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La culture rapproche, la religion divise

<b>Alexandre Cloutier</b>
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse Alexandre Cloutier

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Le torchon a brûlé entre Jean-François Lisée et Alexandre Cloutier au sujet des vœux adressés par ce dernier, sur Twitter, aux musulmans du Québec à l’occasion de la fête de l’Aïd-el-Fitr qui souligne la fin du ramadan.

Toujours sur Twitter, Lisée a contesté ce geste, ajoutant: «Et quel jour pour les athées?» En plus de pondre un blogue bien senti sur le sujet lundi.

J’avoue moi aussi avoir été agacée par les vœux d’Alexandre Cloutier. Pas parce qu’il s’agit d’une fête musulmane ou parce que je n’ai pas vu de messages soulignant le jour du Nirvana bouddhiste, la Nuit du Grand Shiva hindoue ou le Nouvel An des arbres du judaïsme.

Je ne souhaite pas en voir non plus.

Pratiques religieuses et mœurs politiques ne font pas bon ménage, surtout quand des dizaines de cultes, parfois en guerre ouverte les uns contre les autres, cherchent à attirer l’attention des élus, avides de reconnaissance, d’avantages fiscaux et même de légitimité politico-religieuse pas toujours méritée.

(Quand une députée organise un événement pour la fête du Canada dans une mosquée dont l’imam croit aux bienfaits de l’amputation ou de la lapidation, tous les intégristes ont un orgasme.)

De plus, en voulant plaire à tous, on finit par créer des attentes impossibles à combler. La zizanie s’installe.

Il y a d’autres moyens d’apprendre à vivre ensemble.

Une ouverture inattendue

Après les attentats du 11 septembre 2001, au lieu de tourner le dos à l’islam­­, l’Occident s’est intéressé aux cultures du monde musulman.

Des musiques envoûtantes, sensuelles, du miel pour les oreilles, ont trouvé des publics non traditionnels. En 2002, on parlait même d’une Arab New Wave. J’ai ressorti mes CD de Nusrat Fateh Ali Khan, un chanteur classique pakistanais révélé aux Occidentaux par Peter Gabriel.

Des écrivains d’Afrique du Nord nous ont fait découvrir les cultures kabyles et berbères, et les designers de mode la broderie palestinienne. Les cuisines nord-africaine et moyen-orientale ont fait leur entrée dans les pages de recettes des magazines féminins.

(Anecdote: en 2003, un regroupement de producteurs de poulets m’a demandé ma recette préférée pour une publicité. J’ai partagé ma recette de poulet à la juive, plat servi après le jeûne de Kippour­­. Elle s’est retrouvée dans le dépliant­­, mais non sans avoir été rebaptisée «Poulet à la turque». J’ai bien ri.)

Si le devoir d’intégration appartient aux nouveaux Québécois, notre devoir d’accueil inclut de s’intéresser à leur culture. Et d’adopter ce qui nous a séduits­­, comme eux finiront un jour par aimer la poutine.

Opportunisme mal avisé

Dans le cas des vœux d’Alexandre Cloutier, j’ai plutôt l’impression d’assister­­ à l’instrumentalisation d’une fête religieuse par un politicien en quête d’un maximum d’appuis (300 000 musulmans au Québec, c’est plus payant que 9000 sikhs) pour lui et pour son parti, en lui donnant une nouvelle image plus inclusive.

Quand un premier ministre, qui représente­­ toute la population, offre ses vœux de Noël, tout le monde se sent interpellé. Noël n’est pas qu’une fête religieuse, c’est une date importante sur le calendrier en vigueur dans notre pays, souligné par un congé payé pour tous.

Mais quand un aspirant-chef de parti­­ offre publiquement ses vœux à un petit groupe de citoyens, à l’exclusion de la majorité, cela s’appelle faire de la petite politique au mépris de la neutralité de l’État.

Cela s’appelle aussi une fausse bonne idée.