/opinion/blogs/columnists
Navigation

Bien débuter dans la vie

Bien débuter dans la vie
Photo Caroline Pailliez

Coup d'oeil sur cet article

Les consensus sont rares dans une société fragmentée où chacun a ses préoccupations et sa cause, cependant tous ou presque s’entendent pour dire que les premières années de la vie sont déterminantes pour le développement du plein potentiel d’un être humain. C’est pourquoi, il se dégage un solide consensus favorisant l’intervention précoce auprès des enfants les plus susceptibles d’être en difficulté selon leur profil socioéconomique ou physiologique.

Dans ma chronique du Journal, je relate des initiatives intéressantes d’organismes de la société civile pour faire progresser des actions novatrices qui contribueront à matérialiser ces aspirations sociales pour la réussite éducative de tous sans s’encombrer de considérations électoralistes. Ces initiatives s’inscrivent dans un cadre de démocratie participative et mettent les citoyens au jeu dans le débat, ce qui augmente d’autant le potentiel de mobilisation et de concertation. L’Institut du Nouveau Monde se distingue particulièrement au chapitre de la démocratie participative avec ses modes de consultation et ses forums publics. Michel Venne qui en est le directeur général, peut être fier du travail accompli pour redonner la parole aux citoyens et leur donner l’occasion de converger vers des consensus sociaux mieux ancrés.

Nos politiciens nous ont entretenus depuis le tournant des années 2000 sur les nécessités d’entrer dans de nouveaux paradigmes et ont promu des réformes ou des transformations drastiques en voulant faire l’économie de mobiliser la population et les acteurs sur les changements proposés. C’est peut-être plus ces fâcheuses inclinaisons qui ont généré la stagnation décriée par certains, que la résistance au changement et la défense du statu quo reprochés aux institutions. L’INM contribue à sa manière à renverser la vapeur.

Je voudrais revenir également sur les propositions de l’ex-directrice Yolande Brunelle, considérant les contraintes d’espace des pages Opinions qui ne permettaient pas d’expliquer plus à fond. Je suis favorable à ce que le secteur de la petite enfance soit rapatrié au ministère de l’Éducation afin d’établir un continuum entre le service de garde et l’école. Si l’on considère que l’intervention précoce est la clé pour réduire les inégalités et favoriser la réussite éducative, une coordination plus serrée des actions s’imposent et sera favorisé par un rapprochement avec le monde scolaire. Dans un tel cadre, le ministère de la Famille devient inutile et ses ressources pourraient être mieux déployées en éducation.

Quant à l’application de la Loi 101 dans les services de garde, cela devient encore plus impérieux avec la fâcheuse tendance du gouvernement actuel à favoriser les services de garde privés. Il devient quasi impossible dans certains quartiers montréalais d’avoir accès à des services en français, rendant encore plus difficile l’intégration des nouveaux arrivants.

Je partage également l’empressement de la rédactrice pour la mise en place des classes préscolaires 4 ans en milieu défavorisé et son homogénéisation des programmes éducatifs écoles et garderies pour les enfants de 4 ans. C’est un pas dans la bonne direction pour la généralisation des classes préscolaires 4 ans à tous les enfants. Entretemps, il urge de les instaurer en milieu défavorisé parce que les familles de ces quartiers ne recourent pas aux services de garde.

J’évoquais également le dévoilement par l’Observatoire des tout-petits du premier portrait de ces derniers. Un tel portrait, dont je ne connais pas encore les tenants, devrait contribuer à accroître l’efficience des interventions à réaliser auprès des tout-petits. C’est en toute logique que s’impose un diagnostic avant d’opérer et on peut s’interroger sur les carences gouvernementales en cette matière. Nos élus craindraient-ils que la connaissance force à l’action?

Je vous indiquais aussi que l’Observatoire est un projet de la Fondation Chagnon.  Cette dernière a également produit un mémoire à l’attention du ministre de l’Éducation dans le cadre de sa consultation sur la réussite éducative qui ne manque pas d’orientations intéressantes. Pour l’essentiel, la Fondation propose de faire de la réussite éducative une priorité gouvernementale, de mobiliser l’ensemble de la société québécoise en favorisant la synergie entre les acteurs, de faire de la formation citoyenne la finalité de notre système éducatif, d’assouplir le parcours scolaire, de faire des efforts particuliers pour les clientèles vulnérables, de favoriser l’amélioration continue des ressources humaines et de mesurer l’impact des actions qui sont posées. Une telle vision nous éloigne des antagonismes et des parcours aléatoires pour plutôt promouvoir concertation et pratiques réflexives.

Si, comme le dit le proverbe, « ça prend tout un village pour éduquer un enfant », il faudrait sûrement que tout le village soit mis à contribution dans la détermination des actions adéquates à réaliser.