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Initiations sur les campus universitaires: l’interdiction d’alcool n’est pas la solution

Des experts croient que les mesures des associations étudiantes sont plus efficaces pour éviter les dérapages

Andréanne St-Gelais FAÉCUM
Photo Dominique Scali La campagne «Sans oui, c’est non!» aurait été plus difficile à promouvoir sans la collaboration des associations étudiantes, croit Andréanne St-Gelais de la FAÉCUM.

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Interdire l’alcool sur les campus universitaires comme l’a fait dernièrement l’ÉTS est loin d’être la meilleure façon d’empêcher les dérapages pendant les initiations, selon des experts.

«Ça devrait être la dernière des options», indique Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool, qui observe que les initiatives menées par des étudiants sont bien plus efficaces que les interdictions imposées par les directions d’universités.

Le Journal révélait hier que l’École de technologie supérieure (ÉTS), spécialisée dans l’enseignement du génie, est devenue cette année la première université montréalaise à interdire la vente et la consommation lors de ses activités d’intégration.

L’établissement avait été au centre d’un scandale entourant la rentrée de l’an dernier, après qu’une étudiante eut porté plainte pour harcèlement sexuel et raconté ne pas avoir été prise au sérieux par l’université.

Plus de confiance

L’ÉTS indique que l’interdiction d’alcool est une mesure temporaire en attendant de revoir ses politiques pour 2017, admettant que la sensibilisation, la prévention sont de meilleures voies.

«L’interdiction peut être nécessaire lorsqu’il y a une perte totale de contrôle et qu’il n’y a plus aucune confiance envers les associations étudiantes», admet Hubert Sacy. Mais les étudiants parviennent souvent à contourner l’interdiction et le problème ne fait que se déplacer ailleurs, explique-t-il.

C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les étudiants de l’ÉTS en annulant les activités d’initiation prévues et en tenant plutôt une soirée dans un bar du centre-ville, hier soir.

Et pour ce qui est du harcèlement et des agressions sexuels pendant les initiations, même si l’alcool peut être un facteur [précipitant], il n’explique pas à lui seul ces dérapages, rappelle Lewis Smith du Conseil canadien de la sécurité. Ainsi, l’interdiction d’alcool ne peut suffire à enrayer ces problèmes.

Associations volontaires

Ce qui marche, en revanche, ce sont les mesures mises en place par les étudiants eux-mêmes ou avec leur collaboration, disent les experts interrogés.

Car, non, les associations étudiantes ne font pas qu’organiser des beuveries. Depuis quatre ans, l’Université Acadia en Nouvelle-Écosse permet la consommation d’alcool dans les endroits ouverts où il y a de la surveillance, mais pas dans les chambres des résidences, une mesure que les représentants étudiants ont aidé à mettre en place.

D’autres sont plutôt montées au front afin de sensibiliser leurs pairs au consentement sexuel. C’est le cas de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM), qui a fait partie des initiateurs de la campagne «Sans oui, c’est non!» Un an plus tard, ce sont des associations d’autres universités qui ont elles-mêmes contacté la FAÉCUM afin de reprendre leur campagne, qui s’étend maintenant à l’échelle de la province.