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Trump veut renégocier l’ALÉNA au jour 1 de sa présidence

Donald Trump
Photo d'archives, AFP Donald Trump

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Donald Trump entend renégocier ou entamer une procédure pour se retirer de l’ALÉNA au jour 1 de sa présidence, a appris le réseau CNN, qui a mis la main sur un mémo interne.

Ce document, produit par l’équipe de transition, donne l’agenda des 200 premiers jours de sa présidence. L'administration Trump mettrait ainsi fin à des décennies de politique commerciale «conciliatrice», peut-on lire. De nouveaux accords commerciaux seront négociés pour répondre aux intérêts des États-Unis, dans un esprit protectionniste, afin d’arrêter les «importations et les pratiques commerciales déloyales».

Le mémo enterre aussi définitivement le Partenariat Transpacifique (PTP).

«Les relations se corsent entre les deux pays»

«C’est venu vite», a dit l’ancien ambassadeur canadien aux États-Unis, Raymond Chrétien, négociateur du gouvernement québécois dans l’épineux dossier du bois d’œuvre.

«Donald Trump en parle depuis six mois, mais là, ça devient plus précis, a-t-il souligné. Son message doit résonner beaucoup à Ottawa. Il y a de lourdes menaces protectionnistes qui pointent et ça ne sera pas facile. Les relations se corsent entre les deux pays.»

Cela dit, ajoute l’ancien ambassadeur, le dire et le faire sont deux choses différentes. L’accord ne s’abroge pas du jour au lendemain. «Donald Trump devra aller devant le Congrès, qui l’a ratifié. Tout le monde n’est pas d’accord avec lui. Les républicains sont libre-échangistes.»

Tout cela n’augure rien de bon, poursuit Raymond Chrétien, pour le bois d’œuvre, au cœur d'une possible renégociation de l'accord, selon CNN. «Les négos vont prendre des années», a-t-il précisé. Cette industrie représente 60 000 emplois au Québec, rappelle-t-il, soit plus que l’aéronautique.

«S’il n’y a pas d’entente conclue rapidement, ce dossier risque de polluer l’atmosphère entre les deux pays au cours des prochaines années. Ça sera des années difficiles, croyez-moi. Les Américains ne donnent jamais de cadeaux, ils se battent bec et ongle, et nous aussi, on doit se battre, car ils sont plus riches et puissants», dit celui qui a été à la tête de la diplomatie canadienne à Washington pendant sept ans.

Protéger les Canadiens

De son côté, l’actuel ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton, nommé en juin, se dit optimiste sur l’avenir de l’ALÉNA. «Je demanderai à Donald Trump: qu’est-ce qu’on peut faire ensemble pour rendre nos économies plus compétitives, et notre classe moyenne plus prospère? Ce n’est pas un jeu, «je gagne, tu perds». Il s’agit d’apporter des bénéfices pour les deux pays.»

L’ambassadeur était l’invité du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). Il a répété à maintes reprises, à l’assemblée, les liens extrêmement forts, profonds et uniques entre le Canada et les États-Unis. «C’est notre meilleur ami, a-t-il mentionné. Mais les temps sont durs pour les accords commerciaux.»

David MacNaughton estime qu’advenant une renégociation de l’ALÉNA, chaque pays négociera d’abord pour lui-même. «Nous allons protéger les Canadiens et les emplois des Canadiens, et je suspecte que les Mexicains et les Américains vont faire la même chose», a-t-il dit.

Il compte répéter aux Américains l’importance de l’ALÉNA dans leur propre pays: neuf millions d’emplois, et 36 états où le Canada est le principal partenaire commercial.

«Dans une relation, aussi proche fut-elle, il faut que les ententes soient bonnes pour les deux, et c’est l’esprit qu’on veut créer.»

Il reste l’accord de libre-échange bilatéral

De son côté, l’ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson estime qu’advenant la fin de l’ALÉNA, il restera toujours l’accord de libre-échange avec les États-Unis, signé en 1989. «Il n’a jamais été aboli, a-t-il souligné. Les deux partis ont simplement convenu de dire que l’ALÉNA allait désormais primer.»

Ça sera à Donald Trump, poursuit M. Johnson, de décider s’il veut aussi rouvrir cet accord. «Ça pourrait alors donner lieu à une négociation bilatérale, plutôt que trilatérale. Les États-Unis reviendraient alors à une vieille tradition qui est la leur: celle de négocier des accords séparés avec les autres pays. »

Par ailleurs, si les États-Unis se retirent de l’ALÉNA, «on va maintenir nos relations avec le Mexique», assure M. Johnson.

Tout cela va prendre un certain temps et créer de l’incertitude, estime-t-il. «Il y a beaucoup de politique derrière ça. Et il ne faut pas oublier que le Canada est une source importante d’importation d’énergie pour les Américains. Les États-Unis ont établi un plan d’autosuffisance énergétique, et le Canada fait partie de ce plan là.»

Pierre-Marc Johnson a rappelé que la dernière fois que les États-Unis avaient déchiré un traité, c’était en 1866. Et il s’agissait d’un accord de coopération... avec le Canada!