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S’haïr soi-même

S’haïr soi-même
Photo d'archives

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Le ministre Barrette repart bredouille d’Ottawa en n’ayant pas réussi à arracher une quelconque concession au gouvernement fédéral malgré le front uni des provinces. Je n’admire pas particulièrement notre ministre de la santé, mais loin de moi est l’idée de lui faire porter le poids de l’intransigeance du fédéral à cause des salaires mirobolants consentis aux médecins ou de la supposée inefficience de notre système de santé. C’est plutôt le gouvernement Trudeau qui se révèle hypocrite et mesquin.

Notre système de santé est définitivement perfectible et plusieurs changements sont souhaitables, cela demeure toutefois la responsabilité du gouvernement du Québec sans qu’il n’ait à subir les conditions d’Ottawa. C’est aux Québécois de veiller à ce que son gouvernement fasse les bons choix et à le sanctionner par le vote s’il s’avère incompétent. Après tout, la santé est de juridiction exclusivement provinciale selon la constitution canadienne.

Jusqu’ au début des années 90, le gouvernement fédéral assumait environ 50% des coûts des soins de santé à même les paiements de transferts. Cette situation découlait d’un élargissement de l’assiette fiscal du fédéral au détriment de celle des provinces  lors de la deuxième   guerre mondiale. (La chronique de Joseph Facal est très éclairante sur le sujet). Ainsi, pendant des décennies, les gouvernements fédéraux qui se sont succédés, ont appliqué cette pratique du 50% en tentant d’instiller leurs vues malgré le fait que ces transferts étaient loin d’être un cadeau et que la santé était de juridiction provinciale.

La loi canadienne de 1984 sur la santé est venue mettre un peu d’ordre dans les désidérata tous azimuts de l’État fédéral en balisant les attentes autour de quelques principes généralement admis, tels l’universalité, l’accessibilité, l’intégralité, la transférabilité et la gestion publique. Les modalités de transferts furent également modifiées sans affecter outre mesure le prorata assumé par le gouvernement canadien Ces principes ne rendaient pas pour autant tolérable l’intrusion du fédéral dans un champ de compétence provinciale.

C’est le gouvernement Chrétien qui fut le premier à amputer drastiquement les transferts fédéraux en santé pour équilibrer son budget. C’était déjà à l’époque un geste outrageant car le fédéral pigeait dans la cagnotte des provinces pour rétablir sa santé financière et forçait ces dernières à assumer l’odieux des premiers airs d’austérité. Le gouvernement Trudeau en s’entêtant à poursuivre sur la voie tracée par le gouvernement Harper qui plafonnait la hausse des coûts de transfert à 3% au lieu de 6%, s’inscrit dans la même trajectoire que ses prédécesseurs au sein du Parti libéral  du Canada.

Aujourd’hui, le gouvernement fédéral assumerait environ 20% des soins de santé, selon ses dernières propositions. Nous sommes loin du 50% des années 60 et 70, mais cela ne l’empêche pas de se comporter en effronté et de vouloir augmenter son contrôle sur la gestion que les provinces font de ces transferts. Une telle attitude reflète un profond mépris alors que l’État fédéral a subtilisé des sommes aux provinces et qu’il ne leur retourne que partiellement le fruit de sa spoliation en s’introduisant dans un domaine de leur compétence exclusive.

Québec n’a pas de leçon à recevoir d’Ottawa pendant que sans même administrer un seul  hôpital, le ministère canadien de la santé compte près de 10 000 fonctionnaires. Nos éternels plaignards sur la lourdeur de la bureaucratie québécoise pourraient élargir leur champ de litanie et cesser de s’haïr soi-même alors que l’État fédéral se bidonne sur notre dos.