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Pots-de-vin autorisés en haut lieu

L’ancien patron de SNC-Lavalin aurait tenté d’étouffer le versement d’argent dans le dossier du CUSM

Certains anciens hauts dirigeants de SNC-Lavalin dont Pierre Duhaime et Riadh Ben Aïssa ainsi que le contrôleur aux finances Stéphane Roy font face à des accusations pour avoir participé au versement de 22,5 millions $ en pots-de-vin.
Photo d’archives Certains anciens hauts dirigeants de SNC-Lavalin dont Pierre Duhaime et Riadh Ben Aïssa ainsi que le contrôleur aux finances Stéphane Roy font face à des accusations pour avoir participé au versement de 22,5 millions $ en pots-de-vin.

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Plusieurs anciens hauts dirigeants de SNC-Lavalin étaient au courant du paiement de millions de dollars pour obtenir le contrat du CUSM, selon les informations tirées d’ordonnances de blocage de l’UPAC.

L’ancien PDG, Pierre Duhaime, aurait même tenté d’éviter que l’information ne sorte dans le cadre d’une enquête indépendante déclenchée par l’un de ses adjoints.

Selon les affidavits dont une partie de l’ordonnance de non-publication a été levée hier, Pierre Duhaime aurait joué un rôle important dans le versement de 22,5 M$ en pots-de-vin à deux dirigeants du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Yanai Elbaz et Arthur Porter.

Pierre Duhaime
Photo d’archives
Pierre Duhaime

Peu de temps après avoir obtenu le contrat de 1,3 milliard $ en avril 2010, Duhaime a fait venir dans son bureau l’un de ses VP, Gilles Laramée. «Rhiad Ben Aïssa (un autre VP) s’y trouvait et lui a annoncé qu’il y a un agent commercial dans le projet du CUSM, mais ils ne veulent pas le charger sur ce projet», a indiqué Gilles Laramée dans une déclaration faite aux policiers de l’UPAC et qui est citée dans le mandat.

Lors de cette rencontre, il a été convenu que le montant apparaîtrait au budget du projet Rhourde Nouss, un projet gazier en Algérie.

Rhiadh Ben Aïssa
Photo d’archives
Rhiadh Ben Aïssa

Des millions $ aux Bahamas

Un premier versement de 10 millions $ a été fait quelques jours plus tard à la société Sierra Asset Management. Cette firme des Bahamas était contrôlée par Yanai Elbaz et Arthur Porter, l’ancien grand patron du CUSM mort l’an dernier en prison au Panama.

D’après l’enquête, l’argent a par la suite été transféré dans des comptes partout dans le monde et dans l’achat de propriétés dans les Caraïbes, aux États-Unis et à Montréal.

À l’époque, en 2010, seuls quelques hauts dirigeants de SNC-Lavalin savaient que des sommes importantes avaient servi à obtenir le contrat du CUSM.

Stéphane Roy
Photo d’archives
Stéphane Roy

Enquête indépendante

La situation va toutefois changer après le renvoi du contrôleur des finances, Stéphane Roy, en février 2012. Dès le lendemain, ce dernier remet à Gilles Laramée, alors chef des finances de SNC-Lavalin, une copie du contrat d’agent «Sierra Asset management».

Gilles Laramée a ensuite fait une dénonciation pour qu’une enquête indépendante soit déclenchée. Informé de la situation, Pierre Duhaime lui aurait demandé que le dossier du CUSM ne sorte pas.

Pierre Duhaime ainsi que six coaccusés doivent revenir en cour d’ici quelques semaines pour la suite de leur enquête préliminaire.

Extraits des ordonnances de blocage

«Quand il a informé Pierre Duhaime de cette situation, ce dernier lui a demandé à ce que le dossier de Sierra Asset Management ne sorte pas, car un tel évènement pourrait nuire à la compagnie. Il demande à Laramée de repenser à tout ceci. »

– Tiré d’une déclaration de Gilles Laramée, ancien chef des finances de SNC-Lavalin

«Vers le 12 février 2012, Gilles Laramée informe Réjean Goulet qu’il existe un autre contrat reprenant le stratagème du projet CNRL et lui précise son intention de rencontrer Pierre Duhaime en sa compagnie. C’est lors de cette rencontre entre les trois acteurs susmentionnés, la journée même, que Réjean Goulet apprend qu’un contrat d’agent servait en réalité à l’obtention du projet du CUSM. Gilles Laramée informe Pierre Duhaime de son intention d’informer les vérificateurs. Le PDG de SNC-Lavalin réplique en mentionnant sa désapprobation face à la décision d’informer les vérificateurs.»

– Tiré de la déclaration écrite de Michael Novak, ancien vice-président de SNC-Lavalin

«Il explique qu’une vérification interne est faite à chaque année concernant les contrats d’agents. Le PDG voit donc le rapport de vérification passer de façon annuelle. Il affirme que Pierre Duhaime était au courant du contrat de «Sierra Asset Management» et ajoute qu’il devait nécessairement aussi connaître la finalité recherchée par ce contrat. »

– Tiré de la déclaration aux policiers de Pasquale Di Lillo, contrôleur des finances chez SNC-Lavalin en 2012