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La liberté religieuse qui tue

La liberté religieuse qui tue
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Avec sa fougue légendaire, mon ami Richard Martineau reprend son rôle de père Fouettard dans sa chronique d’hier pour dénoncer toutes les religions. Scandalisé comme nous tous par la mort d’Éloïse Dupuis, qui a refusé une transfusion sanguine – elle était témoin de Jéhovah – à la suite d’une césarienne la semaine dernière à Québec. Mon confrère militant de l’athéisme trouve une nouvelle justification à ses convictions antireligieuses.

Dans notre pays des Chartes des droits, est-il moralement acceptable qu’au nom de la liberté religieuse le personnel soignant d’un hôpital ait assisté impuissant à la lente agonie de cette jeune mère qui refusait d’être transfusée? Une amie de sa secte l’a assistée dans son calvaire et a déclaré que les soignants devaient se mêler de leurs affai­res.

Revendications extrêmes

Le problème qui se pose à nous en matière de conviction religieuse dans notre système de droit, c’est qu’il encourage et favorise toutes les revendications les plus démesurées. En effet, les demandes d’accommodement sont avant tout le fait des extrémistes et des intégristes religieux.

Si la religion contient dans son essence même des éléments de dérapage, il est faux de croire que la foi rend fou. Elle peut surtout aider à vivre, à souffrir, à aimer et à mourir. La foi s’inscrit dans l’angoisse humaine qu’elle peut apaiser. Et l’on n’a pas besoin d’être croyant pour comprendre que la transcendance exprimée dans l’art, la musique, la poésie habite les créateurs, ces gens d’exception qui cherchent le dépassement.

N’oublions pas non plus que la majorité des croyants, chrétiens, juifs et musulmans en particulier, ne vivent pas leur foi dans l’extrémisme. Dans une société de droit, chacun peut exprimer sa croyance sans avoir à subir de discrimination et cela est raisonnable.

Nos valeurs attaquées

Mais on assiste à notre époque à des revendications de minorités sectaires au nom de la religion et qui sont des attaques frontales à nos valeurs. Cette imposition du port de la burqa, le désir de généraliser des pratiques alimentaires à l’ensemble de la population et même la tentative d’une mouvance islamique au Canada d’imposer la charia à tous les musulmans, ce qui a failli arriver en Onta­rio il y a quelques années, sont inacceptables.

Voit-on des catholiques pratiquants exiger la fermeture des commerces le diman­che, jour du Seigneur? Voit-on des juifs, hormis les membres de la secte des hassidiques, imposer la nourriture casher dans tous les restaurants? Voit-on les musulmans dont les femmes en majorité ne sont pas voilées refuser de donner la main à une femme ou exiger d’être soignés par quelqu’un de leur propre secte? Éloïse Dupuis, cette jeune maman qui a choisi de transformer son bébé en orphelin, est une victime expiatoire d’une secte démente. Au nom du respect absolu de la volonté de cette mère, la médecine, donc la science, a laissé l’irrationnel et l’indigence psychologique triompher, si l’on peut dire.

Si la Charte des droits justifie cette mort, il faut la modifier. D’ailleurs, ce corset juridique dans son application est en train de transformer des humains en robots. Il est inconcevable que du personnel médical ait été déshumanisé, en quelque sorte, pour respecter la volonté d’une pauvre enfant qui croyait en un Dieu sanguinaire.