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Le cœur malade d’Antoine Bertrand

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Ouf. Antoine Bertrand l’a échappé belle. Ce comédien adorable a eu la peur de sa vie. Heureusement qu’il s’en est réchappé. On savait bien qu’il avait un grand cœur, mais on ne se doutait pas que ce cœur était si fragile.

Quand on a entendu le comédien dire que son infarctus du myocarde avait été un «wake up call», avouez qu’on s’est tous juré...

  1. de mieux manger et/ou
  2. de faire du sport et/ou
  3. d’arrêter de fumer.

Mais avouez aussi qu’on est mélangé: d’un côté on se fait dire que les femmes rondes sont super sexy, qu’il faut plus de femmes taille plus à la télé et de l’autre côté, on se fait dire que l’obésité est un problème de santé publique, une véritable épidémie.

Alors on fait quoi? On se regarde le beigne et on s’aime comme on est? Ou on se prend en main parce que le gras abdominal est lié à 1001 maladies?

L’accident d’Antoine Bertrand nous fait réfléchir à un sujet délicat: est-ce qu’on fait bien de minimiser les livres en trop d’un comédien? En faisant comme si c’était banal d’être corpulent, est-ce qu’on ne banalise pas un problème de santé majeur?

Antoine Bertrand s’est toujours amusé de son surpoids avec Véro, du temps des Enfants de la télé. Son embonpoint lui a permis de jouer des rôles de géants sympathiques: l’homme fort Louis Cyr, le bon vivant curé Labelle.

Si Antoine Bertrand avait été maigrichon, il n’aurait pas dégagé la même truculence. On voit un comédien rond et on se dit: «Il aime la vie, la bonne chère, c’est un excessif adorable».

On s’est beaucoup fait dire au cours des dernières années qu’il ne fallait pas critiquer ou culpabiliser les personnes en surpoids. Mais est-ce qu’on n’est pas tombé dans l’excès inverse? En glorifiant les hommes et les femmes aux formes généreuses, en se battant pour une plus grande diversité corporelle, est-ce qu’on n’a pas contribué à rendre normal un poids hors-norme? S’amuser de la grosse bedaine d’un animateur, comme si c’était un choix esthétique comme un autre, n’est-ce pas une façon de banaliser un grave problème de santé?

Chaque année, un manifestant se présente aux Gémeaux pour réclamer plus de femmes rondes à la télé. Je comprends très bien la nécessité d’avoir une télé plus représentative de la société. Mais ce qui m’agace c’est quand on dit que les femmes obèses sont de «vraies femmes» par opposition aux femmes qui ont un poids santé.

Entre culpabiliser les personnes en surpoids et les glorifier comme si les livres en trop étaient anecdotiques, il doit y avoir un juste milieu, non?

LE POIDS DES MOTS

J’écris cette chronique en mettant des gants blancs et en marchant sur des œufs. C’est un sujet ultra délicat et je ne voudrais pas être mal interprétée.

Mais chaque fois qu’on parle de «diversité corporelle», il y a un éléphant dans la pièce. Excusez-moi, une petite souris dans la pièce. Il y a toujours un sujet tabou: personne ne veut dire haut et fort qu’être en surpoids ce n’est pas un signe de santé. On a peut-être tous besoin d’un «wake up call».