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Dénonciateur: le prix à payer est important, dit Lino Zambito

L’ancien entrepreneur qui termine ses travaux communautaires est pourtant serein

FD-LINO ZAMBITO
photo agence qmi, michel desbiens L’ex-entrepreneur Lino Zambito est assigné à résidence sept jours sur sept jusqu’au 9 novembre. Il a droit à 4 heures par semaine pour ses emplettes, et tous ses déplacements doivent être autorisés par son agent de probation.

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Arrêté par l’escouade Marteau en 2011, il purge actuellement sa peine de deux ans moins un jour dans la communauté, exécute ses 240 heures de travaux communautaires et se soumet au régime de ses trois ans de probation pour des histoires de corruption, fraude, abus de confiance et corruption.

Lino Zambito dit avoir accepté son sort, à quelques semaines de terminer ses 240 heures de travaux communautaires, mais l’entrepreneur déchu estime que le prix à payer pour dénoncer est très cher.

«T’as pas d’autre choix que d’être serein», lance-t-il dans un éclat de rire, en entrevue avec l’Agence QMI.

« Tout citoyen qui dénonce, avec un fondement, devrait être protégé, mais on joue aux gros bras au sein même du ministère des Transports » – Lino Zambito

L’ancien propriétaire d’Infrabec, qui a fait faillite en 2011, ajoute cependant qu’il n’est pas le seul à devoir payer le prix de la dénonciation, rencontré au Marché 440, à Laval, où il travaille pour son oncle, en lien avec l’érection d’un immeuble de bureaux..

«Mes enfants ont été affectés énormément pendant les quatre dernières années», soutient M. Zambito.

Arrêté par l’escouade Marteau en 2011, il purge actuellement sa peine de deux ans moins un jour dans la communauté, exécute ses 240 heures de travaux communautaires et se soumet au régime de ses trois ans de probation pour des histoires de fraude, abus de confiance et corruption.

«Quand tout ça a commencé, j’avais de la frustration parce que je trouvais que je payais cher pour une industrie qui était pourrie et pour des politiciens qui bénéficiaient de tout ça», raconte-t-il.

«J’ai accepté mon sort et j’ai transformé cette énergie positivement pour dénoncer et faire avancer les choses», dit celui qui refuse de se taire et qui continuera à réclamer des assainissements nécessaires, puisque selon lui, tout n’est pas réglé.

Éviter la prison

Au cours de son procès, qui s’est conclu en 2015, il avait admis avoir versé des sommes à l’ancienne mairesse de Boisbriand dans le but de récolter des contrats de cette municipalité des Laurentides.

La Couronne et la défense s’étaient entendues pour que Lino Zambito, qui avait raconté comment s’opérait le financement occulte des partis politiques à la commission Charbonneau, évite la prison. Le juge s’est rangé derrière leur proposition.

Ce travail fait partie des quelques déplacements que lui autorise la cour.

Et pour ses travaux communautaires, Lino Zambito prête main-forte à l’Association régionale de football Laurentides-Lanaudière, un organisme à but non lucratif.

«Je suis gérant de l’équipement, quand il y a un bris de casque ou d'épaulettes», a-t-il donné comme exemple.

Projet de loi

Le gouvernement du Québec planche sur le projet de loi 87 destiné à faciliter la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics, mais Lino Zambito se montre sceptique.

«Tout citoyen qui dénonce, avec un fondement, devrait être protégé, mais on joue aux gros bras au sein même du ministère des Transports. Si la volonté politique n’est pas là, le projet de loi va valoir zéro», a-t-il tranché.

L’ex-entrepreneur maintient qu’il faut assurer la protection des dénonciateurs, mais il rappelle aussi que la lutte à la corruption et à la collusion demeure un combat de tous les instants puisque les stratagèmes se raffinent et évoluent.

C’est fini, le milieu de la construction

À 47 ans, Lino Zambito en a terminé avec l’industrie de la construction. Une fois sa peine purgée, l’ex-propriétaire d’Infrabec entend se réorienter dans un autre domaine.

«J’ai d’autres projets, mais je vais purger [ma peine] avant, soutient l’ancien entrepreneur en entrevue avec l’Agence QMI. Ensuite, de un, je n’ai plus d’intérêt et, de deux, j’ai tellement dénoncé que je ne pourrais pas y retourner... Et puis, le ménage n’a pas été fait au complet.»

Selon lui, le milieu «souffre énormément» et un climat de méfiance plane sur les entrepreneurs.

«Honnêtement, à la fin, je n’avais plus de fun, se souvient-il. Ce n’était plus plaisant et ça devenait lourd. Moi, ce que j’aimais, c’était faire des chantiers, ça j’en mangeais. C’est devenu trop compliqué.»

Maintenant qu’il a été déclaré coupable de fraude, complot et corruption, il reconnaît que réintégrer le milieu pourrait lui être bien difficile.

Problème bien ancré

Lorsque la commission Charbonneau s’est terminée en novembre 2014, la présidente, la juge France Charbonneau, avait affirmé que «les lois et les règlements ne viendront pas à bout de la collusion et de la corruption». Elle avait ensuite invité chacun à contribuer à changer les choses «pour le plus grand bénéfice de tous».

Cependant, pour Lino Zambito, «c’était un problème bien ancré, qui partait du politique, des bureaux d’ingénieurs, des avocats. Les entrepreneurs y étaient mêlés, mais ils étaient les outils pour aller chercher le financement.»

Alors qu’il continue de purger sa peine, Lino Zambito reconnaît sans détour avoir profité du système, mais il croit aussi que certains coupables courent toujours, impunis.

«Oui, [ce sont] en grande partie nos torts, mais il y a du monde qui bénéficiait de ce système-là. Pis, un moment donné, faut les dénoncer, et je pense qu’on commence à s’approcher du pouvoir. Avec l’arrestation de Mme Normandeau, on est à la vice-première ministre, mais le ménage n’est pas fait au complet», ajoute-t-il.