veut être entendu. «S’il n’y a pas de changement, on n’aura pas d’autre choix que de contester cette décision. Ce n’est pas normal.»

Mépris dénoncé

Le rabbin Crémisi veut défendre la tradition de sa communauté. «C’est une minorité croissante qui essaie de rester en vie, décrit-il. N’est-ce pas comme le Québec par rapport au Canada? Avoir une vie différente ne doit pas être un problème. On est dans un pays libre. Tant qu’il y a du respect, chacun peut s’habiller comme il veut. La différence ne doit pas faire peur.»

La mairesse Marie Cinq-Mars n’a pas souhaité commenter ce dossier.

La communauté juive dans Outremont

  • En 2011, 19 % des 24 846 résidents se déclaraient de religion juive.
  • En 2016, il y aurait 8000 juifs dans l’arrondissement de 25 000 habitants, selon la Coalition des organismes hassidiques d'Outremont.
  • Un permis pour une cinquième synagogue, au 594, avenue Champagneur, a été délivré en 2015.
  • 24 lieux de culte existent, selon l’arrondissement, en date du 14 octobre 2015.
  • En 1999, l’arrondissement avait interdit la création de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Van Horne.