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Saint-Barthélemy en toute saison

Saint-Barthlemy Gustavia
Photo Fotolia Gustavia

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SAINT-BARTHÉLEMY | Tout ce que vous avez entendu à propos de Saint-Barth, cette île antillaise hors pair – et hors de prix –, est vrai : les yachts aux allures de paquebots amarrés au port de Gustavia; les villas accolées aux collines vertigineuses qui se louent 50 000 $ la semaine ; les stars de cinéma et géants de la finance qui arrivent en hélicoptère, ayant dû, pauvres chéris, laisser leurs jets privés sur l’île voisine de Saint-Martin.

Dire que Saint-Barthélemy coûte cher reviendrait à dire que les eaux des Caraïbes sont azurées.

Mais s’il y avait un moyen de visiter ce joyau des Antilles sans forcément se ruiner?

Il suffit, mes amis, de visiter Saint-Barthélemy hors saison! Et je peux vous garantir que c’est beaucoup plus agréable que lorsque la petite île déborde de beau monde.

C’est ce que je fais moi-même depuis 30 ans, car bien avant que je monte la Barbecue University dans les montagnes du Colorado, avant même que j’allume mon premier barbecue, je dirigeais ­Cooking in Paradise (La Cuisine au ­paradis), une école de cuisine à Saint-Barthélemy.

Un petit coin de France

La haute saison commence fin ­novembre et court jusqu’à Pâques. ­Comptez un budget presque deux fois plus élevé que celui que vous auriez à prévoir en été, alors que le jet-set aura déjà mis les voiles vers Nantucket ou Ibiza.

Vous trouverez la même île avec ses côtes vertigineuses, ses petites routes ­sinueuses, ses panoramas montagnards à couper le souffle et ses plages au sable fin comme du sucre.

Vous trouverez aussi un petit coin de France avec sa bonne gastronomie et son art de vivre français au cœur des ­Antilles.

Certes, il fait un peu plus chaud en été qu’en hiver (mais pas beaucoup), mais après avoir survécu à l’hiver du Québec, un peu de chaleur sera la bienvenue.

À l’inverse des îles avoisinantes, comme Saint-Martin et Saint-Kitts, Saint-Barthélemy ne possède pas de sources naturelles d’eau douce. Pendant des siècles, les Taïnos, suivis par les pirates et les paysans normands, ont dû lutter férocement pour récupérer les rares gouttes de pluie tombées sur la terre rocheuse dans de grandes citernes en pierre. Aujourd’hui, l’eau douce vient d’un grand centre de dessalement basé au port commercial.

«Découverte» en 1493 par Christophe Colomb, qui lui a donné le nom de son frère Bartolomeo, Saint-Barthélemy est restée des siècles durant à l’écart du ­développement des Antilles. Ses collines à pic et sa terre aride étaient peu propices à la culture de la canne à sucre. Les grandes plantations et l’esclavage à ­grande échelle n’existaient pas ici.

En fait, la petite île (à peine 25 km2) avait si peu de valeur pour la France que le roi Louis XVI l’a cédée aux Suédois en 1784 en échange des droits de port libre à Stockholm. (La Suède l’a redonnée aux Français en 1873.) Les traces de la ­période suédoise sont toujours visibles à Gustavia (ville nommée en l’honneur du roi suédois Carl Gustav) à travers son architecture et les noms de ses rues.

Il y a deux moyens d’aller à Saint-­Barthélemy: en avion ou en bateau. Le bateau coûte certes moins cher, mais je vous conseille de prendre l’avion pour un vol d’à peine 10 minutes et dont vous garderez le souvenir toute votre vie. La descente­­ précipitée vous conduit à ­peine quelques mètres au-dessus d’une colline rocheuse, au nom approprié de «La Tourmente», sur une piste donnant sur une baie d’un bleu éblouissant.

Avec cette arrivée dramatique, Saint-Barthélemy s’offre à vos yeux émerveillés.

La ville et les plages

Gustavia
Photo courtoisie Steven Raichlen
Gustavia

Une fois vos valises rangées, mettez le cap sur la ville principale de Saint-Barthélemy: Gustavia.

Connue pour ses maisons aux toits rouges tassées autour d’un port plein de yachts et de voiliers, Gustavia fut pendant plus de deux siècles le centre commercial de l’île. Aujourd’hui, les joailleries et enseignes de luxe ont remplacé les ateliers marins, mais la ville garde un charme et une intimité peu communs aux Antilles.

Dans une boutique de Saint-Barthélemy.
Photo courtoisie Steven Raichlen
Dans une boutique de Saint-Barthélemy.

Première destination: Le Select, bar qui sert d’escale à tous les locaux et visiteurs à Saint-Barthélemy. On raconte que Le Select, fondé en 1949 par Marius ­Stackpole (aujourd’hui nonagénaire), a inspiré Jimmy Buffet pour sa célèbre chanson Cheeseburger in Paradise. ­Entouré de boutiques de luxe, on vous y sert des ­boissons, burgers et sandwiches à prix plus que raisonnables.

Le Select
Photo courtoisie Steven Raichlen
Le Select

Trop populaire à votre goût? Installez-vous à la terrasse du Bar de l’Oubli à côté, d’où vous pouvez surveiller la course ­frénétique des motos, ATV et 4x4, car les habitants de Saint-Barth comme les visiteurs passent immanquablement par là.

L’autre village à ne pas manquer est Saint-Jean, centre commercial qui a grandi autour de la bellissime baie Saint-Jean.

On peut alors s’installer sur la plage Saint-Jean, où la température de l’eau donne la sensation d’entrer dans une ­baignoire. Si vous êtes adepte de musique techno et de foule, vous aimerez le ­Nikki Beach Club.

La boutique Baya à Gustavia
Photo courtoisie Steven Raichlen
La boutique Baya à Gustavia

Les plages

Partout, à Saint-Barthélemy, les plages vous appellent et elles sont parmi les plus belles du monde.

La plus fréquentée par les locaux? La plage Gouverneur.

La plus animée? Les Flamands avec ses vagues déferlantes en face des hôtels de luxe comme le Taiwana et Le Cheval Blanc.

La plus reculée? Colombiers, ou vous devrez suivre un chemin à pied qui part de l’Anse des Flamands et fait le tour d’une falaise. Une fois arrivé, vous trouverez une baie calme où flottent des bateaux à voile et sur la colline à l’extrême gauche, une maison étrange qui appartenait aux Rockefeller.

Et la plage que je préfère, moi? La ­sauvage Salines, où après vous être garé au bord des anciens étangs de sel, vous emprunterez un chemin rocheux ­(attention aux tortues locales) jusqu’à une grande baie en forme demi-lune avec une vue ­magnifique sur les îles avoisinantes qui vous laissera muet. Salines est la plage ­traditionnellement nudiste de l’île.

Une gastronomie savoureuse

Avez-vous faim? Appartenant à la ­France outremer, Saint-Barthélemy ne vous laissera pas en plan. Il y a des ­restaurants français chers, bien sûr, qui font venir la plupart de leurs ingrédients de France ou des États-Unis. En règle générale­­, je les évite et me dirige plutôt vers des restos où l’on peut ­déguster les plats locaux.

Première destination: Eddy’s Ghetto, géré par Eddy Stackpole, fils du fondateur du Select. Il y a plus de 20 ans, Eddy a créé ce jardin féerique décoré avec des meubles de Bali. Oui, vous y trouverez du colombo (cari antillais), du poisson local et même parfois le cabri.

Eddy’s Ghetto
Photo courtoisie Steven Raichlen
Eddy’s Ghetto

Eddy (reconnaissable par son casque de cheveux poivre et sel) fut le premier restaurateur à dire non aux prix fous des restaurants français, et sa cuisine antillaise asiatique abordable attire toujours du monde.

Eddy Stackpole à droite, fondateur du Eddy’s Ghetto, avec son fils.
Photo courtoisie Steven Raichlen
Eddy Stackpole à droite, fondateur du Eddy’s Ghetto, avec son fils.

Autres bonnes adresses à Gustavia: Do Brasil, restaurant latino-brésilien créé par le chanteur-tennisman Yannick Noah et installé sur la Plage aux Galettes ­(n’oubliez pas de réserver votre table au bord de l’eau). Bonito, restaurant reconnu pour sa cuisine latino-moderne et son ambiance animée par un DJ. Pour des ­sushis, il y a BAZ (Le Bete a Z’Ailes), ­restaurant-bar qui donne directement sur le port avec musique chaque soir. Pour une pizza et des plats italiens simples, allez au populaire Isoletta (frère cadet du célèbre restaurant italien Isola), où l’on achète la pizza au mètre.

Les rhums exotiques du M'Bolo.
Photo courtoisie Steven Raichlen
Les rhums exotiques du M'Bolo.

Pour déguster la vraie cuisine créole, dirigez­­-vous vers Le Grain de Sel à Salines­­, où Eddy Cocuin, chef originaire de Marie Galante en Guadeloupe, prépare des plats traditionnels, comme les acras ­(beignets de morue), la fricassée de ­lambi, les ouassous (écrevisses géantes de Guadeloupe) et le tourment d’amour ­(gâteau à la noix de coco) en dessert. ­Arrivez tôt, de préférence à midi, car le service est assez relax.

Impossible pour ceux qui, comme moi, connaissent Saint-Barthélemy depuis 30 ans, de ne point se plaindre que l’île n’est plus ce qu’elle fut. C’est sûr qu’on n’y croise plus ces femmes de Saint-Barthélemy­­ qui portaient des robes calicots délavées, des chapeaux de paille brodés­­ à la main et qui marchaient pieds nus. Les petites fermes où broutaient autrefois des cabris sont maintenant devenues des villas de luxe à 10 millions de dollars et les petites routes en béton qui serpentent sur l’île, où l’on ne voyait que de rares Mokes (voiture d’antan ouverte aux ­éléments), voient désormais défiler des voitures modernes jour et nuit.

Malgré tout, Saint-Barthélemy reste un endroit de rêve par lequel je me sens attiré tous les ans.

Où dormir

Pour vous loger, à vous de choisir entre hôtel ou villa. Moi, je me dirige toujours vers le Sereno Beach, hôtel d’un luxe restreint et d’une simplicité zen qui donne directement sur le Grand Cul de Sac. Si vous êtes passionné de kite surf, planche à voile ou kayak, il n’y a pas de baie plus calme ni plus adaptée à ces activités nautiques sur l’île.

Pour un hébergement plus abordable, on peut se tourner vers Les Îlets de la Plage, Hôtel Émeraude Plage, ou le populaire Les Mouettes. Bon nombre d’hôtels, dont le ­Sereno, proposent des offres ­spéciales (15 % à 30 % de réduction) en basse saison.

Si vous venez en famille, vous serez peut-être plus à l’aise dans une villa. Bien heureusement, toutes ne se louent pas à 50 000 $ la semaine! Hors saison, vous pourrez trouver une villa de trois chambres à coucher à partir de 3000 $. Consultez les sites web des agences immobilières comme Sibarth, Ici et La Villas, ou Casamia Villa Rental pour vous donner une idée des options.

Hôtels

Agences immobilières

Saint-Barthélemy

Population : 9132 habitants

Langue parlée : français


Steven Raichlen est l’animateur de l’émission Le Maître du Grill sur Zeste et l’auteur d’une trentaine de livres, y compris Barbecue, La Bible du barbecue, Guide de survie pour les hommes. Son site web: www.stevenraichlen.com