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Frappée par la foudre, elle devient électrosensible

Une Sherbrookoise de 62 ans a tenté sans succès de faire reconnaître son handicap par la CSST

Diane Pelletier
Photo collaboration spéciale, Gilles Brien Diane Pelletier, frappée par un éclair il y a presque 10 ans, doit aujourd’hui se protéger des champs électromagnétiques. Elle possède une couverture en aluminium et s’est même fabriqué un chapeau «blindé».

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Une Sherbrookoise frappée par la foudre en 2007 éprouve aujourd’hui d’intenses douleurs chaque fois qu’elle se trouve près d’un téléphone cellulaire ou d’un pylône électrique.

La plupart des gens qui ont survécu à la foudre rapportent avoir gardé des séquelles. Surdité partielle, pertes d’équilibre, migraines, difficultés respiratoires, la liste est longue.

Pour certaines victimes, comme Diane Pelletier, 62 ans, les conséquences sont plus graves. Chez elle, pas de téléphone sans fil, pas de wi-fi, ni de cuisson au four, car elle ne cuisine plus.

Avant d’entrer chez elle, il faut laisser son cellulaire à l’extérieur.

Presque 10 ans après qu’un éclair eut traversé son corps, l’ancienne gérante de restaurant débordante d’énergie et à la mémoire affûtée est une femme diminuée.

Devenue intolérante aux champs électromagnétiques, la femme a vu sa vie basculer le 22 juin 2007, lorsque la foudre est tombée sur le bâtiment où elle travaillait comme préposée dans un centre d’appels.

«J’ai senti la foudre dans le casque entrer dans mon oreille, longer mon corps du côté gauche et sortir par mon gros orteil.», raconte celle qui a accumulé les diagnostics et qui se soigne aujourd’hui à la morphine quand les douleurs sont trop intenses.

«Je prends 22 pilules par jour», dit-elle en montrant sa liste de ses médicaments.

Diane Pelletier
Photo collaboration spéciale, Gilles Brien

Maladie non reconnue

Pour le Dr Guy Riendeau, urgentologue au CHUM et consultant médical pour Hydro-Québec, les symptômes de Diane Pelletier sont typiques des syndromes des victimes d’électrocution. «Tout ce que peut faire la communauté médicale pour les personnes qui se disent électrosensibles, c’est soigner leurs douleurs.»

Après s’être battue contre la CSST pour faire reconnaître l’électrosensibilité comme un handicap, Diane Pelletier a fini par baisser les bras.

Pour se protéger, les électrosensibles vont jusqu’à porter une couverte en aluminium, comme celle dont Diane ne se sépare jamais en auto lorsque la voiture passe sous les pylônes. «Quand y a des orages, je reste dans la cave des jours entiers. Ça me fait mal, c’est pas possible.»

Diane Pelletier n’est pas la seule dans cet état. Une association québécoise des personnes électrosensibles a vu le jour récemment, le Rassemblement ÉlectroSensibilité Québec (RESQ).

En attendant que les recherches révè­lent peut-être demain des choses qu’on ignore aujourd’hui, Diane se déso­le de l’incompréhension des gens, surtout de ses proches.

«Ma mère est morte en pensant que j’affabulais», dit-elle tristement. Maladie rare, imaginaire ou psychosomatique, chose certaine, ses souffrances sont bien réelles.

Des chiffres-chocs sur la foudre

Un survol des cas de foudre au Canada et aux États-Unis dans une vaste étude couvrant 35 années de statistiques confirme bien des croyances et en bouscule d’autres à ce sujet.

1 risque sur 960 000

Probabilité d’être tué par la foudre


35-45 ans

L’âge moyen de la victime et son sexe, un homme 4 fois sur 5


Samedi, mercredi, dimanche

Les jours de la semaine les plus risqués


5 %

Proportion de victimes sous un arbre au golf


4 %

Proportion de victimes au téléphone


2 %

Proportion de victimes dans leur bain


Entre 14 h et 18 h

L’heure du jour la plus risquée


Juillet

Le mois avec le plus d’éclairs au Québec


2 263 800

Nombre d’éclairs au Canada par année

La foudre tue moins qu’avant

Chaque année, la foudre est mortelle pour 25 000 personnes dans le monde. Au Québec, on compte une à deux victimes par été. La plupart du temps, c’est un golfeur ou un campeur.
 
Le nombre de décès était 20 fois plus élevé dans les années 1930. Plus de gens travaillaient dehors à l’époque. Environ 20 % des gens foudroyés survivent, mais avec des conséquences.
 
Lorsqu’une personne est frappée par la foudre, le corps est soumis à une tension qui peut aller jusqu’à 100 millions de volts. Comme le corps est mauvais conducteur d’électricité, la charge cherche à sortir par les extrémités: les pieds et la tête. Ce sont habituellement les parties les plus gravement blessées.
 
La foudre peut endommager vos organes, faire éclater vos chaussures, enflammer vos vêtements. Gare aux bijoux et aux piercings! Ils peuvent vous brûler.

10 préjugés sur la foudre­

Diane Pelletier
Photo Fotolia

1. La foudre ne peut pas m’atteindre à l’intérieur.

FAUX. Un éclair peut tomber sur une ligne de courant et se propager chez vous par la tuyauterie ou le filage électrique.

2. Il est dangereux d’utiliser son cellulaire quand il y a de l’orage.

FAUX. Le seul risque est un fort bruit quand la foudre tombe à proximité.

3. Je suis protégé de la foudre en portant des souliers à semelle en caoutchouc.

FAUX. Le caoutchouc est isolant, mais pas assez pour 30 000 watts.

4. Le paratonnerre sur ma maison empêche la foudre de tomber chez moi.

FAUX. Les paratonnerres n’empêchent pas la foudre de tomber sur votre maison.

5. La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit.

FAUX. La Tour du CN à Toronto est frappée 80 fois par année.

6. Il est dangereux de toucher une personne qui vient d’être frappée par la foudre.

FAUX. La personne foudroyée n’est pas «chargée» et doit être secourue.

7. Un orage est toujours électrique.

VRAI. Parler d’orage électrique est comme parler d’eau mouillée.

8. Un orage peut tomber d’un ciel ensoleillé.

VRAI. Des éclairs peuvent se propager jusqu’à 30 km de distance par des cirrus.

9. La foudre est proche si le moins de 3 secondes s’écoulent entre l’éclair et le tonnerre.

VRAI. Lorsque 3 secondes séparent l’éclair du tonnerre, l’orage est à 1 km.

10. La foudre fait plus de victimes chez les golfeurs que chez les campeurs.

FAUX. Il y a 2 à 3 fois plus de victimes chez les campeurs et randonneurs.


Références:

  • Environnement Canada, Cartes et statistiques de la foudre au Canada (1999-2013)
  • MILLS, B., 2009. Évaluation du risque de mortalité ou de blessures causées par la foudre au Canada., Environnement Canada
  • Ronald L. Holle, 10e Conférence Internationale de détection de la foudre. 2008. Tucson, Arizona, USA.
  • Lightning Fatalities, Injuries and Damage Reports in the United States, 1959-1994, NOAA, NWS SR-193, Oct. 1997