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Réforme Barrette: Un «désastre» pour les soins à domicile, dénonce un aidant naturel

Roger Leclerc s’occupe de sa femme Noella Tremblay. Depuis un an, il a compté entre 40 et 50 employées différentes du CLSC venues à la maison.
Photo héloïse Archambault Roger Leclerc s’occupe de sa femme Noella Tremblay. Depuis un an, il a compté entre 40 et 50 employées différentes du CLSC venues à la maison.

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La réforme Barrette en santé est un «désastre» pour les soins à domicile depuis un an, dénonce un aidant naturel de 78 ans qui est convaincu que le roulement de personnel fait régresser sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer.

«Avant la fusion, ça marchait à merveille, jure Roger Leclerc. Là, c’est l’enfer!»

«Le CISSS, c’est un désastre! Il n’y a plus aucune stabilité. On est devenu des numéros», ajoute le septuagénaire qui en a gros sur le cœur.

Voilà sept ans que sa femme Noella Tremblay, 75 ans, a reçu le terrible diagnostic de la maladie d’Alzheimer. Pour M. Leclerc, il a toujours été hors de question de placer «l’amour» de sa vie dans une résidence. Le couple est marié depuis 55 ans.

«Je ne fais pas ça pour la gloire, je le fais pour ma femme. C’est ma femme! lance l’homme, qui a du mal à retenir ses larmes. Le CHSLD, c’est ici. Je m’en occupe.»

Couchée dans le salon, sa femme se repose paisiblement et lui lance quelques sourires complices.

Depuis trois ans, le couple qui demeure à Chertsey, dans les Laurentides, reçoit l’aide du CLSC. Deux visites par jour, pour la toilette matinale et la routine du soir. Or, depuis la fusio­n dans le réseau, tout a basculé, selon M. Leclerc.

Rappelons qu’en avril 2015, la réforme du ministre de la Santé Gaétan Barrette a fusionné les 182 établissements en 34 Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).

«Avant, c’était toujours Martine* qui venait. Mais depuis la réforme, ce ne sont jamais les mêmes filles», dit-il.

«La maladie d’Alzheimer, ça prend de la stabilité!» souligne-t-il.

Beaucoup de visages

L’été dernier, M. Leclerc a calculé que 14 employées différentes sont venues dans la même semaine. Depuis un an, il estime entre 40 et 50 visages différents qui ont pris soin de sa femme.

«Ce n’est pas contre le service que j’en ai, c’est contre le manque de stabilité. Ma femme panique et crie au meurtre: «Roger au secours!» La fin de semaine, on ne sait jamais qui viendra.»

«Je suis chez nous et je me sens agressé. Je ne veux pas laisser entrer n’importe qui dans ma maison», ajoute-t-il, précisant qu’il a souvent fait part de son insatisfaction au CLSC.

«C’est une bataille depuis un an. Ils font des changements, ça dure une semaine et le roulement recommence.»

Par-dessus tout, M. Leclerc dénonce que cette instabilité fait régresser sa femme.

«La douche était un drame. Ils ont arrêté et ils font des bains au lit», dit-il.

Pour leur sécurité, les employés utilisent maintenant le lève-personne pour déplacer Mme Tremblay, qui pèse 150 lb.

«Son état s’est détérioré de 50 % depuis qu’ils ne veulent plus qu’elle marche», dit son mari.

Question de principe

Et même s’il a les moyens de payer au privé, M. Leclerc dénonce son histoire par principe.

«Est-ce que je peux avoir de l’aide de mon CLSC? C’est une question de principe, que tu sois millionnaire ou pauvre.»

Après les appels du Journal à la direction du CLSC, M. Leclerc a noté une meilleure stabilité auprès de sa femme, surtout la semaine.

«Il a fallu que j’appelle Le Journal pour que ça bouge. Mais, je dénonce pour tous les aînés qui n’ont pas les moyens de se défendre».

Une chose est sûre, M. Leclerc s’occupera de sa Noella jusqu’à la fin. «Ma femme, elle va mourir ici», jure-t-il.

*Le nom a été changé pour assurer la confidentialité.

La fusion n’a pas eu d’impact, dit le CISSS

La fusion dans le réseau n’a eu aucun impact sur les services de soins à domicile, dit le CISSS, qui reconnaît que les besoins importants de Mme Tremblay rendent la stabilité plus difficile.

«La réorganisation n’a pas changé les soins à domicile, la fusion n’a pas eu d’impact», répond Pascale Lamy, responsable des communications au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière.

«Ce qui a bougé, c’est l’administratif», dit-elle.

« Conditions optimales »

De façon globale, le CISSS assure faire tout en son possible pour offrir de la stabilité aux bénéficiaires. Quant au nombre d’auxiliaires qui ont pris soin de Mme Tremblay depuis un an, le CISSS ne pouvait donner le chiffre exact.

«On est quand même dans une situation particulière. La dame a besoin de beaucoup de soins, ça augmente le degré de difficultés que ce soit toujours la même personne», dit Mme Lamy.

Celle-ci ajoute que’il faut aussi tenir compte du fait que les ressources humai­nes sont réduites la fin de semaine.

L’été dernier, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a réitéré l’importance d’investir dans les soins à domi­cile en raison du vieillissement de la population.