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Où déguster de bonnes bières dans les Cantons-de-l’Est

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Collines verdoyantes, rangs étroits, coquettes bourgades aux sonorités anglophones, moustiques un brin timides... À peine une heure au-delà du pont Champlain, on sent déjà retomber notre pression, sans toutefois perdre la succulente excitation de la découverte. Les Cantons-de-l’Est regorgent de petites et grandes joies méconnues. Fromages et produits du terroir méritoires se bousculent de village en village. Parmi ces plaisirs: une scène brassicole marquée par un développement qualitatif remarquable au cours des deux dernières années.

Le respectable doyen

À une époque où les quelque 150 brasseries artisanales québécoises produisent plus d’une nouveauté par jour, même l’amateur averti peut être étourdi par l’abondance de l’offre par moments. Pour revenir sur terre, rien ne vaut un retour aux classiques. Bien que techniquement en Montérégie, c’est à la porte d’entrée des Cantons que l’on retrouve le Brouemont, maintenant fort d’une douzaine d’années d’expérience. Si les nouveautés se font rares, les recettes présentes ont été éprouvées pendant de nombreuses années et s’avèrent toujours fiables, de très bons exemples de leurs styles respectifs. Si on compte maintenant de nombreuses très bonnes Weizen et autres IPA au Québec, de telles trouvailles étaient rares il y a une ­dizaine d’années, et le Brouemont a été l’un des premiers à répondre à l’appel malgré des températures de service encore aujourd’hui un brin trop froides. Étanchant la soif tant des skieurs en hiver que des amateurs de parc aquatique ou de vélo de montagne en été, cet établissement familial propose aussi une cuisine qui, sans réinventer la boustifaille de pub, s’avère toujours savoureuse et élaborée à partir d’ingrédients de qualité. On en sort toujours satisfait... et comme ­l’autoroute n’est qu’à deux kilomètres, il est facile d’y envisager une autre escale lors du prochain périple sur la 10.

Le phénix de Magog

La Memphré vit depuis maintenant quelques années une véritable renaissance. Cette brasserie n’a pas toujours fait parler d’elle pour les bonnes raisons lors de sa première vie, mais ce sont maintenant des souvenirs lointains. Une nouvelle direction, de nouveaux équipements et une attention soignée aux bières ont contribué à transformer cette brasserie en l’une des plus excitantes de la région. Les occasionnels brassins embouteillés sont soigneusement présentés, intelligemment conçus et joliment équilibrés. Sur place, on déguste des bières variées, bien exécutées et fraîches au possible dans une magnifique maison ancestrale à deux pas de la Principale. L’ambiance rappelle le pub anglais avec ses chaleureuses boiseries, sa bibliothèque et ses ambiances variées. On y mange une cuisine comportant certains mets réellement intéressants et distinctifs par rapport à l’offre habituelle des pubs. Exemple: des fondues au fromage individuelles gardées bouillonnantes grâce à une chandelle. Avec de la bière, c’est le match parfait.

Le bon élève

Du côté de Sutton, en manque jusqu’en 2015, on trouve désormais un charmant et lumineux brouepub sur la rue Principale. Ce projet mené rondement par deux entrepreneurs époustouflants de dynamisme considérant leur jeune vingtaine est un véritable modèle à suivre. Un local aménagé avec goût: un plancher remarquablement rustique, des fenêtres abondantes et activement impliquées dans l’ambiance revitalisante des lieux. Des bières modernes, mais polies, accessibles, mais avec une personnalité. Un menu sans flafla, mais efficace. C’est exactement le genre de projet s’intégrant bien à sa communauté en redonnant le goût aux touristes de coucher en ville tout en redonnant envie aux citoyens de socialiser dans un espace public. Chaque village québécois mériterait d’avoir son «À l’abordage».


♦ David Lévesque Gendron et Martin Thibault sont les auteurs des Saveurs gastronomiques de la bière (Druide, 2013).

 

Nos adresses préférées où prendre un verre

1. Brouemont, 107, boulevard de Bromont, Bromont

2. La Memphré, 12, rue Merry Sud, Magog

3. À l’abordage, 10, rue Principale Sud, Sutton

4. Auberge Sutton Brouërie, 27, rue Principale Sud, Sutton

 

Sutton Brouërie

Une brasserie à ne pas manquer

Incroyable, mais vrai, ce sont deux brasseries qui ont ouvert leurs portes à Sutton en 2015, à un jet de pierre l’une de l’autre. Les deux semblent bien fonctionner et cohabiter, forts d’une offre bien complémentaire malgré le filon commun de la bière.

Il faut dire que ­l’offre générale de Sutton Brouërie est presque unique dans la province. Cette auberge avec chambres sur deux niveaux à l’étage est moderne et architecturalement impeccable. Pour quiconque ambitionne de faire le tour de ne serait-ce que la moitié de la carte des bières, la formule devient on ne peut plus charmante. Au rez-de-chaussée, le restaurant festif et animé où la réservation est presque essentielle en période d’achalandage fait aussi office de pub. On y mange des plats saisonniers et classiques élaborés avec passion et ingrédients de qualité. Rien de trop compliqué, mais que de la qualité, ce que les anglophones appellent un pub gastronomique.

Photo courtoisie

Au niveau de la bière, c’est le comble. Les quelques bouteilles à l’ardoise nous titillent par leur excellence, mais avec une quinzaine de fûts aussi appétissants les uns que les autres, on tend à garder nos ambitions au fond de la bouteille. La plupart des bières à la pompe sont brassées sur place; et les quelques invitées sont ou bien complémentaires, ou bien exceptionnelles. Les offrandes maison ont cette particularité – unique au Québec – d’être toutes conçues à partir de souches de levure Brettanomyces, une famille de levures encore aujourd’hui considérées comme sauvages, bien que les laboratoires arrivent à y voir plus clair. Le brasseur Patrick Roy est en voie de développer une ­expertise qui lui est propre dans la ­maîtrise de ces levures avec lesquelles il élabore des bières d’une élégance étonnante. L’équilibre est toujours au rendez-vous, sans que des saveurs ­rebelles ne nous égarent la papille. On en boit et on en redemande. Chapeau.

 

Quelques bonnes bières chez SUTTON BROUERIE

 

Saison Bee-Bop

Photo courtoisie

Le nez: Poivre, ­céréales fraîches, fruits exotiques

En bouche: Mince et sèche, mais ­épicée, fruitée et minérale

Pourquoi c’est bon: Un bon coupe-soif, cette offrande sèche, poivrée et tropicale dans ses allusions fruitées nous régale en subtilité.

 

DBW du Pékan

Photo Fotolia

Le nez: Citron, miel, pomme, poire, melon

En bouche: Acidulée, équilibrée, facile à boire.

Pourquoi c’est bon: Originalement ronde pour une bière acidulée, elle présente un équilibre élégamment crémeux.

 

Porter Iroquois

Photo courtoisie

Le nez: Céréales rôties, conifère, chocolat

En bouche: Sèche et amère, bien rôtie et boisée

Pourquoi c’est bon: Un coup de cœur que ce porter ­richement malté et chocolaté, mais très soutenu par de costauds houblons amers et sapinés.