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Les valeurs se cultivent : elles ne s’imposent pas

Les valeurs se cultivent : elles ne s’imposent pas

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Comment faire prévaloir les « valeurs québécoises »?  Comment faire en sorte que ceux qui viennent s’installer au Québec adhèrent aux « valeurs » québécoises ?

Les débats qui reviennent périodiquement au sujet de l’opportunité de mettre en place des mesures afin d’assurer le respect des « valeurs québécoises » fournissent une occasion de distinguer ce qui peut être imposé par la force de la loi de ce qui peut être encouragé, mais pas imposé.

Au Québec, la Charte des droits et libertés de la personne affirme un ensemble de libertés comme  la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association.

Dans un environnement juridique dans lequel les libertés et droits fondamentaux des personnes sont protégés, la loi ne peut les limiter que dans la seule mesure où elle impose une limite raisonnable pouvant se justifier dans un contexte démocratique.

Compte tenu de cette limite au champ d’action possible de la loi, on mesure combien il est difficile d’exiger, par le moyen de lois, que les gens aient des comportements conformes à ce qui est considéré comme étant les « valeurs » québécoises.

Les « valeurs » procurent les idées au nom desquelles on accepte de protéger les droits.

Ce sont des idées.  Personne n’est tenu d’y croire ou de les partager!

Ainsi, dans un État reconnaissant la liberté de pensée, il est inconcevable que la loi vienne interdire à une personne de croire que les hommes et les femmes ne sont pas égaux, que les personnes âgées sont moins valables que d’autres, que les homosexuels sont déviants etc.

Tant qu’une personne entretenant des préjugés discriminatoires ou racistes garde ces idées pour elle, s’abstient de les communiquer ou de poser des gestes d’exclusion à l’encontre des personnes concernées, la loi ne peut contraindre les gens à adhérer à des « valeurs » comme le droit à l’égalité entre les hommes et les femmes.

La loi peut régir les faits et gestes des gens. Mais il est difficile d’imaginer comment elle pourrait prétendre réglementer ce qu’ils pensent !

Par contre, les lois peuvent limiter la faculté des personnes et des entreprises de poser des gestes ou de répandre des propos qui expriment de telles croyances.

La loi peut interdire les propos ou comportements qui sont contraires aux droits des autres.

Mais la loi ne peut empêcher les gens de penser que l’égalité entre les personnes est une mauvaise idée.

Voilà pourquoi il est si difficile de recourir aux lois pour « imposer » le respect des valeurs.

Les valeurs sont des idées qui peuvent et doivent être cultivées, expliquées, célébrées.  Elles doivent également, dans toute la mesure possible, être reflétées dans des lois qui interdisent les comportements contraires aux droits des autres.

Mais il est illusoire de prétendre imposer par la loi l’adhésion à des valeurs.