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La majorité des chômeurs sont analphabètes fonctionnels

Au Québec, 61% des chômeurs ont des difficultés en lecture, comparé à 56% au Canada

Contrairement à d’autres provinces canadiennes, le Québec n’a aucun programme de formation pour venir en aide aux chômeurs considérés comme analphabètes.
Photo Jean-François Desgagnés Contrairement à d’autres provinces canadiennes, le Québec n’a aucun programme de formation pour venir en aide aux chômeurs considérés comme analphabètes.

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La situation est pire au Québec qu’ailleurs au Canada: la majorité des chômeurs québécois peuvent être considérés comme analphabètes fonctionnels à cause de leurs difficultés en lecture.

Selon Statistique Canada, 61% des chômeurs québécois ont des difficultés en lecture, c’est-à-dire qu’ils n’atteignent pas le niveau de compétences minimales pour bien fonctionner en société. Ils auront de la difficulté à bien comprendre des notes de service, des rapports, des lettres de fournisseurs ou des manuels d’utilisation de nouveaux appareils.

Dans le reste du Canada, cette proportion est plutôt de 56% alors qu’elle est de 52% chez notre voisin ontarien.

Cul-de-sac

«Pour un employeur québécois, ça veut dire qu’il a une chance sur trois de recruter un nouvel employé qui a de bons niveaux de compétences. On se dirige vers un espèce de cul-de-sac», lance Michel Simard, responsable du Centre de recherche et d’expertise en multilittératie des adultes.

La situation fait particulièrement mal aux petites et moyennes entreprises, puisque les travailleurs compétents sont plus susceptibles d’être attirés par la fonction publique ou de plus grandes organisations, ajoute-t-il.

Par ailleurs, les chiffres de Statistique Canada démontrent qu’avec les années les compétences en lecture et en écriture diminuent plus rapidement chez les chômeurs que chez les gens qui sont sur le marché du travail.

Drame ou opportunité?

Pour plusieurs observateurs, le haut taux d’analphabétisme au Québec est non seulement un drame social, mais aussi un drame économique. «Ça crée des écarts importants sur le plan de la compétitivité de nos entreprises», affirme M. Simard, qui est aussi directeur de la formation continue au collège Lionel-Groulx.

Or ce drame pourrait aussi représenter «la plus grande opportunité économique du Québec», selon l’économiste Ianik Marcil. «Augmenter substantiellement le taux de littératie des Québécois permettrait de créer de la richesse et de l’emploi comme il ne s’en est pas créé depuis des lustres», affirme-t-il.

Pour y arriver, il faut d’abord «responsabiliser davantage les employeurs» afin qu’ils identifient les lacunes de leurs employés, affirme de son côté Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier. «On a la responsabilité d’offrir ce type de formation comme employeur», dit-il.

Des programmes de formations existent - dont les coûts peuvent être remboursés jusqu’à 100% par Emploi-Québec - mais ils sont peu connus et peu utilisés, soulignent plusieurs observateurs.

Et encore faut-il avoir un emploi pour y accéder. Pour ceux qui encaissent leur chèque d’assurance-emploi, aucun programme de formation n’existe contrairement à d’autres provinces canadiennes. «On est un des rares endroits où il n’y a absolument rien pour les chômeurs», déplore Michel Simard.

La lutte à l’analphabétisme peut être payante:

Augmentation de 1% des compétences en littératie de la population
=
Augmentation de 2,5 % de la productivité, soit près de 32 milliards $ au Canada et 3,7 milliards $ au Québec.

Source : Statistique Canada

Ce qu'ils ont dit

«Il faut responsabiliser davantage les employeurs afin qu’ils identifient les lacunes de leurs employés. On a la responsabilité d’offrir ce type de formation comme employeur.»
-Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier

«Les statistiques montrent que les gens perdent des compétences avec les années, et la déperdition est encore plus grande chez les chômeurs.»
-Michel Simard, responsable du Centre de recherche et d’expertise en multilittératie des adultes