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Vivre ensemble ou le vivre-ensemble?

people enjoying coffee together with friends (focus on woman's e
photo courtoisie

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Je ne vais pas vous assommer avec une leçon d’orthographe mais le terme ‘vivre ensemble’, une de ces expressions portefeuilles dont notre époque s’entiche, séduite par le flou qui passe pour de la profondeur intellectuelle, sème la confusion.

Vivre ensemble ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Vivre ensemble et pratiquer le vivre-ensemble sont deux choses distinctes.

Avec un trait d’union

L’expression ‘le vivre-ensemble’, dernier ajout au lexique multiculturel, qu’un simple trait d’union transforme en nom commun masculin, décrit le minimum vital requis pour vivre en paix avec ses voisins, mais sans avoir à s’y investir outre mesure.

Pensons aux Juifs hassidiques d’Outremont et du Mile End. Jamais cette communauté ne va s’intégrer (je vois les hassidim comme des moines bouddhistes coupés volontairement du monde) mais elle a le bon sens ne pas imposer de contraintes à la majorité, ne prépare pas d’attentats et paie ses impôts.

Le ‘vivre-ensemble’ pourrait tout aussi bien s’appeler le ‘vivre-à-côté’. On se salue d’un mouvement de la tête, méfiants. On parle brièvement de la pluie, du beau temps et du prix de l’essence mais sans jamais pénétrer dans l’intimité de l’autre, faute d’ancrages communs.

Ce vivre-ensemble appelle l’inclusion : ‘prenez-moi comme je suis’, bien loin de l’intégration : ‘je veux me joindre à vous et je changerai ma vie et adapterai mes croyances pour y arriver’.

Sans trait d’union

Et puis il y a ‘vivre ensemble’, verbe et adverbe sans trait d’union, qui décrivent l’action de vivre au sein d’une communauté en adoptant ses valeurs et ses marqueurs culturels sans pour autant se fondre en elle.

Les Italo-Canadiens et nous, par exemple, vivons ensemble depuis un siècle.

Vivre ensemble, interchangeable avec ‘vivre avec’, prévoit, par exemple, d’inviter les voisins, disons les Berardinuccis, pour un BBQ karaoke le samedi soir. Il y a une langue commune, le français, des habitudes alimentaires communes, tout le monde aime les côtes levées, le vin rouge et les canolis, et tous connaissent les paroles de Gigi L’amoroso. Assez d’éléments en commun pour que la colle colle.

Mais les Berardinuccis, ici depuis les années 1920, n’ont pas abandonné toutes les coutumes emportées dans les bagages des aïeuls. Ils ne fêtent pas Noël tout à fait comme nous : le repas débute par de la lasagne, pas de la tourtière. Un panetone moelleux remplace le gâteau aux fruits. Ils aiment les oranges sanguines, les tagliatelles à l’encre de seiche et vont célébrer la première communion du petit Marco en mai comme si c’était un mariage royal.

Et pourquoi pas ? Devons-nous tous être identiques pour être d’authentiques Québécois ?

Certains nationalistes défendent l’idée d’assimilation à la française et souhaitent que les nouveaux venus jettent leur ancienne vie à la poubelle, au point de ne plus donner de noms dits étrangers à leurs enfants. Ce serait Louis au lieu de Luigi, Christian au lieu de Mohamed, Julie au lieu de Perséphone.

L’histoire ne dit pas ce qu’ils feraient des ‘de souche’, comme mes enfants qui s’appellent Ingrid, parce que j’aimais Ingrid Bergman et Devon parce qu’elle a été conçue dans le Devonshire.

Le vivre-ensemble, c’est mieux que rien. Mais vivre ensemble en s’enrichissant mutuellement, sans toutefois perdre de vue que le Québec est une nation francophone d’Amérique du nord, de traditions autochtone et judéo-chrétienne, qui mérite d’être intégrée, c’est encore mieux.

Sinon, pourquoi venir ici ?