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À 17 ans, il parle 16 langues

L’adolescent participera au premier symposium de polyglottes à Montréal

Georges Awaad prend 30 minutes tous les jours pour travailler ses langues. «Il faut être passionné et patient», dit-il.
Photo Annabelle Blais Georges Awaad prend 30 minutes tous les jours pour travailler ses langues. «Il faut être passionné et patient», dit-il.

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Comme beaucoup d’adolescents, Georges Awaad passe de nombreuses heures sur YouTube. Mais plutôt que de regarder des vidéos de chatons, il s’intéresse aux tutoriels pour apprendre des langues. À 17 ans, il en parle 16.

Le Montréalais vient tout juste de terminer son secondaire et voit grand. «Mon rêve est de devenir diplomate de l’ONU... Je crois que ma passion pour les langues me sera utile», dit-il.

Cet intérêt pour les langues remonte à l’époque où il avait 12 ans, quand il a décidé d’approfondir sa connaissance de l’arabe, langue de ses grands-parents. Né au Québec d’un père égyptien et d’une mère libanaise, il a été élevé en français et a appris l’anglais à l’école.

Mais le véritable déclic s’est produit en troisième année du secondaire, lorsqu’il a participé, en Chine, au concours oratoire mondial de mandarin, une langue chinoise qu’il avait commencé à apprendre quelques mois plus tôt.

Il a ensuite appris par lui-même une multitude de langues, du russe au japonais, en passant par l’arménien.

Georges Awaad fait partie des personnes douées pour les langues qui participeront au premier symposium nord-américain des polyglottes, qui se tiendra à Montréal ce week-end.

Sommité présente

Steve Kaufman, une sommité dans le milieu, sera présent.

<b>Steve Kaufman</b><br /><i>Polyglotte</i>
Photo Annabelle Blais
Steve Kaufman
Polyglotte

«C’est le parrain du mouvement des polyglottes, il est l'un des premiers à avoir développé des méthodes d’apprentissage des langues sur internet», explique Joey Perugino, organisateur de l’événement.

Né en Suède de parents tchécoslovaques, M. Kaufman, 70 ans, a grandi à Montréal et parle 15 langues.

Pourtant, au primaire, l’anglophone peinait à apprendre le français.

«La façon dont les langues sont enseignées à l’école n’est pas intéressante», dit-il dans un français impeccable. C’est un professeur de l’Université McGill qui a fait de lui un francophile.

«Il parlait de la civilisation française, il a stimulé un intérêt et j’ai commencé à lire­­ Le Devoir, à regarder des films français», explique-t-il.

Sa méthode consiste à apprendre les langues par soi-même à travers les sujets qui nous passionnent.

«Il ne faut pas commencer en lisant une grammaire, car on va tout oublier, dit-il. Il faut lire beaucoup et faire une écoute massive à propos de choses pas trop compliquées qui nous intéressent.»

Films de Disney

Georges Awaad a appliqué cette méthode de façon intuitive, en regardant des tutoriels sur YouTube et des vidéos de chanson pour enfants.

«Je regarde des films de Disney que je connais bien en français dans la langue que je veux apprendre», dit-il. Il a notamment appris le japonais en regardant une émission de cuisine.

Grâce aux réseaux sociaux, il s’exerce à parler ces langues avec ses amis du monde entier.

«Georges est un phénomène de la technologie, souligne M. Perugino. Avec internet, les applications pour téléphone et les forums de discussion pour parler avec des gens de partout, il y a maintenant beaucoup plus de polyglottes.»

Il comprend et parle (niveau intermédiaire et plus)

  • Le français, sa langue maternelle
  • L’anglais
  • L’arabe
  • Le mandarin
  • L’espagnol
  • Le roumain
  • L’italien
  • L’allemand
  • Le russe
  • Le japonais
  • L’arménien
  • Le géorgien
  • L’esperanto
  • Le turc
  • Le portugais
  • Le suédois

► Il dit aussi avoir quelques notions de serbo-croate, de coréen, d’hébreu, de vietnamien, de grec, de polonais et de perse.

Élever ses enfants pour en faire de petits polyglottes

À l’âge de 6 ans, Tetsu Yung, qui a grandi à Taïwan jusqu’à ses 13 ans, parlait cinq langues.

Tetsu Yung, sa femme Yuko Muto et leurs enfants Ronnie et Nika
Photo Courtoisie
Tetsu Yung, sa femme Yuko Muto et leurs enfants Ronnie et Nika

Il a appris ces langues sans faire d’effort­­, simplement au contact de sa famille­­. «Avec mon père, je parlais mandarin et je parlais japonais avec ma mère qui vient du Japon», dit-il. Il étudiait à l’école en anglais et pouvait converser dans deux dialectes taïwanais avec ses grands-parents.

Sa famille s’est installée au Québec et il a appris le français, qu’il parle sans aucun accent. Aujourd’hui, il parle 10 langues et a voulu offrir cet avantage indéniable­­ à ses enfants.

Il a ainsi élaboré des méthodes pour élever de petits polyglottes. Ce sujet fera l’objet d’un atelier qu’il présentera au symposium des polyglottes à l’Université Concordia ce week-end.

Une personne, une langue

Le premier concept est le one person, one language. Avec papa, les enfants parlent mandarin, mais japonais avec maman. À l’école, c’est le français, et avec la gardienne, c’est l’espagnol.

«Comme les enfants sont jeunes, ils développent des habitudes de façon naturelle», dit ce père d’un garçon de 4 ans et d’une fillette de 2 ans et demi.

Le deuxième concept est de créer des occasions d’apprentissage dans le quotidien. «À la maison, on regarde la télé en anglais, dit-il. On ne va pas leur demander d’étudier, mais on peut leur lire un livre d’histoire pour enfants dans une autre langue», ajoute-t-il.

Selon la chercheuse Patricia Kuhl, de l’Université de Washington, les enfants sont de véritables petits génies pour apprendre­­ les langues, et ce, jusqu’à l’âge de 7 ans.

«Les enfants sont très sensibles aux sons des langues, mais en grandissant ça se perd, explique M. Yung. Je crois que si on apprend continuellement des langues depuis son enfance, on garde les oreilles ouvertes pour les sons des autres langues.»