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À la recherche de vie extraterrestre

Des chercheurs québécois sont au cœur de projets qui pourraient permettre de trouver de la vie ailleurs

René Doyon exoplanètes
Photo Benoît Philie L’astrophysicien et professeur de physique René Doyon faisait partie de l’équipe de chercheurs canadiens qui est parvenue à photographier pour la première fois, en 2008, un système planétaire située à l’extérieur de notre système solaire.

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La découverte de vie extraterrestre ne relève plus de la science-fiction, assure un astrophysicien québécois qui espère être l’un des premiers à trouver des traces d’activité biologique ailleurs que sur Terre.

«C’est réel, on est rendus là, assure René Doyon, fondateur de l’Institut de recherche sur les exoplanètes. D’ici cinq ans, on aura déjà un catalogue de planètes potentiellement habitées.»

Le professeur d’astrophysique à l’Université de Montréal (UdeM) en est convaincu, nous trouverons d’autres traces de vie d’ici 10, 20 ou 30 ans.

«Je pense vivre assez longtemps pour voir une preuve d’activité biologique ailleurs dans l’espace et, bien sûr, j’espère qu’on sera les premiers à la trouver», dit-il, les yeux brillants.

Mais oubliez les créatures humanoïdes d’Hollywood, cette vie a bien des chances de se présenter sous forme bactérienne, précise M. Doyon.

Montréal bien positionnée

Selon le chercheur, la recherche d’exoplanètes, c’est-à-dire de planètes qui tournent autour d’une étoile autre que le Soleil, connaîtra un bouillonnement sans précédent au cours de la prochaine décennie.

«Il y a une convergence de missions spatiales et de travaux au sol qui est vraiment unique, et Montréal se positionne comme un acteur principal, dit-il. Notre sport national est le hockey, pour la science, on peut dire que c’est l’astrophysique.»

La mise en fonction prochaine d’un spectropolarimètre infrarouge (SPIRou), dont une des caméras a été conçue par René Doyon et une équipe de chercheurs de l’UdeM et de l’Université McGill, est d’ailleurs l’un des derniers bons coups réalisés ici.

Spectro quoi ?

Cochercheur principal SPIRou, M. Doyon a consacré énormément de temps, ces sept dernières années, à la conception de cet instrument astronomique d’une précision redoutable, qui permettra de détecter des mondes jusqu’ici inaccessibles.

L’appareil, de 10 millions de dollars, issu d’une collaboration avec des chercheurs français et suisses, sera intégré au télescope Canada-France-Hawaï en 2018, un observatoire situé au sommet du volcan Mauna Kea, à Hawaï.

Il devrait permettre de répertorier une cinquantaine d’exoplanètes situées dans la zone «habitable», donc où l’eau est sous forme liquide, d’étoiles de faible masse, connues sous le nom naines rouge.

«Ce sont des étoiles qu’on ne peut voir à l’œil nu, mais avec SPIRou, on sera maintenant capable de les détecter», dit-il.

Comme 80 % des étoiles sont des naines rouges, les chercheurs s’attendent à découvrir des milliers de nouvelles planètes. Et qui dit planètes, dit possibilité de trouver de la vie.

Qui est René Doyon ?

  • Professeur au département de physique de l’Université de Montréal
  • Fondateur de l’Institut de recherche sur les exoplanètes
  • Directeur de l’observatoire du Mont-Mégantic
  • Cochercheur principal du projet de spectropolarimètre infrarouge SPIRou (mise en fonction prévue à Hawaï en 2018) et de son petit frère, le NIRPS (installation au Chili en 2019)
  • Chercheur principal de NIRISS, l’un des quatre instruments scientifiques du télescope spatial James Webb (le petit frère de Hubble) qui sera lancé en octobre prochain.
  • Il travaille près de 70 heures par semaine à ses différents projets et partage son temps entre la recherche et l’enseignement.
  • Il a eu très jeune la piqûre pour la physique. Adolescent, il rêvait de travailler un jour à l’observatoire du Mont-Mégantic. Mission accomplie, donc!

La recherche d’exoplanètes en quelques dates

1995

Une équipe de chercheurs suisses détecte la première exoplanète. De la taille de Jupiter, 51 Pegasi tourne en seulement quatre jours autour de son étoile. Jupiter met pour sa part 12 ans pour tourner autour du Soleil. Elle se trouve aussi 10 fois plus près de son étoile que Mercure ne l’est de la nôtre.

2000

Détection d’une première exoplanète en transit, c’est-à-dire une planète qui passe devant son étoile, causant une variation lumineuse obser­vable depuis la Terre à l’aide d’instruments d’obser­va­tion.

Cette découverte majeure a en partie été faite par l’astrophysicien ontarien David Charbonneau.

2008

Le Québécois René Doyon et son équipe de recherche parviennent à prendre les premières photos d’un système de planètes à l’extérieur de notre système solaire. «C’est la plus grande réalisation de ma carrière», admet M. Doyon. La nouvelle a fait le tour du monde.

2018

Mise en fonction du Spectropolarimètre infrarouge (SPIRou) au télescope Canada-France-Hawaï. L’appareil a en partie été conçu à Montréal. Le projet est issu d’une collaboration avec des chercheurs suisses et français. Il permettra de détecter des exoplanètes qui tournent autour de petites étoiles, les plus abondan­tes dans l’Univers.

2018

Lancement du téles­cope spatial James Webb, le successeur de Hubble et le plus puissant jamais construit. Ce projet international devrait permettre de sonder les profondeurs de l’Univers et de détecter des indices d’activité biologique (eau, Co2, oxygène) sur des planètes potentiellement habita­bles, avec pour objec­tif ultime de trouver de la vie.