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Tartuffe et le cardinal Léger sur la même scène

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Cette fois, le Tartuffe de Molière ne mettra personne au ban de l’Église, car depuis la Révolution tranquille, les scandales politiques ont détrôné les scandales religieux. Conçue par Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, la pièce que présente le Théâtre du Nouveau-Monde jusqu’au 28 octobre, associe le défunt cardinal Léger et d’autres personnalités de l’époque au célèbre personnage de Molière. Présenté en collaboration avec la compagnie de création UBU, le spectacle sera en tournée dans les grandes villes du Québec en novembre.

Les nostalgiques du théâtre straight, celui qu’on présentait chez Les Compagnons de Saint-Laurent ou aux premières heures du Rideau vert, sachez qu’il n’existe plus. Même la Comédie française a décrété que le théâtre est devenu un spectacle qui s’approprie toutes les disciplines artistiques. Robert Lepage y est pour quelque chose dans cette évolution. Son succès actuel, 887, est trop éloigné du théâtre traditionnel pour qu’il entre dans cette catégorie. Lui-même parle désormais de «shows» lorsqu’il se réfère à ses œuvres.

Au TNM, Denis Marleau a situé la comédie dramatique de Molière dans le Québec de 1969, au moment où Le chapelet en famille, le «triomphe» radiophonique du cardinal Léger, cédait la place au véritable ver d’oreille de Stéphane Venne, C’est le début d’un temps nouveau.

DEUX HEURES D’ALEXANDRINS

Entre la voix monotone du cardinal égrenant les ave et celle de Renée Claude annonçant un temps nouveau, Denis Marleau a réussi à loger le texte complet de Tartuffe. Deux heures d’alexandrins qui sont à mille lieues du parler de 1969, qu’il soit de France ou du Québec. Dix fois au cours du spectacle, j’ai fermé les yeux pour mieux apprécier la sonorité de cette belle langue qu’on ne parle plus.

On ne peut imaginer décalage plus extrême entre ces alexandrins vieillots et des personnages qui portent des costumes des années soixante. La plupart des comédiens s’en tirent si bien qu’on croirait presque qu’ils parlent en vers sans le savoir. Comme le bourgeois gentilhomme faisait de la prose sans le savoir. La famille d’Orgon (Benoît Brière) évolue dans un décor contemporain que ne renierait pas l’architecte Pierre Thibault. Où qu’on jette les yeux, il y a de quoi se pincer pour s’assurer qu’on ne rêve pas.

Ce Tartuffe fonctionne à merveille jusqu’au dénouement. Le charme se rompt quand arrivent des «polices montées» de carnaval et qu’on débite un texte final aussi invraisemblable qu’il devait l’être en 1669.

UNE SCÈNE À PISSER DE RIRE

Marleau a fait de Tartuffe un beau spectacle. Les projections de Stéphanie Jasmin donnent de la vie à un décor statique, et Tartuffe, que personnifie l’improbable Emmanuel Schwartz, gratte même la guitare à la Prince dans sa tentative de séduire la belle Elmire (Anne-Marie Cadieux).

De son côté, ne se privant de rien pour séduire l’auditoire, le metteur en scène a concocté l’une des scènes les plus drôles que j’ai vues depuis longtemps. Impossible de ne pas pisser de rire en assistant aux manœuvres extravagantes de Tartuffe pour en arriver à un rapport sexuel avec Elmire, pendant que son pauvre mari est dissimulé sous une table.

En empruntant tous les moyens de l’audiovisuel, en devenant spectacle, le théâtre d’aujourd’hui rejoint sûrement un plus large public. Mais un show est-il aussi apte à faire réfléchir que le théâtre d’hier?

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