/lifestyle/books
Navigation

Le dernier Yeruldelgger

Le dernier Yeruldelgger
Photo courtoisie, Françoise Manoukian

Coup d'oeil sur cet article

Yeruldelgger tire sa révérence. Mais non sans nous offrir une bonne tranche de plaisir.

Yeruldelgger. Un nom difficile à retenir sur lequel presque plus personne ne bute, les deux précédents opus mettant en scène ce flic mongol qui a séduit bon nombre de «polarophiles». Car en plus de nous permettre de voyager aux confins de la Mongolie et de nous initier aux habitudes parfois étranges de ses lointains habitants (ils apprécient notamment leur thé avec une bonne ­cuillerée de beurre rance!), les intrigues imaginées par l’écrivain français Ian ­Manook ont toujours eu le tour de nous surprendre.

En attaquant La mort nomade, troisième et dernier volet des enquêtes de Yerul­delgger, j’ai failli tomber en bas de ma chaise en apprenant que cet incorruptible commissaire avait définitivement quitté la police d’Oulan-Bator pour réaligner ses chakras au beau milieu du désert de Gobi. «Dans le premier tome, Yeruldelgger pensait encore que le respect des traditions pouvait tout régler, expli­que Ian Manook. Dans le deuxième tome, il sera ainsi constamment en colère d’être en colère, parce qu’il ne tardera pas à réaliser que seule la rage qui le ronge saura l’aider à avancer et à résoudre les affaires­­ qui lui sont confiées. Dans le troisième tome, il tentera donc de se retrouver­­ en plantant sa yourte le plus loin possible des crimes quotidiennement perpétrés à Oulan-Bator. Mais comme les traditions ne suffisent plus à gérer les problèmes qui gangrènent son pays, Yeruldelgger se verra très vite contraint de sortir de sa tanière.»

Steppe en péril

Alors qu’il vit en ermite dans un des coins les plus reculés de Mongolie, deux cavalières viendront de fait tour à tour le trouver. La première dans l’espoir que Yeruldelgger saura l’aider à retrouver sa fille portée disparue, la seconde pour ­enquêter sur le meurtre du géologue français dont elle s’était amourachée.

«Comme d’habitude, j’ai commencé à écrire cette histoire sans faire de plan, déclare Ian Manook. J’avais grosso modo l’idée de ce qui allait arriver à mes personnages, mais je n’avais pas l’habillage qui venait avec. Le fond géopolitique a été ajouté par la suite et, cette fois, je me suis penché sur les problèmes de pollution de l’eau et d’exploitation ­minière.»

À l’instar de Yeruldelgger et de ses compagnes de fortune, on découvrira ainsi l’autre visage de la steppe mongolienne: celui qui a été éventré et sauvagement pillé par quantité de sociétés minières étrangères. «La Mongolie n’a pas les moyens d’explorer elle-même son sous-sol parce qu’elle n’a pas la technologie, précise Ian Manook. Ce sont toujours les concessions étrangères qui s’en chargent et l’un de ces grands consortiums est d’ailleurs canadien.» Et puisqu’il n’y a généralement qu’à creuser pour trouver de l’or ou du cuivre, le pays assiste désormais en prime à la multiplication exponentielle des ninjas.

Yerul Khan

Malgré un début presque burlesque, La mort nomade ne tardera donc pas à nous plonger dans une réalité qui n’a franchement rien de drôle: dès que Yeruldelgger­­ abandonnera sa paisible retraite pour savoir ce qui est arrivé à la fille et à l’amant des deux cavalières, sa route sera truffée de macchabées.

Entre les multinationales avides d’exploiter à tout prix le sous-sol de leurs concessions, les ninjas prêts à sacrifier leur santé pour quelques tugriks et l’émergence d’un groupe de dissidents nationalistes calquant leurs faits d’armes sur ceux de Gengis Khan, Yeruldelgger ne saura en effet très bientôt plus à quel sage mongol se vouer. Mais au fil des pages, l’ancien commissaire parviendra une toute dernière fois à ­démêler l’incroyable écheveau de ­problèmes auxquels il semble abonné.

La mort nomade
Ian Manook, aux 
Éditions Albin 
Michel, 432 pages
Photo courtoisie
La mort nomade Ian Manook, aux Éditions Albin Michel, 432 pages