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Le poids de l’histoire

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Photo AFP Comment prendre à la légère une équipe qui compte sur Alex Ovechkin (photo) et ­Evgeni Malkin ?

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Un match entre le Canada et la Russie n’a pas la même signification qu’un match entre le Canada et l’Union soviétique. Mais le poids de l’histoire pèse quand même sur la rencontre de demain à Toronto.

Bien sûr, les jeunes amateurs sont déçus de ne pas retrouver les nouveaux chouchous du hockey dans ce match contre Équipe Canada. Les jeunes de 23 ans et moins d’Amérique du Nord ont fait vibrer tout le monde depuis le début du tournoi. Ils ont été rapides, spectaculaires et passionnés.

Mais Canada contre Russie demeure un grand classique même si depuis la chute du Rideau de fer, le hockey russe a subi une transformation de fond en comble.

LE MÉLANGE DES SYSTÈMES

Ça fait toujours drôle d’entendre les analystes et les commentateurs parler du jeu individuel des vedettes russes et de leur incapacité à établir un jeu collectif dans les grands tournois internationaux.

Drôle parce que ce sont justement les Soviétiques qui ont révolutionné le hockey de la Ligue nationale à partir de 1972. Quand ils ont flanqué une raclée au Canada de 7 à 3 un soir de septembre dans un Forum sous le choc, ils ont provoqué un tsunami.

C’est lors de ce mois fabuleux de la Série du siècle qu’on a découvert avec stupeur que le joueur le plus dangereux sur une patinoire était celui qui n’avait pas encore la rondelle. C’est là qu’on a appris que les ailiers pouvaient jouer en diagonale, que le jeu de corridors était dépassé. On n’a pas idée de ce que les Soviétiques ont provoqué.

Les leçons ont été profitables. Scotty Bowman, Fred Shero et les autres entraîneurs de la LNH se sont mis à participer à des séminaires et des colloques en Europe pour étudier ce nouveau hockey. Le style nord-américain et le style soviétique se sont mêlés pour donner le formidable hockey qui se joue maintenant partout sur la planète à quelques variantes près.

LE JEU COLLECTIF

Le hockey soviétique était l’incarnation du jeu collectif. Il est devenu trop individualiste. Les coachs russes savent encore former de formidables joueurs, mais ils ont moins d’autorité et moins de temps pour souder ces grands joueurs dans un tout cohérent.

On le voit aux Jeux olympiques et à cette Coupe du monde.

Alors que du côté canadien, sans doute à cause de la qualité du coaching de l’équipe formée autour de Mike Babcock, le concept collectif n’a jamais été aussi fort. Comme ce fut le cas à Sotchi d’ailleurs. Le mérite des joueurs, tous des vedettes dans leurs équipes respectives, est d’accepter ce concept et de s’y plier quitte à sacrifier leur gloire personnelle et leurs statistiques individuelles.

C’est justement ce sacrifice que les joueurs russes modernes ne semblent plus prêts à faire. Peut-être que leurs pères ont trop donné à l’entraîneur tortionnaire Victor Tikhonov au nom de la gloire du communisme?

UNE VICTOIRE DU CANADA ?

Affronter la Russie a quelque chose de noble. Il est certain que les joueurs du Canada ne pécheront pas par excès de confiance. Le poids de l’histoire est trop lourd sur leurs épaules. Et puis, comment prendre à la légère une équipe qui compte sur Alexander Ovechkin et Evgeni Malkin? Sans compter le reste de la formation qui s’appuie sur un solide gardien comme Sergei Bobrovski.

Mais le Canada est très fort. La défense choisie par Babcock est sans doute la meilleure depuis les grandes années du trio Savard-Lapointe-Robinson auquel s’ajoutaient Denis Potvin et Bobby Orr. Mais la défense dans une équipe choisie et dirigée par Babcock est le travail de 20 joueurs. Tout le monde reste conscient que pour vaincre après avoir concédé un seul petit but, il faut toujours en marquer deux.

De toute façon, gagne ou perd, ça va être spécial.