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L'humoriste Mike Ward condamné à payer 35 000 $ à Jérémy Gabriel

L’avocat de Ward compte porter la décision du tribunal en appel

ComediHa Mike Ward
Photo Agence QMI, Simon Clark

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MONTRÉAL - Le Tribunal des droits de la personne a statué mercredi que l'humoriste Mike Ward a porté atteinte au droit à l'égalité de Jérémy Gabriel et le condamne à verser 35 000$ au jeune homme et 7000 $ à sa mère, Sylvie Gabriel, à titre de dommages moraux et punitifs.
Mike Ward contestera la décision du tribunal qui l’a condamné à payer 35 000 $ à Jérémy Gabriel et 7000 $ à la mère de ce dernier pour avoir fait des blagues discriminatoires.
 
Le Tribunal des droits de la personne a rendu sa décision mercredi, cinq mois après la fin du procès. 
 
L’avocat de M. Ward, Julius Grey, a déjà annoncé que la cause serait portée en appel. [NDLR : Mike Ward a confirmé la nouvelle via sa page Facebook au courant de la nuit]
 
«C’est un jugement mal fondé et nous sommes en total désaccord avec la décision», a réagi Me Grey qui n’a pas souhaité commenter davantage. L’agent de M. Ward a refusé au nom de son client notre demande d’entrevue. 
 
L’humoriste a toutefois déclaré sur la scène du Métropolis pendant The Nasty Show mercredi soir, qu’à ce prix-là, il allait continuer à dire tout ce qu’il veut et dans toutes les langues.
 
Jérémy Gabriel, surnommé «le petit Jérémy», a refusé de commenter, mais devrait s’adresser aux médias aujourd’hui en compagnie de membres de la Commission des droits de la personne.
Jérémy Gabriel et sa famille réclamaient 80 000 $ pour avoir été la cible des blagues de Mike Ward. Le jeune homme a obtenu 35 000 $ et sa mère a obtenu 7000 $, un total de 42 000 $.
photo chantal poirier
Jérémy Gabriel et sa famille réclamaient 80 000 $ pour avoir été la cible des blagues de Mike Ward. Le jeune homme a obtenu 35 000 $ et sa mère a obtenu 7000 $, un total de 42 000 $.
 
Injustifiée
 
Dans sa décision, le juge Scott Hughes a conclu que les blagues de M. Ward avaient «outrepassé» les limites qu’une personne doit tolérer au nom de la liberté d’expression. 
 
«La discrimination dont Jérémy a été victime est injustifiée», peut-on lire.
 
Entre 2010 et 2013, M. Ward avait fait des blagues sur la maladie du jeune atteint du syndrome de Treacher Collins.
 
Après avoir entendu ces blagues, Jérémy a perdu confiance en lui et a eu des pensées suicidaires, selon son témoignage livré lors du procès. Les parents du garçon avaient aussi témoigné. Sa mère, Sylvie Gabriel, a dit avoir été dévastée et affectée par les propos de l’humoriste.
 
«Clairement interdit»
 
Le juge a ainsi déterminé que les propos de M. Ward étaient discriminatoires et que son comportement est «clairement interdit par la Charte». 
 
«Le fait que Jérémy soit connu du public [...] l’expose à être l’objet de commentaires et de blagues sur la place publique, mais cela ne saurait être interprété comme une renonciation à son droit au respect de son honneur, de sa réputation et de sa dignité», a-t-il expliqué.
 
Le juge n’a toutefois pas retenu l’argument de la famille voulant que les moqueries de M. Ward aient pu nuire à sa carrière.
 
L’avocat Mark Bantey, spécialiste en matière de liberté d’expression, est surpris de cette décision et croit qu’elle pourrait constituer un «précédent dangereux» si elle était confirmée par des tribunaux supérieurs.

La saga judiciaire en quelques dates

  • Jérémy Gabriel, aujourd’hui âgé de 19 ans, est atteint du syndrome de Treacher Collins qui entraîne des malformations à la tête. En 2005, à l’âge de 8 ans, il a entamé une carrière de chanteur. 
  • En 2006, il chante devant le pape, à Rome. En 2007, il participe à des émissions de télévision et fait paraître sa biographie.
  • Entre 2010 et 2013, dans son spectacle Mike Ward s’eXpose, l’humoriste a fait des blagues sur la maladie de Jérémy en disant qu’il était «laid» et qu’il était supposément mourant, mais qu’il n’était pas «tuable». Le spectacle a été présenté 230 fois.
  • M. Ward a aussi réalisé des capsules vidéo dans lesquelles il qualifiait Jérémy de «pas beau qui chante». 
  • En 2012, dans le cadre de l’émission Les Francs-tireurs, M. Ward explique en parlant des blagues sur Jérémy que le fait de dépasser les limites le fait rire. C’en est trop pour la famille de Jérémy qui dépose une plainte à la Commission des droits de la personne. 
  • Au cours du procès, en février 2016, la mère de Jérémy Gabriel avait dénoncé les blagues «ignobles» et «cruelles» de Mike Ward à l’encontre de son fils atteint du syndrome de Treacher Collins.
  • Le 18 juillet, deux jours avant le jugement, l’humoriste a avoué que cette saga judiciaire a été bénéfique pour sa popularité, notamment à l’étranger. «Ç’a beaucoup aidé [mon image]», a-t-il confié au micro de Shadrach Kabango dans le cadre de son émission Q diffusée sur les ondes de la radio de CBC.
  • Selon Mike Ward, le prix à payer est faible en comparaison de toute la publicité obtenue en retour. «J’ai bénéficié d’une large couverture médiatique, et ça ne m’a coûté que 93 000 $», a-t-il dit, en faisant référence à ses frais juridiques jusqu’à présent.
  • Le 20 juillet, le Tribunal des droits de la personne rend sa décision. La Commission des droits de la personne poursuivait M. Ward au nom de M. Gabriel et demandait 50 000 $ pour Jérémy et 30 000 $ pour les parents, un total de 80 000 $. La famille a donc reçu un peu plus de la moitié de ce qu’elle demandait.
– Avec l’Agence QMI
 

Des retombées positives pour Mike Ward

Mark Ward a affirmé dans une entrevue que la poursuite déposée contre lui par la famille de Jérémy Gabriel s'est traduite par des retombées positives en raison de l’importante visibilité que l'affaire lui a apportée.

L’humoriste a avoué que cette saga judiciaire a été bénéfique pour sa popularité, notamment à l’étranger. «Ç’a beaucoup aidé (mon image), a-t-il confié au micro de Shadrach Kabango, lundi, dans l'émission Q diffusée sur les ondes de la radio de CBC.

L'humoriste a tenu ses propos avant que ne tombe le jugement du Tribunal de la personne, quelques heures plus tard.

«Au début, je ne voyais que les mauvaises choses: j’allais en cour, je voyais la famille de ce garçon (Jérémy Gabriel) pleurer et je me disais: “OK, qu’est-ce que j’ai fait? Pourquoi je fais ça?”, et je recevais des messages de gens sur internet qui voulaient que ma famille meure. C’était horrible. Mais, maintenant, j’en retire beaucoup.»

L’humoriste souvent décapant et abrasif a mentionné qu’il donnera en août un spectacle à Édimbourg, en Écosse. «Mes billets se vendent très bien, a-t-il expliqué. The Guardian a placé mon nom dans la liste des spectacles à voir cet été. Mon spectacle est celui à voir, selon Wow 24/7 en Écosse. Ce sont tous des gens qui n’avaient jamais ou qui n’auraient jamais entendu parler de moi sans cette affaire juridique.»

Selon Mike Ward, le prix à payer est faible en comparaison de toute la publicité obtenue en retour. «J'ai bénéficié d'une large couverture médiatique, et ça ne m’a coûté que 93 000 $», a-t-il dit, en faisant référence à ses frais juridiques jusqu'à présent.

- Agence QMI