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Deux cols bleus de Montréal auraient reçu des pots-de-vin

Les travailleurs auraient obtenu ces «pourboires» contre des faveurs à des entrepreneurs

L’un des cols bleus arrêtés pour avoir présumément reçu des pots-de-vin travaillait à ce clos de voirie de l’arrondissement Ville-Marie.
Photo martin chevalier L’un des cols bleus arrêtés pour avoir présumément reçu des pots-de-vin travaillait à ce clos de voirie de l’arrondissement Ville-Marie.

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Deux cols bleus de Montréal viennent d’être arrêtés pour avoir présumément accepté des «pourboires» de la part d’entrepreneurs en construction, a appris notre Bureau d’enquête.

Trois ans après la fin de la commission Charbonneau, la métropole n’est pas débarrassée des problèmes de corruption.

La Ville affirme que ses deux employés ont été arrêtés au cours des dernières semaines. L’un a été congédié, l’autre a pris sa retraite avant que l’employeur ait eu le temps de le mettre à la porte.

Selon des sources bien au fait du dossier, les deux cols bleus travaillaient au service de l’aqueduc et auraient accepté des sommes d’argent liquide de 100 $ et plus de la part d’entrepreneurs en construction.

En échange, ils auraient raccordé plus rapidement certains chantiers au réseau de la Ville.

L’un des employés visés travaillait à l’arrondissement de Ville-Marie. Son identité sera rendue publique après sa comparution, prévue plus tard en octobre.

Joint hier, le tuyauteur a refusé de s’expliquer. «Non, je ne suis pas intéressé à en parler», s’est-il contenté de dire.

Vaste réseau?

Sous le couvert de l’anonymat, deux cols bleus nous ont affirmé qu’il s’agissait là d’une pratique courante et que plusieurs de leurs collègues ainsi que des contremaîtres étaient questionnés par les autorités dans ce dossier.

«À ce que je sache, ça a toujours fonctionné comme ça à l’aqueduc, avec des pourboires donnés aux employés. Plusieurs compagnies sont impliquées», a indiqué l’un d’eux.

Le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal n’a pas répondu à notre demande d’entrevue, hier.

Gestes criminels

La Ville de Montréal et le Bureau de l’inspecteur général n’ont pas voulu confirmer si une enquête était toujours en cours de leur côté.

C’est le Bureau du contrôleur qui a été avisé de ce stratagème ayant mené à des «gestes de nature criminelle» et qui a ensuite contacté les autorités policières, a indiqué la Ville.

Ce sont des policiers de l’Escouade de protection de l’intégrité municipale (EPIM), rattachés à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui ont mené l’enquête à bien.

«La Ville de Montréal et le Bureau du contrôleur général travaillent en étroite collaboration avec les autorités policières pour mettre fin à toute situation illégale», a commenté Gonzalo Nunez, porte-parole de la Ville.

Ce dernier promet plus de détails concernant le dossier et les chefs d’accusation lorsque la comparution aura eu lieu.

Plusieurs cas de corruption à Montréal

Montréal a été secouée par plusieurs cas d’employés corrompus au cours des dernières années. En voici quelques exemples:

  • Les ex-ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant ont été radiés pour 10 et 5 ans, respectivement, de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). En 2013, ils avaient admis devant la commission Charbonneau avoir touché pour plus de 500 000 $ en pots-de-vin d’entrepreneurs alors qu’ils travaillaient à la Ville de Montréal.
  • Gilles Vézina a également été radié pour trois ans de l’OIQ en 2014. L’ex-fonctionnaire de la Ville avait reconnu à la commission Charbonneau avoir reçu plusieurs cadeaux d’entrepreneurs dans le cadre de son travail.
  • L’ex-surveillant de chantier François Thériault a plaidé coupable à des accusations de fraude, de complot de fraude et de parjure en mars 2015. Il a reçu une sentence de 12 mois de prison. Il avait favorisé des compagnies de construction au détriment de son employeur en 2006 et 2007.
  • Gilles Parent, ex-chef de la section de la planification stratégique à la Division du service informatique, a été congédié en 2008 et a plaidé coupable en 2012 à une fraude de 4,6 M$ en lien avec l’attribution et l’administration de contrats de la Ville.

Le «pourboire» des cols bleus

Voici en quoi consiste le stratagème auquel auraient participé des cols bleus de la Ville de Montréal.

L’entrepreneur remettrait un pot-de-vin d’un montant variable à l’employé de la Ville œuvrant au service de l’aqueduc. Dans le jargon, on parle d’un «pourboire».

En échange, l’employé aurait offert un traitement préférentiel à la firme afin de la faire passer en priorité et d’accélérer les travaux requis comme:

  • Le branchement au réseau d’aqueduc pour l’accès à l’eau potable
  • Le raccordement des gicleurs au service de l’aqueduc
  • Le raccordement des systèmes de refroidissement au service de l’aqueduc