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Pourquoi déteste-t-on Pokémon Go?

Pourquoi déteste-t-on Pokémon Go?
Courtoisie AMT

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Pokémon Go est sans contredit le phénomène de l’été 2016. Il est fascinant de constater comment les gens se divisent en deux camps: les adeptes d’un côté et les détracteurs de l’autre. Et ces derniers ne se gênent pas pour propager leur haine! Mais pourquoi?

Trois phénomènes psychologiques et sociologiques sont en jeu pour expliquer la haine Pokémon Go.

1- L’effet Dunning-Kreger

C’est ce biais cognitif faisant en sorte qu’on se croit toujours un peu/beaucoup meilleur que l’on est vraiment. Pour résumer l’effet Dunning-Kreger, c’est quand on se dit que nous on a compris comment ça fonctionne, et les autres sont des petits moutons qui ne connaissent rien.

Or, cet effet s’applique également à nos valeurs morales. Et puisque les marques que nous consommons sont souvent des extensions de notre cadre moral (par exemple, une personne qui veut faire sa part pour l’environnement n’achètera pas un Hummer), on se croit meilleur selon ce que nous consommons.

Pour reprendre l’exemple du Hummer, une étude de 2010, les adeptes de ces VUS se voyaient comme la personnification du «rêve américain», des individus indépendants qui ont réussi. Les détracteurs se percevaient comme des éco-citoyens responsables du bien commun. En somme, les deux types de consommateurs s’imaginaient comme étant «du bon bord».

C’est la même chose avec Pokémon Go. Selon ce que nous pouvons lire sur les réseaux sociaux, les adeptes du jeu se perçoivent comme des individus qui s'amusent en socialisant et en prenant de longues marches, ce qui est bon pour la santé. Ceux qui le détestent se voient comme des remparts contre la «zombification» ambiante, avec tous ces joueurs scotchés à leur écran de cellulaire.

Tout le monde s’imagine du bon bord, avec leur sens moral supérieur à celui des autres et le débat est bloqué. Maudit sois-tu, effet Dunning-Kreger!

Leo pense aussi qu'il est du bon bord.
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Leo pense aussi qu'il est du bon bord.

2- Se distinguer à tout prix

Peu de personnes aiment se fondre complètement dans la masse. C’est vrai qu’à être «trop normal», c’est plate. On veut se distinguer, d’une manière ou d’une autre. La poursuite de l’individualisme peut motiver les gens à résister aux tendances de la majorité. Affirmer une opinion contraire à la majorité est un moyen facile et rapide de se distinguer.

Et entrent en scène les médias sociaux. Non seulement il est facile d’affirmer pas mal n’importe quoi sur Facebook et Twitter, mais ça se peut très bien qu’une opinion à contre-courant soit aimée par vos amis et contacts, voire partagée, relayée et au final, encouragée. Ainsi, on se conforte dans nos opinions à contre-courant, et on pense que ça fait de nous quelqu’un d’unique et de spécial. C’est très humain comme réaction.

De surcroît, plus une opinion est à contre-courant, et si vous êtes une des premières personnes à la formuler, vous avez plus de chances que vos amis vous trouvent intelligents, articulés, et intéressants. De quoi faire rêver!

Voici une personne qui n'a pas peur de démontrer sa haine de Pokémon Go.
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Voici une personne qui n'a pas peur de démontrer sa haine de Pokémon Go.

3- Certaines personnes haïssent tout

Une étude parue en 2013 confirme un «biais de la haine». Des psychologues ont demandé à 2000 personnes d’affirmer leur attitude par rapport à plusieurs sujets sans rapport les uns aux autres (la taxidermie, le Japon, le système de santé). Pour s’assurer que ce n’était pas juste une question d’être dans mon «mauvais mood», le même test a été repris un mois plus tard auprès des mêmes personnes.

Les dénigreurs ont été repérés et les chercheurs leur ont demandé d’affirmer leur attitude par rapport à un four micro-ondes d’une marque imaginaire. Sans surprise, même si elles ne pouvaient même pas connaître ce produit, ces personnes ont dit que c’était un produit de merde.

En somme, les gens qui n’aiment pas les choses qu’ils connaissent sont plus susceptibles de détester les choses qu’ils ne connaissent pas. Quelle tristesse.

Une chose est certaine, cette vague de haine n’est pas chose nouvelle et se reproduira la prochaine fois que la popularité d’un phénomène curieux et inexplicable nous prendra par surprise.

De quel bord étiez-vous quand il fallait déterminer de quelles couleurs était une robe?

 

Source: Discover Magazine