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Avoir le sens des priorités

Sebastien Proulx
Simon Clark/Agence QMI

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Daphnée Dion-Vien nous apprend dans son dernier texte que notre cher ministre de l’Éducation veut plus de tablettes dans les écoles. 

 

Vous savez, ce gadget que tous les enfants savent utiliser dès qu’ils ont quelques mois ? Ces gadgets qui « évoluent » chaque année, et qui deviennent désuets dès qu’ils ont franchi le seuil des portes des magasins, alors que les écoles conservent des dictionnaires et/ou des ordinateurs pendants plus de 10 ans ? 

 

J’ai envie de lui rappeler la « saga » des tableaux interactifs, j’attends d’ailleurs toujours le mien dans ma classe. Comme les formations que je n’ai pas reçues, d’ailleurs, mais bon. 

 

Chaque fois qu’un ministre de l’Éducation dit une telle sottise (qu’on a besoin de plus de tablettes dans les écoles), je me demande ce qu’il connaît vraiment à l’éducation et aux écoles du Québec. 

 

J’y enseigne depuis presque dix ans maintenant, et je peux vous jurer qu’on y a besoin de plusieurs choses, mais pas nécessairement de tablettes. Je ne suis pas une technophobe, mais je connais les budgets de nos écoles, et je sais qu’il y a des façons beaucoup plus intelligentes d’améliorer l’éducation. 

 

Les tablettes, c’est cool...

 

Pour un temps. 

 

Dans quelques années, c’est-à-dire une fois que les écoles seront dotées d’une flotte de tablettes, elles dormiront probablement sur une étagère, car on aura inventé mieux et les ministres voudront ces gadgets à la mode pour rendre l’éducation plus « intéressante » parce que visiblement, personne ne serait aussi compétent qu’une tablette pour intéresser des enfants à l’école. 

 

À quand un vrai professionnel de l'éducation à la tête de ce ministère ? Il connaîtrait les vraies priorités de nos écoles.

 

Par exemple ?

 

Trouver une solution aux moisissures dans nos bâtiments désuets. 

 

Remplacer et/ou investir et/ou remplacer les bâtiments désuets par de vraies structures en bon état. 

 

Accorder de l’importance à l’éducation et pouvoir définir ce terme. 

 

Intégrer moins d'enfants à besoins particuliers dans les classes, non seulement pour qu’ils aient enfin les services auxquels ils ont droit, mais aussi pour que les enseignants puissent s’occuper des autres enfants. 

 

Embaucher plus de professionnels pour épauler les enseignants, mais surtout les enfants qui attendent un orthophoniste durant des millénaires. 

Accorder des budgets pour des sorties culturelles afin que les enfants sachent ce que sont un théâtre, un musée ou encore sortir de l’île de Montréal.  

 

Planter plus d’arbres pour que les écoles aient moins l’air de centre d’expérimentation médicale. 

 

Peindre les murs et doter toutes les classes du Québec, qu’elles soient moins vert hôpital ou blanc sale.  

 

Doter toutes les classes d’un ordinateur décent (et les écoles de techniciens informatiques !)  

 

Garnir les classes de belles bibliothèques où les enfants auront l’embarras du choix et investir dans un divan pour avoir un coin lecture (sans que les enseignants doivent les acheter avec leur propre argent ou téter leur famille à la recherche de meubles usagés) 

 

Offrir des classes plus invitantes où les meubles ne semblent pas provenir de la zone « tels quels » d’Ikea. 

 

Obtenir des hausses salariales significatives pour les enseignants, afin d'attirer d’excellents candidats qui ne partiront pas dans quatre ans et offrir de meilleures conditions de travail aux nouveaux enseignants qui attendent un poste pendant une dizaine d’années. 

 

Parmi toutes ces excellentes suggestions, que veut le ministre de l’Éducation ? 

 

Plus de tablettes toé chose.

 

Il faut croire qu’on a les ministres qu’on mérite...