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Pauline Marois est-elle coupable de s’être fait tirer dessus?

Pauline Marois est-elle coupable de s’être fait tirer dessus?
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Gaétan Barrette n’est pas un être subtil et il vient encore une fois de le confirmer. Commentant le procès de Richard Henry Bain, qui a voulu mitrailler en septembre 2012 une assemblée pleine de souverainistes tellement il les détestait, il y est allé de ce commentaire fascinant : ça peut arriver quand vous faites trop bouger les choses. Un peu plus tard dans la journée, il s’est excusé. Il s’est inscrit au club des mal compris. Il vaut quand même la peine de revenir sur son propos qui laisse place à l’interprétation.

Gaétan Barrette a-t-il voulu jouer au philosophe méditant sur les choses humaines et la violence dans la cité? Voulait-il nous dire que l’histoire est faite de convulsions, que les passions s’y déchainent, que certains hommes sont portés aux extrêmes et que la politique peut pousser les peuples jusqu’aux abimes lorsqu’elle les déchire exagérément? Dans ce cas, il aurait dû ajouter que la démocratie libérale a au moins le génie de refouler les projets extrêmes et de transcender la violence politique en la censurant moralement. Elle ne parviendra jamais à l’éradiquer complètement mais elle nous fait progresser vers un monde civilisé. Si c’est vraiment ce que Gaétan Barrette a voulu dire, disons qu’il prend la tuerie du Métropolis de bien haut, de trop haut. Mais il ferait preuve d’une profondeur philosophique qu’on ne lui connait pas. Laissons de côté cette hypothèse.

On peut suivre une autre piste. En écoutant Gaétan Barrette, tout le monde a compris autre chose : les souverainistes l’avaient bien cherché. En gros, le projet souverainiste serait fondamentalement extrémiste, il réveillerait les émotions politiques les plus violentes, et ceux qui le portent ou s’en réclament devraient savoir qu’ils jouent avec le feu. On ne cherche pas à se séparer d’un pays comme le Canada sans que des amoureux du Canada à l’âme troublée ne se portent spontanément à sa défense. Pauline Marois devient, dans cette perspective, une cheffe rebelle qu’un exalté voulait abattre au nom de son droit au tyrannicide. Gaétan Barrette dira bien évidemment qu’il s’en désole, mais il n’empêche qu’il sème dans l’esprit public l’idée que le souverainisme est un projet dangereux dont on doit se tenir loin. Je ne peux croire que Gaétan Barrette pense cela sérieusement.

Ce qui est étrange, avec ce propos, par ailleurs, c’est qu’en 2012, s’il y a eu de grands tumultes politiques, le mouvement souverainiste n’y était pas pour grand-chose. 2012 n’était pas une année référendaire et personne ne s’imaginait sérieusement que l’indépendance était pour les prochains mois. Pauline Marois, en 2012, ne voulait pas bousculer les choses ... mais les calmer ! Le grand tumulte de 2012, c’était la révolte étudiante alors le gouvernement Charest voulait augmenter les frais de scolarité. Et pour peu qu’on s’en souvienne, le gouvernement Charest a laissé pourrir la situation, en voulant manifestement créer une crise sociale qui polariserait la société et favoriserait sa réélection. Il s’est d’ailleurs présenté devant les électeurs comme le gardien de l’État de droit et de la démocratie. Jean Charest, en 2012, réclamait le titre de grand réformateur et de gardien de l’ordre.

Faut-il dès lors conclure que Gaétan Barrette a ainsi livré, cet après-midi, une critique implicite de l’ardeur réformatrice de Jean Charest? Sa véritable cible, était-ce Pauline Marois ou Jean Charest? Mais laissons de côté cette fausse piste : elle nous servait seulement à montrer l’absurdité de la réflexion de Gaétan Barrette. On en revient alors à l’explication la plus simple et pourtant la plus convaincante : à la manière d’un politicien sans tact et ni manières, véritable bulldozer qui veut écraser tout ce qu’il y a devant lui, Gaétan Barrette a profité du procès Bain pour attaquer grossièrement ses adversaires politiques et jeter sur eux le discrédit. C’était plus fort que lui, il ne pouvait s’en empêcher, il n’a pas réfléchi, il a mordu. Il fait de la politique comme d’autres font la guerre : pour anéantir le camp d’en face. Mais cette fois, il s’est déshonoré.