/news/green
Navigation

Déploiement pour empêcher un navire de se renverser

Le maire craint une catastrophe écologique à cause du cargo abandonné

Sur terre (en bas à droite), en bateau (à gauche) et même en hélicoptère (en haut à droite), les employés de la Garde côtière surveillent le cargo retenu par des câbles d’acier.
Photo Le Journal de Montréal, Hugo Duchaine Sur terre (en bas à droite), en bateau (à gauche) et même en hélicoptère (en haut à droite), les employés de la Garde côtière surveillent le cargo retenu par des câbles d’acier.

Coup d'oeil sur cet article

Un vieux cargo rouillé abandonné depuis cinq ans à Beauharnois menace maintenant de se renverser et de laisser couler du carburant dans la source d’eau potable des Montréalais.

Depuis deux jours, la Garde côtière tente tant bien que mal de retenir le navire, devenu instable à cause du bas niveau de l’eau du lac Saint-Louis, avec une dizaine de câbles d’acier.

Un hélicoptère le survole aussi constamment et plusieurs employés surveillent ses moindres mouvements à bord de bateaux et sur la berge.

«On ne peut pas aller sur le bateau pour l’instant, ce serait trop dangereux, il est trop instable et les câbles qui le tiennent peuvent se casser», soutient la porte-parole de la Garde côtière, Pascale Fortin.

Des estacades ont aussi été installées tout autour du bateau à l’abandon pour retenir tout déversement de carburant et d’eau souillée s’il se renverse.

Néanmoins, Mme Fortin soutient que malgré tout ce déploiement, la situation n’est pas critique.

Mais le maire de Beauharnois n’est pas du même avis.

«C’est très dangereux, très risqué, mais c’est ce qu’il a fallu pour que le gouvernement fédéral commence à se réveiller», dénonce en colère Claude Haineault.

Claude Haineault. Maire
Photo courtoisie
Claude Haineault. Maire

Sans propriétaire

Le cargo Kathryn Spirit a accosté à Beauharnois en septembre 2011 lorsque le groupe St-Pierre en a fait l’acquisition pour le démanteler.

Craignant le pire pour l’environnement, la Ville a fait cesser les travaux. Le cargo a ensuite été revendu à une entreprise mexicaine, qui a finalement renoncé à ses droits de propriété.

Après une fuite d’eau huileuse en 2013, des tonnes de carburant et d’eau souillée ont été pompées à l’extérieur du navire, mais pas complètement et on ignore la quantité qu’il reste.

Laissé à l’abandon depuis maintenant cinq ans, le Kathryn Spirit a épuisé la patience du maire Haineault, qui se dit «tanné d’être pris pour un clown».

«Faut que le fédéral arrête de parler et qu’il me débarrasse au plus vite de ce bateau. Ça coûtera beaucoup plus cher s’il se renverse dans le fleuve», déclare-t-il.

Démantèlement

En février, le fédéral a mis sur pied un groupe de travail pour déterminer l’avenir du cargo, soit s’il faut le démanteler sur place ou le déplacer ailleurs. Mais le maire déplore que les réunions et les rapports prévus soient toujours reportés à plus tard.

Pour sa part, le maire de Montréal, Denis Coderre, assure que les choses avancent. Il a bon espoir que le dossier sera résolu «dans les prochains mois».

«C’est vrai que ça a traîné dans le passé, mais là on attend un rapport pour savoir si c’est plus risqué de le déplacer ou s’il faut faire le démantèlement sur place», dit-il.

Même son de cloche chez Transports Canada, qui soutient que le groupe de travail doit recommander comment disposer du navire.

Craintes pour l’eau potable

Un possible déversement de carburant dans le lac Saint-Louis inquiète énormément l’organisme Eau Secours, qui milite pour une gestion responsable de l’eau.

«C’est inacceptable d’avoir laissé traîner là ce bateau pendant cinq ans», déplore la directrice générale Ariane Cimon-Fortier.

Ariane Cimon-Fortier. Eau Secours
Photo courtoisie
Ariane Cimon-Fortier. Eau Secours

Elle rappelle qu’à plusieurs endroits, le lac Saint-Louis sert de source d’eau potable pour les Montréalais et les banlieusards.

«C’est comme si tout le monde attend une fuite pour agir, mais c’est le monde à l’envers, faudrait essayer de la prévenir», lance-t-elle.

Pas assez

Par ailleurs, malgré les efforts déployés par la Garde côtière, le maire de Beauharnois estime que les estacades flottantes sont insuffisantes.

«Il faut construire des estacades en roches, tout autour du navire pour l’isoler complètement du fleuve», réclame Claude Haineault.

Surtout, ajoute-t-il, advenant un possible démantèlement sur place.

Pour sa part, le maire de Montréal, Denis Coderre ne s’inquiète pas pour l’eau potable de sa métropole.

Il assure que même en cas de chavirement du cargo abandonné, les mesures en place suffiront à protéger les sources d’eau potable.