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La cyberattaque contre Yahoo, nouveau coup dur pour un groupe en déclin

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Photo Archives / REUTERS

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La cyberattaque sans précédent menée contre Yahoo plombe encore davantage un groupe déjà sur le déclin et pourrait bien affecter la vente de son cœur de métier au géant Verizon.

«C’est une claque monumentale pour Yahoo et pour sa marque», affirme Patrick Moorhead, analyste chez Moor Insights & Strategy, selon qui le groupe américain a «trahi la confiance» de ses utilisateurs et risque d’en payer le prix fort en perdant des clients.

Deux ans après les faits, le groupe internet a reconnu jeudi avoir été victime d’une attaque informatique qui a affecté 500 millions de comptes de ses utilisateurs, dont certaines données personnelles ont été dérobées.

Yahoo n’avait guère besoin de ça. Pionnier d’internet, le groupe fondé en 1994 a, un temps, été la référence en matière de moteur de recherche et affolait les compteurs avec une valorisation boursière de 125 milliards de dollars.

Mais il ne s’est toutefois jamais remis de l’arrivée de Google, qui l’a détrôné et ringardisé.

Ce nouveau coup dur tombe par ailleurs au plus mauvais moment. Fin juillet, Yahoo a annoncé la vente de son cœur de métier, Yahoo Mail et Yahoo News, au géant américain des télécoms Verizon pour 4,8 milliards de dollars. Mais cette transaction pourrait désormais avoir du plomb dans l’aile.

«Verizon doit être furieux. Mais ils n’en parleront pas publiquement, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu», assure M. Moorhead, qui s’attend à une renégociation à la baisse du prix de vente.

Dissimulation

Son collègue Roger Kay, d'Endpoint Technologies Associates, va plus loin. Selon lui, Verizon pourrait désormais y songer à deux fois avant de racheter des actifs qui ont perdu de la valeur après la cyberattaque.

«Si j’étais à la place de Verizon, je me poserais des questions, car ce sont des actifs en voie de décomposition. Ils perdent de la valeur avant même d’avoir été vendus», dit-il.

La position de Yahoo est d’autant plus inconfortable que le groupe va devoir par ailleurs expliquer pourquoi il lui aura fallu près de deux ans pour révéler l’existence de ce piratage géant.

Un sénateur américain, Mark Warner, s’est ainsi ému que «le public soit seulement informé aujourd’hui» et a appelé à mettre en place une règle contraignant à une information plus rapide sur les cyberattaques.

Quelle que soit sa ligne de défense, Yahoo n’en sortira pas indemne, estime M. Moorhead.

«Soit ils savaient et n’ont rien dit. Soit ils ne s’en sont pas rendu compte, auquel cas ils ont un problème de détection», détaille-t-il.

Les dégâts pourraient être de taille pour Yahoo et sa PDG, Marissa Mayer, qui a pris les rênes du groupe en 2012 mais n’a jamais réussi à lui redonner son lustre d’antan.

«Comme dans beaucoup de scandales, ce ne sont pas les faits en eux-mêmes qui posent problème, mais les tentatives de les dissimuler», assure Scott Galloway, professeur de marketing à la School of Business de l’Université Stern de New York.

«Le temps entre la découverte de l’attaque et sa révélation fait vraiment penser à une manœuvre de dissimulation», assure-t-il.