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Aventure sexuelle et plus si affinités

Les hommes sont plus nombreux que les femmes à rechercher du sexe sur les sites de rencontre

Young caucasian woman on the bed with smartphone
Photo Fotolia

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La plupart des gens s’inscrivent sur les sites et applications de rencontre pour trouver l’amour. Mais en attendant le coup de foudre, pourquoi ne pas s’amuser? Une personne sur trois conclut ses premiers rendez-vous par une relation sexuelle, nous révèle un sondage Léger-Journal de Montréal.

Alors, s’inscrit-on avant tout sur ces sites pour le sexe? Plus de 36 % des

18-24 ans croient que c’est le cas, lorsqu’on les interroge sur les motivations des autres.

«Les jeunes sont peut-être un peu plus lucides», explique Christian Bourque, vice-président exécutif et associé chez Léger.

Pourtant lorsqu’on demande aux utilisateurs de ces sites ce qu’ils y recherchent, 45 % d’entre eux répondent chercher l’amour. Et seulement 13 % veulent avant tout des aventures sexuelles.

Le site québécois Réseau Contact a aussi accepté de nous fournir ses propres données: 42 % de leurs membres disent rechercher l’amour, contre 20 % qui veulent de la sexualité.

Clivage homme-femme

On remarque, sans surprise, une certaine différence entre les hommes et les femmes. Environ 54 % des femmes qui ont répondu à notre sondage cherchent l’amour, contre 38 % des hommes. Quant à ceux qui veulent collectionner les conquêtes, on compte 21 % d’hommes... pour à peine 3 % de femmes.

Cela pourrait-il conduire les hommes à mentir sur leurs intentions?

«Si un homme disait “je ne veux vraiment pas faire un couple avec toi, en revanche je ferais l’amour avec toi”, il y aurait beaucoup moins de candidates», souligne Fabienne Kraemer, psychanalyste française et auteure du livre 21 clés pour l’amour slow.

Pour hommes à la chasse

<b>Fabienne Kraemer</b><br />
Psychanalyste
Photo courtoisie
Fabienne Kraemer
Psychanalyste

Les sites et applications de rencontre sont conçus pour les hommes, souligne Mme Kraemer.

Elle ne critique pas tant le fait de juger un profil sur la seule base de photos comme c’est le cas pour Tinder. Après tout, on juge aussi les personnes à leur physique dans un bar.

«Ce qui me choque, c’est la sensation qu’il faut voir tout plein de personnes pour trouver la bonne, dit-elle. Je crois qu’il faut se re-responsabiliser dans la relation à l’autre. On n’est pas dans un supermarché.»

« Zapping affectif »

En fréquentant ces applications, on se retrouve dans une dynamique de consommation, ou plutôt de «zapping affectif», affirme Mme Kraemer.

Elle ajoute que cela a contribué à modifier notre rapport à l’amour.

«Avant, l’amour était quel­que chose de rare tandis que maintenant, les applications vous donnent l’illusion d’un nombre infini de rencontres, ça fait monter les exigences et vous avez toujours le sentiment qu’en vous arrêtant à une personne, vous passez à côté d’une autre qui serait peut-être encore mieux», précise la psychanalyste.

 

Pourquoi utiliser les sites de rencontre ?

 

Utilisez-vous des sites ou applications de rencontres pour trouver l’amour, pour avoir de nouvelles fréquentations ou pour vivre des aventures sexuelles ?

Pour trouver l’amour

  • Hommes: 38%
  • Femme: 54%

Pour avoir de nouvelles fréquentations

  • Hommes: 37%
  • Femme: 42%

Pour vivre des aventures sexuelles

  • Hommes: 21%
  • Femme: 3%

Avoir des rapports sexuels lors de la première rencontre est plus fréquent chez les 25 à 34 ans (40 %).

 


Avez-vous eu des rapports sexuels avec quelqu’un lors de la première rencontre après un match sur un site ou une application de rencontres ?

Oui: 32%

  • 18-24 ans: 27%
  • 35-34 ans: 40%
  • 35-44 ans: 30%
  • 45-54 ans: 35%

Non: 66%

  • 18-24 ans: 73%
  • 35-34 ans: 58%
  • 35-44 ans: 69%
  • 45-54 ans: 62%

Refus: 1%

  • 18-24 ans: 0%
  • 35-34 ans: 2%
  • 35-44 ans: 1%
  • 45-54 ans: 2%

 


Selon les Québécois interrogés

  • 32% d’entre eux ont un rapport sexuel le premier soir après avoir d’abord fait connaissance virtuellement.
  • Chez les hommes, le pourcentage grimpe à 43%
  • Chez les femmes, c’est plutôt 20%

 


MÉTHODOLOGIE

Le sondage web a été réalisé par Léger du 20 au 25 septembre 2016 auprès de 1002 Québécois de 18 ans et plus s’exprimant en anglais et en français. La marge d’erreur est de plus ou moins 3,1 %, et ce, dans 19 cas sur 20.

 

Pas tous les œufs dans le même panier

 

Tinder, qui permet de regarder des centaines de profil en l’espace de quelques minutes, est l’application la plus populaire auprès des moins de 35 ans, selon notre sondage.

Chez les 35 ans et plus, le site québécois Réseau Contacts demeure le plus utilisé.

«On voit qu’il y a un clivage important entre les générations», constate M. Bourque. Auparavant, les gens s’inscrivaient sur un site en détaillant leurs intérêts pour essayer de rencontrer quel­qu’un au profil similaire.

«Alors que Tinder, c’est “aimes-tu mon duckface” et tu flippes des duckfaces, c’est dans l’immédiat et la proposition est ultra-simplifiée», ajoute M. Bourque.

Mais rares sont ceux qui ne se fient qu’à une seule plateforme. Les utilisateurs interrogés pour ce sondage ont en moyenne 5,5 comptes différents. «Les gens mettent plusieurs lignes à l’eau en même temps», illus­tre M. Bourque.

Et les hommes sont plus nombreux à aller à la pêche. Dans une entrevue accordée au New York Time en 2014, les fondateurs de Tinder affirmaient que les hommes «likaient» trois fois plus de profils que les femmes.

Selon notre sondage, près d’un homme sur deux attend seulement quelques jours avant de rencontrer, alors que la moitié des femmes attendent plutôt quelques semai­nes.

 

Le sexe d’abord, l’amour peut-être ensuite

 

Quentin et Sandrine, deux professionnels dans la trentaine, le reconnaissent d’emblée: ils sont sur les sites de rencontre pour avoir des relations sexuelles.

«Je ne suis pas fermée à l’idée de rencontrer un amoureux, mais ce n’est pas mon objectif», dit la jeune femme qui a demandé qu’on taise son vrai nom.

Depuis un an, elle utilise Tinder et Happn, deux applications de géolocalisation qui permettent de consulter rapidement les profils de gens dans le secteur.

«Au départ, j’avais un peu des préjugés, je me disais que c’était un meat market, mais c’est faux. En un an, j’ai rencontré du monde intéressant», assure-t-elle.

Les sites et applications ont toujours fait partie de la vie de Quentin pour rencontrer d’autres garçons. Tous ses amoureux et la plupart de ses relations d’un soir ont commencé par une rencontre virtuelle.

«Je ne flirte pas en personne, je suis trop gêné, alors dès que j’ai voulu faire des rencontres, j’ai utilisé internet.» À l’époque, il y avait Gai 411. À présent, il est sur Grindr et Scruff.

«C’est comme regarder Netflix. Le soir, je discute 15 minutes avec quelqu’un, c’est ma façon de décrocher», dit-il.

Avec son dernier amoureux, ils avaient convenu qu’ils pouvaient continuer de flirter sur les applications sans jamais faire de vraies rencontres.

« Tu cherches quoi ? »

Quentin a rencontré plusieurs amis grâce à ses applications. «Sur les applications, la troisième question est toujours: “Tu cherches quoi?” L’important, c’est d’être clair», précise-t-il.

Sexe et respect

Sandrine, elle, est persuadée que peu d’hétérosexuels utilisent des applications pour trouver une amitié «sans bénéfices». Mais même si elle cherche avant tout des aventures sexuelles, elle aime un homme capable d’avoir une conversation intelligente.

«Quand un gars te demande après trois phrases si tu aimes la sodomie... Bon, ça a le mérite d’être clair, mais je ne pense pas avoir envie de le rencontrer», dit-elle en riant.

Quentin insiste aussi sur le savoir-vivre. «J’aime échanger des photos où on voit plus de peau, mais c’est toujours plus respectueux de le demander avant. Quand tu écris “Allo” et que la personne te répond par une photo de son pénis, c’est non», insiste-t-il.