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Pas de culture du viol au Québec

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Photo AFP Un «agresseur sexuel» comme Trump ne pourrait pas être candidat ici.

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Je ne sais pas exactement quand l’expression «culture du viol» a fait son entrée dans le lexique québécois. Par contre, je sais pourquoi elle me donne de l’urticaire. Et pourquoi, à mon avis, elle ne s’applique pas à nous.

L’expression rape culture est une création américaine des années 1970, toujours bien vivante. Mais on ne peut pas en faire un phénomène québécois sans s’assurer que la définition de ce qu’est la «culture du viol» colle à notre société.

Pas ce que vous pensez

Attention, le terme «culture du viol» ne désigne pas une surabondance d’agressions et d’infractions sexuelles dans une société donnée, mais plutôt l’importance accordée à la mythologie qui entoure le sujet, soit la négation (ça ne s’est pas vraiment passé), le rejet du non-consentement (au fond, elle a aimé ça) et enfin, faire porter à la victime la responsabilité du viol (si elle n’était pas allée dans sa chambre...).

«La culture du viol existe quand la violence est perçue comme sexy et le sexe, comme violent», écrivait la féministe américaine Emilie Buchwald.

Des chiffres rassurants

Rien de tout cela s’applique à la société québécoise dans son ensemble.

Mettons les choses en perspective. Au Québec en 2013, 3789 agressions sexuelles de niveau un (sans violence), 48 de niveau deux (agressions sexuelles armées) et 18 de niveau trois (intention de blesser) ont été rapportées, selon le ministère de la Sécurité publique. Une c’est trop, mais il serait exagéré de dire que nous sommes aux prises avec un problème qui dépas­se l’entendement.

Un problème qui nécessiterait que les violeurs allégués soient pendus sur la place publique sans autre forme de procès.

Les agressions sexuelles sont-elles en hausse au Québec? Oui et non. Les agressions simples ont augmenté de 0,3 % en 2013. Les agressions armées ont reculé de 20 % et les agressions de niveau 3 ont chuté de 35,7 %. Comparativement aux femmes autochtones et inuits, nous vivons dans un nirvana féministe.

À part quelques dinosaures – et ce n’est pas une question d’âge, mais de mentalité –, les Québécois ne baignent pas dans le déni du viol ou de sa gravité. Un des avantages de l’âge, c’est de pouvoir regarder en arrière pour conclure que nous avons fait beaucoup de chemin dans la bonne direction à ce sujet aussi.

Un «agresseur sexuel» comme Trump ne pourrait pas être candidat ici.

Mais les réseaux asociaux et le féminisme radical veulent absolument nous renvoyer l’image d’une société fragile dont tous les hommes sont des bourreaux et toutes les femmes des victimes. En 140 caractères, pas facile de faire dans la nuance.

Pas d’institutions

De plus, une culture du viol exige l’existence d’institutions favorables ainsi que de complices, comme les tribunaux ou les policiers, pour perpétuer le système. Contrairement aux États-Unis, ici, au criminel, la défense ne peut évoquer le passé et les mœurs sexuelles des victimes.

Des juges stupides font parfois les manchettes, mais ils sont vilipendés. Par contre, les sentences devraient être plus costaudes. Le scandale, selon moi, il est là.

Des expressions comme «culture du viol» ou «racisme systémique», l’autre tare qui affligerait le Québec en 2016, devien­nent des fourre-tout sémantiques qui finissent par minimiser l’expérience des victimes en tant qu’êtres humains. Le phénomène social, qui doit toujours être alimenté pour demeurer d’actualité, prend une ampleur démesurée par rapport à la gravité des drames intimes.

En plus de culpabiliser une société qui ne le mérite pas.