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Il faut agir et non consulter

Plusieurs dénoncent une autre consultation du gouvernement dans les CHSLD au lieu de gestes concrets

Guy Deguire croit que le manque de personnel au centre où vit son épouse Teresa Internoscia met en danger sa sécurité.
photo benoit philie Guy Deguire croit que le manque de personnel au centre où vit son épouse Teresa Internoscia met en danger sa sécurité.

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Hugo Duchaine et Benoît Philie

Le coup de barre qu’entend donner Québec dans les mauvaises conditions de vie des CHSLD, comme les bains au noir et les patates en poudre, est trop peu, trop tard dénoncent patients et syndicats.

«On le sait déjà ce qu’il faut faire. On ne fait que gagner du temps pendant qu’on continue de traiter nos aînés de façon honteuse», tonne le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.

Lundi, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé que les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) les plus performants seront visités cet automne pour trouver les meilleures pratiques et les étendre au reste de la province. Il compte les mettre en place dès l’an prochain.

Que ce soit pour le ratio de personnel, l’horaire des bains ou l’alimentation, le ministre veut faire «le mieux possible à l’intérieur des moyens du gouvernement», a-t-il précisé, réclamant aussi 790 millions $ au fédéral pour y arriver.

Besoin du fédéral

Du même coup, il tire à boulets rouges sur son homologue fédéral, Jane Philpott, qu’il dit «incapable de s’engager à décaisser les montants promis».

Gaétan Barrette a martelé qu’il aura besoin de cet argent pour répondre aux besoins urgents dans les CHSLD et les soins à domicile, alors qu’il se décrit «en opposition et non en collaboration», avec la ministre fédérale.

Parmi les bons exemples qui existent déjà, il a souligné que certaines régions prennent en charge un aîné avec des soins à domicile dès qu’il se présente à l’urgence avec un problème de santé.

Le ministre a toutefois refusé de préciser les endroits qui font bonne figure.

Inaction décriée

«Le ministre a mis le feu un peu partout et là il veut jouer au pompier», dénonce la présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Carolle Dubé.

Elle rappelle que le ministre a multiplié les compressions dans les CHSLD et les soins à domicile. Mme Dubé se demande maintenant si les meilleures pratiques seront réellement trouvées en fonction de la qualité de vie des patients ou de leur impact sur le portefeuille du gouvernement.

Par ailleurs, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) estime quant à elle que de mettre les établissements en concurrence n’offrira pas plus de ressources.

Pour sa part, la Coalition avenir Québec croit que le gouvernement se tourne les pouces depuis 29 mois avant d’enfin s’intéresser aux aînés.

«Malgré les problèmes déjà soulevés et bien connus de la population, on nous annonce des consultations et des visites de courtoisie, alors qu’il est temps de poser des gestes concrets», se désole le député de Lévis, François Paradis.

Il dénonce le manque de personnel

Robert Tremblay, qui vit en CHSLD, croit qu’il faudrait plutôt poser des gestes concrets dès maintenant.
photo benoit philie
Robert Tremblay, qui vit en CHSLD, croit qu’il faudrait plutôt poser des gestes concrets dès maintenant.
Peu importe les bonnes pratiques qui peuvent être mises en place dans les CHSLD, il faut surtout plus d’employés, clame un homme dont la femme vit en hébergement depuis plus de quatre ans.

«S’il n’y a pas personne, même si tu tires sur la cloche, t’auras pas d’aide», déplore Guy Deguire, un résident de Laval.

L’homme de 82 ans a dû placer sa femme Teresa Internoscia au Centre d’hébergement Idola-Saint-Jean, puisqu’il n’arrivait plus à prendre soin d’elle seul.

Si l’endroit est propre, sert de la bonne nourriture et a des employés dévoués, il manque selon lui cruellement de préposés aux bénéficiaires.

«Ma femme est tombée de huit marches dans son fauteuil roulant. Elle s’est cassé la hanche et elle est restée par terre une heure avant qu’on ne la trouve», raconte M. Deguire.

Lorsqu’elle marchait encore, il n’était pas rare que celle-ci réussisse facilement à sortir du centre sans être vue, raconte-t-il. M. Deguire ajoute qu’il a déjà dû aller chercher sa femme deux kilomètres plus loin.

Le temps presse

Pour Robert Tremblay, qui vit en CHSLD depuis 14 ans à la suite d’une erreur médicale, le gouvernement doit se dépêcher pour améliorer les conditions de vie, et surtout, la nourriture servie aux aînés.

L’homme de 56 ans a recueilli environ 1685 noms sur une pétition électronique qu’il a lancée afin que son établissement, mais aussi tous les CHSLD du Québec, cesse de servir des pommes de terre déshydratées, entre autres. Il réclame aussi des repas sains et équilibrés.

M. Robert dit qu’il a remarqué au fil des ans que de moins en moins de fruits frais et de viandes, comme le veau, sont au menu.

«Ce sont de belles paroles du gouvernement, mais il faut qu’elles deviennent bientôt des actions, car pour nous, c’est notre dernier recours», plaide Robert Tremblay.

Mauvais exemples

Des patates en Poudre

Le Journal a révélé en juin que les raisins, le chou-fleur, le bacon et le veau avaient été retirés du menu de 12 CHSLD de Montréal parce qu’ils coûtaient trop cher. Même les vraies patates pilées avaient été remplacées par des pommes de terre déshydratées.

Bains au noir

En avril 2015, le député caquiste François Paradis soulignait que des préposés aux bénéficiaires de certains CHSLD des Laurentides se faisaient payer en argent comptant en dessous de la table par des aînés vulnérables qui souhaitaient obtenir un deuxième bain dans la même semaine.

Manque de personnel

Les syndicats ont maintes fois dénoncé les compressions dans les CHSLD et les soins à domicile, qui entraînent selon eux une surcharge de travail chez les employés et un manque de surveillance et de soins pour les aînés.

Exemples à suivre

Repérage dès l’urgence

En conférence de presse, le ministre Barrette a souligné qu’une région s’assurait d’offrir des soins à domicile à un aîné aussitôt qu’il se présente à l’urgence avec un problème de santé. Dans certains cas, l’équipement médical nécessaire est même déjà installé à la maison avant que le patient ne quitte l’hôpital.

Une urgence pour aînés

La directrice adjointe du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Marie-France Simard, souligne qu’un projet-pilote d’urgence gériatrique vient d’être mis en place. Il s’agit d’un endroit où les aînés qui reçoivent des soins à domicile peuvent se rendre s’ils ont besoin d’une consultation urgente, sans avoir à se rendre à l’hôpital.

Des fiches de patients

Toujours au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, des préposés aux bénéficiaires ont remporté un prix pour avoir créé des fiches simples avec des pictogrammes laissés devant les chambres des patients. Ainsi, les employés peuvent rapidement connaître les besoins d’un patient sans lui reposer les mêmes questions.

Le Québec compte environ 40 000 aînés en CHSLD. Le triple de personnes âgées reçoit des soins à domicile.