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La fin du vol du siècle au Québec: IAF-Biochem Pharma (première partie)

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La vraie nature de nos politiciens

Nos gouvernements n'agissent pas souvent par idéologie, car ils n’en ont pas. Ils s'activent, hélas, trop souvent par ignorance et par manque d'envergure intellectuelle. De ce fait, ils ne font que suivre la parade et la mode telles que véhiculées par la classe dominante qui contrôle et se paie tout, des médias aux politiciens, des universitaires aux supposés groupes de citoyens et écologiques. Ils embauchent des milliers de lobbyistes et «investissent» des milliards en publicité, ce qui est en fait de la propagande. Ils ne connaissent absolument rien à la notion de bien commun, si ce n'est celui propagé par le patronat et les mercenaires de tout ordre au service de l'élite. Ces politiciens se font alors, par automatisme, les haut-parleurs de la caste supérieure afin d'anesthésier encore plus la population à qui on impose des politiques qui appauvriront davantage les gens et accroîtront les inégalités économiques. Pensons ici aux privatisations d'instruments collectifs et de services publics; à la déréglementation du marché du travail et à l'affaiblissement des syndicats; à la promulgation de politiques fiscales régressives et la tolérance absolue à l'évasion fiscale dans les paradis fiscaux; au décloisonnement des institutions financières et les traités de libre-échange; à toujours moins de lois en environnement et au laissez-faire face à la corruption et à la collusion, etc.

Ou encore, on a trop de politiciens qui ont vraiment la tête enflée qui aiment côtoyer uniquement les gens riches et célèbres et qui agissent dans le but d'obtenir dans le futur un beau gros job payant dans le privé. Des gens asservis que je vous dis. D'ailleurs, la majorité des députés proviennent et retournent au privé. Ils font leur «service» politique. D'ailleurs, les candidats vedettes de tous les partis politiques proviennent du privé comme celui des institutions financières des arnaqueurs de premier ordre. Vous pensez vraiment que ces gens ont à cœur le bien commun?

Le pire de tous les vols publics

Même si pour certains IAF-Biochem Pharma ne signifie rien, ce fut mes amis le plus grand vol de biens publics au Québec lors de sa privatisation à des parvenus au début des années 1990. Une autre privatisation pour des miettes, tellement que ça relève du vol en bonne et due forme, à des opportunistes sans expertise en plus, comme ce fut le cas pour tous les permis d'exploration gazière et pétrolière d'Hydro-Québec, Gaz Métro, Provigo, Cambior au Qubec et Air Canada, Canadair, le CN, Téléglobe, Télésat, Les Arsenaux Canadiens, etc. au niveau fédéral. Une fois ces joyaux publics privatisés, les «héritiers» ont reçu plus de subventions publiques que du temps où ils étaient de propriété collective. Alors le mot privatisation n'a de privé que le nom, car ces «entrepreneurs» sont branchés au compte bancaire de la population, que ce soit Bombardier, Pétrolia, Gastem, Junex, Air Canada, Résolu et plusieurs autres.

Mes amis, ces politiciens vous ont volé plusieurs milliards de dollars lors de la privatisation en 1990 de l'Institut Armand-Frappier, composante rattachée à l'Université du Québec, qui avait inventé, entre autres, des médicaments contre le sida, à la compagnie nouvellement créée et fortement subventionnée dirigée alors par Franceso Bellini : «BioChem, un succès né dans labos de l'Institut Armand-Frappier» et aussi «IAF BioChem acquiert la division des vaccins d'Armand-Frappier» (La Presse, 12 décembre 2000 et 29 mai 1990). Acquiert pour rien ou presque s'entend. Les gouvernements n'aiment pas le public, même quand c'est un succès comme Hydro-Québec et la Société des alcools du Québec et aussi la santé et la recherche pharmaceutique publiques. Ils préfèrent s'en remettre et nous jeter dans les bras de malfrats formés de compagnies pharmaceutiques gigantesques et d'hôpitaux et de cliniques médicales privées détenus par des fonds d'investissement spéculatifs cotés à la Bourse. Naturellement, à sa naissance et par après, la compagnie «privée» de IAF-Biochem privée fut submergée de fonds publics.

IAF-Biochem devient publique

En 1986, grâce au Régime d'épargne-actions du Québec (REAQ) et d'autres millions en subventions, IAF-Biochem Pharma fait son entrée en Bourse inondant alors leurs dirigeants de milliers d'options d'achat d'actions qui ne leur auront rien coûté et qui sans aucun risque les enrichira de millions de dollars. Ils ne sont pas gênés de vendre leurs options d'achat d'actions à gros profits et souvent comme :

-«Gros lots pour cinq dirigeants de IAF Boochem» (La Presse, 3 février 1992);

-«Biochem: Francesco Bellini passe à la caisse» (La Presse, 14 février 1994);

-«Quatre administrateurs de Biochem passent à la caisse» (La Presse, 26 septembre 1994);

-«Des administrateurs de Biochem Pharma liquident une portion de leurs portefeuilles d'actions» (La Presse, 1er février 1993);

-«Forte activité dans la biotechnologie» (La Presse, 16 mars 1992);

-«Incroyable, mais vrai (Biochem)» (La Presse, 7 novembre 1994).

Tous ces articles avaient été rédigés par Michel Girard du temps où il était à La Presse avant de transférer ses pénates au Journal de Montréal.

Écoutez mes amis, la dilapidation de IAF-Biochem Pharma fut un tel fiasco que même Jean-Paul Gagné, alors rédacteur en chef du journal Les Affaires et étant reconnu comme un conservateur de droite avait décrié ce vol pour lequel les élus, qui ont été les instigateurs de cette transaction crapuleuse, devraient être en prison. C'est ce que je crois. Tiens, Jean-Paul Gagné a en autres signé ces deux éditoriaux :

-«Biochem: une histoire fabuleuse qui tourne mal» (23 décembre 2000);

-«Biochem: nous avons déjà été floués deux fois, c'est assez» (6 septembre 2003).

La vente à l'anglaise Shire pour 5,9 G$

Au lieu de grandir comme compagnie québécoise sur les découvertes de l'Institut Armand-Frappier et d'acheter d'autres compagnies étrangères avec l'appui du gouvernement du Québec, de la Caisse de dépôt et placement, d'Investissement Québec, du Fond de solidarité FTQ et de Fondaction, ben non, les dirigeants d'alors, voulant faire la passe vite, vendent au mois de décembre 2000 ce joyau québécois à la pharmaceutique anglaise Shire pour 5,9 milliards $: «BioChem Pharma passe sous le contrôle de la Britannique Shire» (Le Journal de Montréal, 12 décembre 2000). Vendue bien évidemment avec la bénédiction béate des élus québécois comme ce fut le cas pour Rona, Alcan, Cambior, Rona, St-Hubert, etc.

Et les gagnants sont...

Pas besoin de chercher bien loin pour savoir à qui a profité ce délestage: «Les dirigeants de BioChem Pharma empocheront plus de 325 millions $» (Les Affaires, 12 décembre 2000). Attention, 325 petits millions auxquels s'ajoutent naturellement les généreuses et démoniaques primes de départ et les millions de dollars que ces arrivistes ont empochées dans le passé lors de la vente sur le marché de leurs options d'achat d'actions qu'ils avaient obtenues gratuitement. Ces millions et ces milliards de dollars volés à la population, ça c'est un fait.

Un autre fait est que Francesco Bellini et Power Corp. de la famille Desmarais sont des amis de longue date. Et comme le hasard fait bien les choses, lors de la vente de Biochem à l'anglaise Shire: «Power fait un gain de 65 millions $ en quelques mois» (Les Affaires, 23 décembre 2012). Au premier paragraphe est écrit ceci: «Pas de doute possible. Paul Desmarais a du flair (sic). Power Corporation s'est portée acquéreur de 2,5 millions d'actions ordinaires de BioChem Pharma un mois (sic) avant que cette dernière ne débute les négociations avec Shire Pharmaceuticals Group».

Pour en ajouter davantage, Francesco, les larmes de crocodile aux yeux après s'être enrichi de plus de 200 millions $ à même notre instrument collectif qui vient nous dire: «Bellini a le cœur brisé...» (La Presse, 12 mai 2001). Le cœur brisé d'avoir vendu et de nous avoir floué. Il pourrait avoir l’humilité de se la fermer.

Toujours les mêmes mensonges des élus

Pour vous endormir au gaz et pour vous «brainwasher», les politiciens d'alors ont dit, comme ce fut le cas avec Alcan, Cambior, Provigo, Rona et d'autres: « Biochem Pharma. Ottawa dit avoir obtenu des garanties de Shire» (La Presse, 12 mai 2001). Garanties mon œil comme vous allez le constater dans mon prochain texte. Et puis: «Les 500 emplois de l'entreprise lavalloise (Biochem Pharma) ne seraient pas menacés» (Le Devoir, 12 décembre 2000). Sont pas menacés, car ils ont tous été transférés ailleurs ainsi que le siège social de la firme. Fini, niet, kaput. Y reste plus rien. Encore une fois, Québécois colonisés vous vous êtes faites bien avoir. Colonisés et ignorants devrais-je ajouter. Ah, même à Québec, le ministre péquiste d'alors de l'Industrie et du Commerce qui vient nous dire: «Le ministre Baril garde l’œil sur Shire-BioChem». Garde l’œil fermé que le journaliste Denis Arcand aurait dû ajouter. Écoutez, la multinationale anglaise Shire n'en a rien à cirer du ministre québécois de l'Industrie et du Commerce. Encore de la frime de nos élus qui font des simagrées et des grimaces après avoir autorisé la transaction, ce qui ne donne rien et ils le savent. C'est avant de permettre la vente qu'il faut négocier serré, ce qu'ils ne veulent pas faire.

Et la fin pour mon prochain texte

C'est comme un téléroman. Par après viendra la fermeture du labo de Biochem à Laval et puis en juillet 2016 ce fut la fin totale par le déménagement du reste de ses bureaux administratifs de Montréal à Mississauga en Ontario et de ses 65 employés. Le tout fut annoncé par une simple brève, un encart dans Le Devoir du 27 juillet 2016: «Shire quitte Montréal». Comment peut-on être autant résignés et se laisser appauvrir collectivement au profit de quelques profiteurs sans rien dire? Désespérant est le mot.

Dans mon prochain texte, nous suivrons les élucubrations de Francesco Bellini après la vente de Biochem Pharma et ses accointances avec Power Corp et les paradis fiscaux, son déménagement en Alberta afin de payer moins d'impôts, les échecs de ses créations pharmaceutiques et son appel déchirant pour recevoir encore et encore de grosses subventions publiques pour ses business. Vous verrez.