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Montréal choisit de payer plus cher que Québec

La métropole lève le nez sur la solution économique de la Capitale-Nationale pour le paiement des parcomètres

Entre 2012 et 2022, les Montréalais pourraient débourser près de 10 M$ pour le système de paiement mobile des stationnements.
Photo d'archives Entre 2012 et 2022, les Montréalais pourraient débourser près de 10 M$ pour le système de paiement mobile des stationnements.

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Montréal va payer des millions de dollars dans les prochaines années pour son service de paiement des parcomètres par téléphone mobile, plutôt que de s’inspirer de la solution de la Ville de Québec, qui coûte 20 fois moins cher.
 
Les deux plus grandes villes du Québec ont misé sur des approches complètement différentes pour permettre aux automobilistes de payer leur stationnement à distance.
  • À Montréal, l’application pour téléphones intelligents P$ Service mobile a déjà coûté plusieurs millions et a été développée par le privé. La Ville n’est pas propriétaire de la technologie et dépend des firmes externes qu’elle doit repayer tous les cinq ans. Des frais supplémentaires sont aussi prélevés sur chaque transaction.
  • La Ville de Québec, elle, peut se vanter d’avoir une solution dont elle est propriétaire, ce qui lui évite de devoir la repayer après quelques années. L’outil a été créé par quelques développeurs et des étudiants universitaires pour une bouchée de pain, le tout sans imposer des frais additionnels aux utilisateurs à chaque paiement.
Aucune démarche
 
Et voilà que Montréal s’apprête à octroyer un nouveau contrat à une entreprise privée. Il remplacera le système actuel lancé en 2012 et payé plus de 5 M$. La nouvelle entente pourrait atteindre au moins 4 M$, selon nos informations. 
 
Ainsi, les Montréalais risquent de débourser, entre 2012 et 2022, près de 10 M$ pour le système de paiement mobile des stationnements. 
 
À Québec, sur la même période, les contribuables auront plutôt dépensé près de 500 000 $
Nous avons demandé au service des communications de la Ville de Québec si elle avait été approchée pour évaluer les possibilités de transporter sa solution à Montréal. La réponse est non.
 
On se lance la balle
 
Plusieurs de nos sources se demandent pourquoi l’administration Coderre ne s’inspire pas de la solution économique implantée dans la Vieille Capitale.
 
«On ne comprend pas. Notre système pourrait se développer dans une plus grande ville et la preuve est faite quant aux économies. Je ne dis pas que c’était inévitable, mais pourquoi n’y a-t-il pas simplement eu des discussions? Ce n’était même pas une option», s’interroge un informaticien qui a été impliqué dans le développement de l’application de Québec.
 
Du côté de la métropole, Stationnement de Montréal nous redirige vers la Ville de Montréal pour cette question. La Ville nous répond que le processus ne relève pas d’elle et nous renvoie donc vers Stationnement de Montréal. La Ville et l’organisme nous ont écrit qu’ils ne pouvaient nous répondre puisqu’un appel d’offres est en cours.

 

20 fois plus cher qu’à Québec

 

 


Processus paralysé

Montréal aurait dû octroyer le contrat pour le nouveau système de paiement de stationnement il y a déjà deux mois, mais le processus est paralysé, a découvert notre Bureau d’enquête.
 
Les documents d’appel d’offres que nous avons obtenus confirment que le contrat aurait dû être octroyé le 15 septembre. Mais ce n’est pas le cas. L’appel d’offres a été lancé le 9 mai dernier.
 
Nous avons questionné Stationnement Montréal depuis six mois sur le sujet, mais l’organisme refuse de répondre à nos demandes sur l’outil de paiement de stationnement tant que le nouveau contrat ne sera pas octroyé.
 
L’organisme refuse donc de dire, par exemple, si des frais additionnels seront encore exigés pour des paiements de stationnement avec un téléphone intelligent. Impossible également de connaître le coût total du système actuel.
 
Pionnière, vraiment ?
 
La Ville de Montréal se vante de vouloir devenir pionnière en innovation et en données ouvertes avec son projet de ville intelligente. 
 
C’est pourtant ce que représente l’outil de Québec qu’elle refuse de considérer, Copilote. Au plus grand rassemblement informatique de l’Est canadien, l’an dernier, ce sont les fonctionnaires municipaux de Québec responsables de Copilote qui donnaient la conférence d’ouverture pour partager le succès «collaboratif» et «innovant» de cet outil peu dispendieux lancé en 2015.
 
Rappelons aussi que le système adopté à Québec, contrairement à celui de Montréal, n’entraîne aucuns frais additionnels pour l’utilisateur qui paie un stationnement avec son téléphone.