/misc
Navigation

Écornifleux comme Windows 10

Écornifleux comme Windows 10

Coup d'oeil sur cet article

Écornifleux comme Windows 10

Quand nous expliquera-t-on clairement comment nos ordinateurs, autos et autres appareils pompent des masses d’informations vers leurs concepteurs?

Cette semaine, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) de France a annoncé qu’elle avait mis en demeure Microsoft. L’entreprise doit cesser la «collecte excessive» d’informations sur l’utilisation de Windows 10 et la navigation de ses usagers sans leur consentement. La CNIL exige également que Microsoft améliore la sécurité et la confidentialité déficientes de ces informations.

La CNIL n’est qu’une autorité publique parmi plusieurs autres à travers le monde à enquêter présentement sur Windows 10.

Précisons cependant que nombres d’experts estiment qu’en pratique, Windows de Microsoft est ni pire ni mieux que les Mac OS et iOS d’Apple ou l’Android de Google sur les plans de la transmission d’informations et de la sécurité. Windows 10 n’est ici que le plus récent système d’exploitation à avoir été mis en marché. Donc, celui le plus scruté actuellement.

Toute explication non compréhensible par des usagers moyens devrait avoir zéro valeur légale

Si vous souhaitez connaître les principaux réglages de Windows 10 sur le pompage de vos informations vers Microsoft et ses partenaires, vous pouvez profiter des guides offerts par la CNIL (en français, bien sûr).

Or justement, cette dernière initiative soulève des questions.

Pourquoi faut-il qu’un organisme public produise des guides d’utilisation pour un produit commercial?

Ne reviendrait-il pas à l’entreprise elle-même de produire des explications compréhensibles par nous sur comment son produit fonctionne? Et sur comment régler ce produit selon nos préférences?

L’âge de la télésurveillance

Il ne s’agit pas que de nos ordinateurs, tablettes ou ce que nous appelons encore «téléphones». Désormais, le moindre appareil se numérise et peut se connecter à l’internet. En conséquence, la télésurveillance devient de plus en plus un «service» faisant partie intégrante du produit.

Prenons nos automobiles. Démarrez à peu près n’importe quel modèle récent: les composantes électroniques du véhicule mettront aussitôt à jour plus de 100 000 éléments d’information. Le saviez-vous?

Un grand nombre de ces informations touchent au fonctionnement même de la machine. Mais un grand nombre aussi ont un caractère carrément personnel, par exemple le poids des conducteur et passager assis à l’avant. Si votre auto peut aussi se connecter à un réseau sans fil, le constructeur automobile et ses partenaires d’affaires, votre assureur et votre fournisseur de service de navigation peuvent alors recevoir directement ces masses d’informations produites. Savez-vous lesquelles servent à quoi?

C’est ce type de télésurveillance qui, par exemple, permet à Tesla de raffiner sans cesse la fonction de pilotage automatique. En analysant la colossale masse d’informations provenant de ses voitures, le constructeur peut continuellement améliorer les différents programmes qui observent la route et contrôlent la conduite de l’auto en conséquence.

C’est la même chose pour les systèmes d’exploitation comme Windows. La manne d’informations provenant de nos machines sert à déboguer et améliorer le système d’exploitation et les applications associées (Edge, Skype, Office, Outlook, etc.). Mais comme l’a constaté aussi la CNIL, d’autres informations servent à nous profiler pour mieux nous soumettre à des publicités et opérations de marketing personnalisées.

Informer, mais pour vrai

L’âge de la télésurveillance ne fait que commencer. Avec ses promesses autant que ses menaces.

Il ne faut donc pas s’étonner que des autorités publiques comme la CNIL exigent que les Microsoft et autres écornifleux de ce monde nous expliquent:

  • quelles informations leurs produits transmettent à qui;
  • pour faire quoi;
  • lesquelles de ces transmissions sont indispensables au fonctionnement du produit et lesquelles sont optionnelles; et
  • comment nous pouvons régler ces transmissions en fonction de celles auxquelles nous consentons ou non.

Mais là où ces autorités publiques ratent l’objectif, c’est en se contentant d’accepter que ces explications ne puissent être fournies qu’en de longs documents écrits en jargon technico-légal. Imaginez: le Conseil des consommateurs norvégiens a télédiffusé la lecture des seules conditions d’utilisation des applications les plus populaires (Instagram, YouTube, iTunes, Snapchat, Candy Crush). Cela a pris presque 32 heures! Et il est question ici que de simple lecture, pas de compréhension de ces textes qui nécessiteraient au moins l’équivalent d’un mois entier!

Ne reviendrait-il pas à l’entreprise elle-même de produire des explications compréhensibles par nous sur comment son produit fonctionne?

Sur ces contrats comme sur la transmission de centaines de milliers d’éléments d’informations qu’implique la télésurveillance, il faut donc imposer deux exigences additionnelles aux Microsoft et autres écornifleux.

Premièrement, que ces entreprises communiquent de manière à ce que l’usager moyen désirant s’informer puisse comprendre. Expliquer en mots et images clairs, simples, compréhensibles et accessibles est tout à fait possible. Encore plus aujourd’hui grâce au multimédia. Le test à passer serait alors très simple: toute explication non compréhensible par des usagers moyens devrait avoir zéro valeur légale. Et les transmissions d’informations ainsi mal décrites seraient alors considérées comme illégales.

Deuxième exigence, ces Microsoft et autres multinationales doivent payer leurs taxes et impôts sur les profits réalisés dans chaque pays de manière à ce que, entre autres, les autorités publiques et les associations de défense des consommateurs puissent disposer des ressources adéquates pour surveiller efficacement en notre nom la légalité et la sécurité de la télésurveillance.

Ce n’est qu’à ces conditions de transparence et d’imputabilité que nous pourrons permettre à la télésurveillance de se généraliser.