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Québec veut être plus prudent dans ses subventions

Un fonds a financé les activités de dirigeants nommés dans les Panama Papers

Cliffs Pointe-Noire
Photo courtoisie, Port de Sept-Îles Ethelbert Cooper voudrait aussi transformer du fer du Cameroun à l’usine de bouletage de la Société du Plan Nord.

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Québec songe à resserrer ses vérifications après avoir donné 250 000 $ à la Société internationale métallique, dont les dirigeants figurent dans les Panama Papers.

«La ministre a demandé une analyse sur le fonctionnement des fonds de diversification économique, dit Karl W. Sasseville, attaché de presse de la ministre du Développement économique régional, Lise Thériault. Elle est très ouverte à l’idée de resserrer le processus.»

Le Fonds de diversification économique du Centre-du-Québec et de la Mauricie avait annoncé en septembre 2015 qu’il accordait une aide de 919 000 $ à la Société internationale métallique (SIM).

Les fonds devaient servir à l’étude de faisabilité de son projet d’usine de fer briqueté à Bécancour. L’entreprise n’a finalement utilisé que la portion «subvention» des fonds, de 250 000 $.

Les patrons de la SIM, les frères Ethelbert (EJL) et Daubeny Cooper, recourent massivement aux paradis fiscaux pour enregistrer leurs entreprises, révélait notre Bureau d’enquête hier.

Ethelbert Cooper
Photo courtoisie
Ethelbert Cooper

Les frères Cooper utilisent les Seychelles, un des paradis fiscaux les plus opaques. Ils ont aussi recouru au cabinet d’avocats Mossack Fonseca, au cœur des Panama Papers.

Québec ignorait aussi qu’EJL Cooper est nommé dans le controversé rapport de la Commission vérité et réconciliation du Libéria. Il figure dans une liste d’individus qui auraient financé la guerre civile dans cette petite république d’Afrique de l’Ouest.

«Les subventions attribuées pour la réalisation d'une étude de faisabilité ne justifient pas la tenue systématique de vérifications diligentes, celles-ci pouvant s'avérer très coûteuses et très longues», dit Karl W. Sasseville. Mais ça pourrait changer dans l’avenir, selon lui.

Fer africain pour sept-Îles?

Les frères Cooper ont aussi discuté avec la Société du Plan Nord (SPN) pour redémarrer l’ancienne usine de bouletage de Cliffs Natural Resources, à Sept-Îles, rachetée par le gouvernement en février. Mais au lieu d’y transformer du minerai canadien, ils voudraient y importer du fer... du Cameroun.

Sur son site internet, la SIM affirme pourtant qu’elle veut s’installer au Québec pour le fer de la fosse du Labrador. Mais dans une lettre à ses partenaires qu’a obtenue notre Bureau d’enquête, EJL Cooper tient un autre discours.

«L’objectif est de transformer le minerai du projet Ntem dans les installations de la SIM au Canada», écrivait-il en avril. L’homme d’affaires détient près de 20 % de ce gisement au Cameroun.

La SPN confirme des discussions avec les frères Cooper et ajoute qu’ils ont signé «une entente de confidentialité». Les pourparlers seraient cependant au point mort, selon nos informations.

L’attachée de presse du ministère des Ressources naturelles Pierre Arcand, Véronique Normandin, assure que des «vérifications diligentes» seraient effectuées avant toute signature et que la transformation du fer de la fosse du Labrador est prioritaire pour Québec.